Terriennes

Au Québec : un nouveau gouvernement paritaire et une assemblée nationale en zone de parité

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Reportage © Radio-Canada, Véronique Prince - durée : 4'25

13 femmes ministres, 13 hommes ministres : François Legault, le nouveau Premier ministre du Québec, a tenu sa promesse de présenter un gouvernement paritaire. En parallèle, la nouvelle Assemblée nationale, issue du scrutin du premier octobre, compte 53 femmes sur les 125 députés, soit une représentation de 42%, zone de parité historique. Bel exemple au Québec.

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"L'égalité, valeur fondamentale du Québec"

« D’abord, c’est un conseil de ministres paritaire, a déclaré avec fierté François Legault lors de la présentation de son nouveau gouvernement. Ces femmes nommées ministres sont des femmes de grande qualité, de grande compétence, et ce conseil des ministres reflète une valeur fondamentale du Québec, soit l’égalité entre les hommes et les femmes ». 
Les treize femmes nommées ministres ne sont pas reléguées à des postes de second plan. Tout d’abord Geneviève Guilbault, jeune femme de 35 ans originaire de la région de Québec, devient vice-première ministre du Québec et ministre de la Sécurité publique. 

Le ministère de la Justice revient à l’avocate réputée Sonia LeBel. Elle s’est fait connaître du grand public en étant procureure en chef de la Commission Charbonneau, cette fameuse commission qui a enquêté pendant des années sur les scandales de corruption et de collusion au sein de l’Industrie de la construction au Québec. Sonia LeBel sera aussi ministre de la Condition féminine.  Un portefeuille un peu trop bien garni pour certain.es...
Danielle McCann, ex-PDG de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, devient la ministre de la Santé et des Services sociaux, l’un des plus importants ministères dans le gouvernement du Québec. Elle va avoir d’importants dossiers à gérer, dont tenter de réduire le temps d’attente dans les urgences des hôpitaux du Québec et revoir les ententes salariales conclues par le gouvernement précédent avec les médecins omnipraticiens et spécialistes du Québec. 

Marguerite Blais hérite du ministère des Aînés et des proches aidants. Elle a déjà dirigé ce ministère sous un gouvernement libéral qu’elle avait quitté pour des raisons personnelles, elle retrouve donc des dossiers qu’elle connaît bien.
 
Chantal Rouleau devient la ministre responsable de la métropole, Montréal : mairesse d’un arrondissement de la municipalité montréalaise, elle a été l’une des rares élues de la Coalition Avenir Québec sur l’île de Montréal. Elle sera appelée à travailler en étroite collaboration avec la mairesse de Montréal Valérie Plante, qui est beaucoup plus proche politiquement du parti de gauche Québec solidaire, bien ancré sur le territoire montréalais, qu’avec la CAQ. 

La Francophonie à Nadine Girault, haïtienne d'origine

Un nom à retenir pour l’espace francophone : Nadine Girault, haïtienne d’origine, issue du milieu des affaires, devient ministre des Relations internationales et de la Francophonie. 

MarieChantal Chassé  (c'est ainsi qu'elle ortographie son prénom) prend le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques : c’est le maillon faible de cette nouvelle équipe gouvernementale. Durant la campagne électorale, la Coalition Avenir Québec s’était fait durement critiquer pour le peu de mesures environnementales dans son programme. Mme Chassé aura donc une bonne cote à remonter et un gros défi sur les bras même si François Legault promet d’intégrer dans les priorités de son gouvernement les questions environnementales. 

Le ministère de la Culture et les Communications revient à l’ex-journaliste Nathalie Roy. Elle sera aussi responsable de la Langue française. Mme Roy était tout sourire lors de son assermentation. 

L’ex-patineuse de vitesse et championne olympique, Isabelle Charest, devient ministre déléguée à l’Éducation, elle va notamment s’occuper du secteur loisirs et sports de ce ministère.

Enfin notons les nominations de Marie-Ève Proulx au poste de ministre déléguée au développement économique régional, de l’ex-enseignante Andrée Laforest comme ministre des Affaires municipales et de l’Habitation et de Caroline Proulx, ex-animatrice de télévision, au ministère du Tourisme. Sylvie d’Amours, ex-entrepreneure, s’empare du ministère aux Affaires autochtones, un poste délicat.   

Mais l'économie, le "nerf de la guerre" avec trois gros ministères ainsi que celui de l’Éducation restent confiés à des hommes.  

<p>Christian Dubé, Eric Girard et Pierre Fitzgibbon, le trio toujours masculin de l'Economie du gouvernement Legault</p>

Christian Dubé, Eric Girard et Pierre Fitzgibbon, le trio toujours masculin de l'Economie du gouvernement Legault

© Radio-Canada, Mathieu Potvin
Ce gouvernement est un gros souffle de renouveau : seulement François Legault et Marguerite Blais ont déjà été ministres, les 25 autres n’ont aucune expérience en la matière. Et beaucoup de ces nouveaux ministres sont dans la trentaine et sont de jeunes parents. Durant la cérémonie d’assermentation, on pouvait d’ailleurs entendre des jeunes enfants babiller et même réclamer leur papa ou leur maman qui était en train de prêter serment. Le ministre de la Famille a même signé son assermentation entouré de ses deux garçons, image pour le moins émouvante et rafraîchissante.

Représentation record au sein de l’Assemblée nationale du Québec

Déjà, il y a eu au cours de ces élections un record historique de femmes candidates, soit 47%. Dans 9 circonscriptions, la course se jouait entre femmes représentant les quatre principaux partis. Alors ce record de représentation féminine s’est traduit dans les bulletins de vote des Québécois : ils ont élu 53 femmes députées de l’Assemblée nationale : 28 de la Coalition Avenir Québec ( sur 74 ) 16 du Parti libéral du Québec ( sur 29 ), 5 de Québec solidaire ( sur 10 ) et 4 du Parti Québécois ( sur 10 ).  

C’est historique, c’est incroyable de se rendre là en une seule élection
Esther Lapointe, directrice générale du groupe Femmes, Politique et Démocratie

Les femmes n’étaient que 33 députées dans la dernière législature, elles viennent donc d’augmenter leur présence dans l’hémicycle d’une manière assez spectaculaire. De quoi réjouir bien du monde ! « C’est historique, c’est incroyable de se rendre là en une seule élection » s’est réjoui Esther Lapointe, directrice générale du groupe Femmes, Politique et Démocratie, un organisme qui étudie justement la représentation des femmes dans les divers paliers de gouvernement.

Pauline Marois, première femme à avoir été Première ministre du Québec entre septembre 2012 et avril 2014, a parlé de son côté d’une « avancée exceptionnelle ». Clairement, les quatre principaux partis politiques du Québec ont misé sur les femmes lors de ces élections et le pari a été gagnant.  

Zone de parité donc au sein de l’Assemblée nationale du Québec, autant de femmes que d’hommes dans ce nouveau gouvernement québécois : voilà des étapes importantes pour atteindre l’égalité entre les sexes dans la sphère politique. Des progrès notoires pour ouvrir des portes qui, souhaitons-le, resteront ouvertes par la suite…

Evolution de la représentation des femmes à l’Assemblée nationale du Québec en pourcentage depuis 15 ans :
-    2003 : 30,4%
-    2007 : 25,6%
-    2008 : 29,6%
-    2012 : 32,8%
-    2014 : 27,2%
-    2018 : 42%