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Au Burkina Faso, les dégâts du premier décret anti-avortement de Donald Trump

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Récit Karine Barzegar, montage S Alayrangues, durée 1'45, © TV5Monde

Au Burkina Faso, les premiers effets du décret anti-avortement de Donald Trump se font sentir. Les États-Unis ne financent plus les ONG qui facilitent l'accès à l'avortement. Quand bien même, elles oeuvrent aussi à la santé des mères. Les conséquences se font sentir dans les plannings familiaux : des budgets en baisse et une offre de soin fragilisée. 

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À 33 ans, Aminata a trois enfants dont un petit dernier qui est encore bébé. Pour obtenir des soins et des conseils médicaux, elle peut ou bien aller à la capitale, Ougadoudou, qui est bien trop loin, ou bien faire 10 kilomètres à vélo pour rejoindre la clinique locale.

Autant dire que le choix est vite fait, d'autant plus que sur place, comme toutes les autres mères des environs, elle bénéficie d'une aide spécialisée : celle des infirmières itinérantes de l'ONG Marie Stopes.

Elles sont 10 infirmières à se déplacer dans les zones rurales du nord du pays pour dispenser des soins gratuits aux enfants mais aussi aux mamans dans de nombreux domaines : santé, sexualité, planning familial, contraception et interruption volontaire de grossesse. 

Une procédure médicale que la Maison Blanche ne veut plus financer. A peine investi et installé à la tête des Etats-Unis, Donald Trump avait signé son premier décret le 24 janvier 2017, un texte qui s'en prenait directement au droit à l'avortement, mais en dehors des Etats-Unis, l'IVG étant garantie constitutionnellement. En vertu de ce texte, Donald Trump avait décidé que les fonds fédéraux d'aide internationale ne pouvaient plus être alloués à des ONG étrangères qui pratiquent l'avortement ou militent pour rendre l'avortement légal. Ces restrictions avaient été annulées par le président démocrate Bill Clinton, puis remises en place par le républicain George W. Bush avant d'être annulées à nouveau par le président démocrate Barack Obama.
  Depuis plus d'un an, les dégâts s'enchaînent, et ong après ong,  l'agence américaine USAID vérouille ses fonds. Comme à d'autres, elle a donc demandé à l'antenne burkinabé de Marie Stopes de cesser les IVG, ce que la direction de Marie Stopes International a refusé net.  

L'ONG a donc perdu son financement américain, soit 1,25 millions de dollars en moins pour le Burkina Faso et des dizaines de millions d'autres à travers le continent.

Les fonds disponibles se sont taris au mois d'avril : l'agence britannnique UK Aid a pris le relais. Mais la présence des infirmières n'est garantie que jusqu'à ce mois de juin 2018.

Préfiguration à l'étranger de la condition du droit à l'avortement aux Etats-Unis

Celles et ceux qui espéraient qu'au moins ce droit fondamental des femmes résisterait aux Etats-Unis, au moins sur le plan fédéral, risquent eux aussi de déchanter. Le 18 mai 2018, l'administration du président américain Donald Trump s'en est de nouveau prise au financement public de centaines de cliniques d'avortement aux Etats-Unis.
Le département de la Santé lançait ce jour-là un processus réglementaire afin de ne plus accorder de subventions aux centres de santé qui ne sépareraient pas physiquement leurs activités de planning familial et d'avortement, l'administration considérant que l'interruption volontaire de grossesse ne fait pas partie du planning familial.
Le changement n'est toutefois pas immédiat et doit encore franchir plusieurs étapes réglementaires, dans les prochains mois, avant d'entrer en vigueur, en particulier celle de sa conformité à la Constitution. 
La somme en jeu est de 260 millions de dollars par an, selon le Washington Post, dont 50 à 60 millions vont à Planned Parenthood (le planning familial des Etats-Unis), qui a environ 600 centres de santé dans tout le pays, servant principalement des femmes aux revenus modestes.