Terriennes

#balancetonrappeur : avec l'affaire Moha La Squale, le metoo du rap ?

Moha La Squale, lors d'un concert, image extraite du clip du single "Ma belle" sorti en août 2019 et qui affiche plus de 68 millions de vues sur Youtube. 
Moha La Squale, lors d'un concert, image extraite du clip du single "Ma belle" sorti en août 2019 et qui affiche plus de 68 millions de vues sur Youtube. 
©capture ecran/youtube

Moha La Squale, jeune rappeur parisien devenu star et aujourd'hui mis en cause. Quatre jeunes femmes ont porté plainte contre lui et le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "violences volontaires", "agression sexuelle", "séquestrations" et "menaces de mort". Sur les réseaux sociaux, de nombreuses jeunes femmes dénoncent des agressions dans le monde du rap avec le mot dièse #BalanceTonRappeur et #MusicTooFrance. 

Trois ans après la déferlante #MeToo, et tous les autres qui ont suivi, voici maintenant le monde du rap à son tour pris dans la tourmente. 

L'agresseur présumé se nomme Moha La Squale. Il est l'une des nouvelles stars de la scène rap française, révélé en 2018 avec son premier album "Bendero", plébiscité par le public (disque d'or, plus de 50.000 exemplaires vendus et des clips affichant des dizaines de millions de vues sur Youtube) et par la critique.. 

Selon les  informations révélées par plusieurs médias dont Le Point, "Six victimes, dont trois avec une identité connue" ont porté plainte lundi 7 septembre 2020 au commissariat du IXe arrondissement de Paris. Les trois autres devraient porter plainte à leur tour prochainement, a indiqué une source proche à l'AFP.

Mardi 15 septembre, le Parquet de Paris annonce qu'une quatrième jeune femme a porté plainte pour "des faits de violence" et "menaces de mort".

Les plaignantes, âgées de 23 à 28 ans, sont des anciennes compagnes du chanteur. Elles "ont fourni à la police des témoignages assez longs" et "les auditions se sont terminées ce matin tôt", précise leur avocat Thibault Stumm. "Certains faits remontent à plus de deux ans, d'autres à quelques mois", a-t-il ajouté.

"J’avais des marques sur le front, je n’avais pas pu aller au travail parce que j’étais détruite. On ne peut pas y aller avec la pommette gonflée, même si ce ne sont pas des bleus, ça se voit", raconte l'une des plaignantes au journal Le Monde.

L'avocate de Moha La Squale, Me Elise Arfi, n'a pu être jointe pour l'instant. Moha La Squale n'a pas fait de déclaration. Il doit par ailleurs être jugé en mars pour un refus d'obtemperer aggravé, outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion. Il avait été interpellé en juin à la suite d'un contrôle routier de routine, les policiers ayant constaté qu'il faisait l'objet d'un mandat de recherche pour un "rodéo à moto" un mois auparavant. 

Nommé aux Victoires de la musique 2019, cet artiste charismatique aux cheveux longs, passé par le Cours Florent, s'était fait repérer avec des "freestyles" postés sur Facebook et YouTube, où on le voit rapper dans sa cuisine ou dans son quartier de "La Banane" à Ménilmontant, dans le XXe arrondissement. Il y racontait déjà la rue, son quotidien et sa vie d'avant lorsqu'il était dealer et avait été en prison. 

#BalanceTonRappeur

Depuis plusieurs jours, le rappeur de 25 ans est ciblé sur les réseaux sociaux par des accusations de violences sexuelles et de menaces de plusieurs jeunes femmes, dont certaines ont exprimé leur volonté de porter plainte. 

Un autre rappeur est aussi mis en cause. Il s'agit du Belge Roméo Elvis, qui n'est autre que le frère de la chanteuse Angèle, connue pour son titre "Balance ton quoi".

Sur le compte Instagram du rappeur, une jeune femme accuse le chanteur de l'avoir agressée sexuellement et a lancé un hashtag, #balancetonrappeur. Dans une story publiée mardi 8 septembre, la jeune femme partage les réponses qu'elle a reçues de la part du chanteur, actuellement en promotion du film Mandibules de Quentin Dupieux à la Mostra de Venise dans lequel il tient son premier rôle au cinéma. Il lui répond : "Je veux encore une fois m'excuser pour ce qui s'est passé c'était vraiment n'importe quoi. J'ai vraiment aucune explication j'étais juste une merde sur le coup et j'ai pris plusieurs semaines à essayer d'oublier ce geste stupide". 

