Terriennes

Au Togo, le viol de trop

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Récit TV5MONDE Ilhame Taoufiqi avec Emmanuelle Sodji et R Ntale, montage C. Gardet. Durée 2'32"

Un homme qui tente de sodomiser une jeune femme alors qu'elle le supplie d'arrêter. L'homme, furieux, redouble de menaces. Cette vidéo circulant sur les réseaux sociaux a provoqué l'indignation de la société civile au Togo. Ce jeudi 4 octobre 2018, ONG et femmes ont manifesté leur colère, à Lomé. Reportage

Le visage grave, quelques dizaines de femmes sont rassemblées devant le ministère de la Promotion de la femme, à Lomé, pour protester. Aucun son ne sortira de leur bouche. Leurs pancartes parlent d'elle même, leurs regards déterminés aussi.

Pour le collectif "Non, c'est non", le viol d'une jeune femme, filmé en direct par l'agresseur et publié en toute impunité sur les réseaux sociaux, c'est le viol de trop.
 

La peur doit changer de coté et ce combat ne peut se faire sans l'appui des autorités. Nous voulons plus d'engagement.
Florence Potison, porte-parole du collectif "Non, c'est non"

Les activistes avaient prévu de remettre un mémorandum à la ministre de la Promotion de la femme. Elles ont été éconduites. Les demandes d'entretien, aussi, sont accueillies par autant de fins de non-recevoir.

Et pourtant, au Togo, il y a matière à s'inquiéter selon les associations et ONG. Car le nombre de viols sur les femmes, mais aussi sur les enfants, seraient en constante augmentation. Au centre Kekeli on en sait quelque chose : chaque mois, l'équipe recoit 6 mineurs victimes de viols. C'est beaucoup, mais encore mais bien loin de refléter le chiffre réelles des agressions sexuelles. La plupart des victimes s'enferment, seules, dans le silence, faute d'espace pour en parler.

"C'est lié à nos propres cultures, le sexe est un tabou. Il y a pas de dispositifs de dénonciations. Dans nos familles, à l'école, au travail, y a pas un dispositif clair pour montrer à l'enfant qu'il doit parler dès que cela lui arrive, et qu'il ne sera pas jugé," explique Donatien Ayena, psychologue au centre Kekeli.

Pas de sensibilisation, ni de prevention mais selon Marcel Niman, le juriste du centre, encore bcp trop d'impunité pour les violeurs : "Du coté des forces de l'odre, on a beaucoup de problèmes quand nous nous présentons en tant que de partie civile. Il y a des vices de procédures à des fins de corruption." Et pourtant l'arsenal juridique pour punir les violeurs existe. Le code pénal togolais prévoit des peines allant de cinq à dix ans de prison.