Tentant de mettre fin au scandale, le chanteur a tenu à s'excuser publiquement sur son compte Instagram :"Je regrette sincèrement ce geste et surtout, je réitère publiquement les excuses déjà exprimées de nombreuses fois en privé et en personne".

Angèle s'est également exprimée sur ses réseaux sociaux: "Je condamne les actes qui vont à l'encontre de mes principes. C'est d'autant plus important qu'il s'agit d'un proche et heurtant de l'apprendre ainsi". "Une prise de conscience globale est à venir et un changement des mentalités s'impose, encore, toujours et partout", insiste la chanteuse.

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Sur les réseaux, la chanteuse s'est retrouvée sous le feu des critiques. De nombreux.ses utilisateurs.trices lui reprochent de ne pas avoir "dénoncé" son frère compte tenu de ses engagements féministes, mais elle a aussi reçu de nombreux soutiens.

#MusicTooFrance : pour un suivi psychologique

Mi-juillet, le collectif Music Too France a posté un formulaire sur les réseaux sociaux pour collecter des témoignages d'agression ou de harcèlement sexuel dans le monde de la musique. Il est disponible jusqu'au 30 septembre. Derrière cette initiative, se cache un "petit collectif qui préfère rester anonyme". Cet appel a déjà été relayé par des artistes comme Chris, Pomme ou Camélia Jordana, indique France Info

Composé de membres de l'industrie musicale, Music Too France prépare cette action depuis plusieurs mois, en lien avec des avocates et deux associations, pour mettre en place un suivi juridique et psychologique si nécessaire. "À partir de ces informations, nous pourrons associer des agressions et violences entre elles, commencer à dessiner des profils et rassembler des plaintes", explique le collectif dans son manifeste
 
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“Nous reprenons aujourd’hui le hashtag #MusicToo pour donner un nouveau souffle à la libération de la parole dans l’industrie musicale.“  Nous (anonymes, comme vous) collectif à l’initiative de ce questionnaire, sommes issu.e.s du secteur musical. Certain.e.s d’entre-nous ont quitté la filière il y a plusieurs mois ou années, certain.e.s y évoluent encore aujourd’hui. Une filière professionnelle parfois dangereuse, souvent toxique pour les femmes, pour la communauté LGBTQIA+ et les personnes racisées sous représentées.   Depuis plus d’un an, nous repensons aux témoignages de nos ami.e.s, aux histoires d'agressions sexuelles que tout le monde connaît dans le milieu mais dont personne ne parle. Et nous constatons l’impunité des agresseurs (professionnels à des postes clés, artistes omniprésents dans les médias) qui n’ont aucune raison d’arrêter leurs agissements si personne ne parle.  Il est temps que la peur change de camp.  Sur notre google form (lien dans la bio), jusqu’au 30 septembre, nous recueillons vos témoignages de violences sexistes - propos sexistes, dégradants, ambiances sexistes - et sexuelles. Vous pouvez rester anonymes si vous le souhaitez, mais il est temps de nommer votre ou vos agresseur.euse.s.  A partir de ces informations, nous pourrons associer des agressions et violences entre elles, commencer à dessiner des profils et rassembler des plaintes. Nous travaillons avec des avocates et deux associations pour vous accompagner vers un suivi juridique ou psychologique si nécessaire. Dans certains cas, nous transmettons des informations aux médias qui voudraient mener une enquête.

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Avec cette initiative, Music Too France souhaite libérer la parole des victimes et briser l'omerta toujours présente dans l'industrie musicale française. 

En octobre 2019, le collectif CURA publiait une enquête révélant qu'une femme artiste sur trois a été agressée ou harcelée sexuellement dans l'industrie musicale française. 97% des groupes programmés par les grands festivals sont composés exclusivement ou majoritairement d'hommes, et que 88% des programmateurs de salles de musiques actuelles sont des hommes, selon deux autres études (Fedelima et Slate)