Terriennes

Belgique : Petra De Sutter, première ministre transgenre en Europe

<p>Petra De Sutter, nouvelle vice-Première ministre chargée de la Fonction publique, vient de prêter serment devant le roi Philippe à Bruxelles, le 1er octobre 2020.</p>

Petra De Sutter, nouvelle vice-Première ministre chargée de la Fonction publique, vient de prêter serment devant le roi Philippe à Bruxelles, le 1er octobre 2020.

©Danny Gys, Pool via AP

Nommée vice-Première ministre chargée de la Fonction publique du nouveau gouvernement belge, Petra De Sutter, 57 ans, devient la première ministre transgenre en Europe. L’écologiste flamande, également cheffe de service à l'hôpital de Gand, ne veut pas être jugée pour cet aspect de son histoire, mais accepte volontiers d'assumer un rôle de modèle dans le combat contre les discriminations.

Après avoir changé de genre en 2004, Petra De Sutter se lance en politique et devient conseillère municipale, puis sénatrice en 2014. Cette année-là, elle révéle publiquement sa transition. Elue au Parlement européen en 2019, elle s'illustre par son investissement dans la défense des droits des LGBT.
 

En ce début d'octobre 2020, la voici, à 57 ans, nommée vice-Première ministre chargée de la Fonction publique du nouveau gouvernement belge. Quelques jours après avoir prêté serment, elle fait part de sa fierté de devenir la première ministre transgenre en Europe. "Je suis fière qu'en Belgique et dans la majeure partie de l'Union européenne votre identité de genre ne vous définisse pas en tant que personne et soit un non-problème. J'espère que mon engagement en tant que ministre et vice-Première ministre pourra déclencher un débat dans les pays où ce n'est pas encore le cas", dit-elle dans cet message épinglé en tête de son compte Twitter :

Un exemple dans le combat anti-discrimination

Gynécologue  internationalement reconnue pour ses travaux sur la fertilité, Petra De Sutter dirige le service de médecine reproductive de l'université de Gand. Alors pas question pour elle de se voir réduite à sa transition, un aspect de son individualité qui appartient à son histoire strictement personnelle, explique-t-elle, même si elle assume volontier son rôle de modèle : "Beaucoup me voient comme un exemple dans le combat anti-discriminatoire. Je veux bien jouer ce rôle, car il peut aider les gens dans le combat contre la discrimination", explique-t-elle au micro de RTLinfo.

En Belgique, la nomination d'une ministre transgenre n'a pas défrayé la chronique, ce qui "montre que dans notre société, nous sommes au stade où ceci n'est pas exceptionnel," se félicite-t-elle. Mais "dans beaucoup de pays dans le monde, il y a beaucoup de discrimination, d'homophobie et de transphobie. Le débat se passe dans ces pays-là pour l'instant", ajoute-t-elle. 

La GPA : trouver l'équilibre

Le rapport sur la procréation médicalement assistée (GPA) que l'eurodéputée Petra Sutter dépose en 2016 à Bruxelles est resté lettre morte, tant au niveau européen qu'en Belgique. L’hôpital de Gand, où elle est cheffe de service, fait partie des quatre seuls du royaume à pratiquer la GPA. Pour Petra de Sutter, la GPA, oui, mais avec prudence et des réglementations. Elle se souvient des vives réactions contre la GPA au sein du Parlement européen : "Certains groupes ne voulaient tout simplement pas du débat. Pour eux c’était comme parler de la pédophilie. Les féministes sont également très divisées : certaines sont totalement contre la GPA comme elles le sont au sujet de la prostitution, quand d’autres l’envisagent comme un choix. Mais c’est le monde de demain, il ne faut pas résister, il faut pouvoir trouver un nouvel équilibre," cite le magazine coopératif Wilfried dans un portrait d'elle en 2018.
 

Patriarcat, médecine et transphobie

Le paternalisme, Petra De Sutter l’a côtoyé dans son propre domaine d’expertise, la gynécologie et l'obstétrique. "Induction chronométrée du travail, épisiotomies non consenties, césariennes à la chaîne, 'point du mari'... En France, les révélations de violences obstétricales trop ordinaires se sont frayées une place dans les débats publics. En Belgique, Petra De Sutter confesse que le combat tarde à se faire entendre, explique-t-elle en 2018 au magazine belge Wilfried.

Dans ce même portrait de celle qui devait devenir vice-Première ministre de Belgique, elle explique qu'elle fut elle-même patiente, en psychiatrie, pendant deux ans à peu près, avant d'engager sa transition. "Chaque médecin devrait passer une fois de l’autre côté et endurer le système médical. Ça m’a influencée. Je crois qu’on devient plus empathique en tant que médecin après, on écoute un peu plus les gens. Je pense que je suis devenue une meilleure médecin par la suite," raconte-t-elle. Ce sont ces "quelques années infernales qui l’ont menée à la limite, à quelques secondes près" qui l'ont conduite à faire son coming-out à l'âge de 40 ans : pour sa famille, ses collègues, elle sera désormais Petra.
 
Et puis en 2014, alors qu'elle se lance en politique, la presse révèle sa transidentité. Petra de Sutter, alors, s'explique à la télévision et dans un livre intitulé (Over)leven paru l'année suivante. Puis tout s'enchaîne et elle se retrouve propulsée égérie des personnes transgenres. "Pas seulement pour les affaires d’identité de genres, mais pour les personnes coincées dans leur propre prison personnelle. Je me rappelle d’une très belle lettre d’une femme, mariée depuis quarante ans, et qui me disait qu’elle était lesbienne, mais qu’elle ne l’avait jamais dit à personne. Elle avait lu mon histoire et elle allait chercher de l’aide, parce qu’elle pensait au suicide depuis des années – tous les jours," explique Petra de Sutter au magazine Wilfried.
 
Ce qu'elle veut faire, avant tout, c'est de la politique. Elle explique comment elle a développé les défenses qui lui permettent de faire face à l'intérêt suscité par cette différence qui suscite des réactions contrastées, mais dont la nouveauté ne peut laisser totalement indifférent.

"C’est certain qu’il y a des gens que ce que j’incarne dérange. Alors, soit on se laisse blesser, soit on développe une cuirasse. Aujourd’hui, moi, j’ai une peau comme ça, mesure-t-elle entre son pouce et son index. J’ai observé tout un processus pour comprendre ce qui se passait en moi. C’était une époque où il n’y avait pas Internet, où il n’y avait rien. Ça m’a pris quarante ans avant d’être persuadée que c’était comme ça, qu’il fallait que je continue à vivre avec," dit-elle à Wilfried.

Un gouvernement belge plus jeune, plus féminin

La nomination de Petra de Sutter s'inscrit dans le renouveau du gouvernement belge voulu par le Flamand Alexander De Croo. Le nouveau cabinet se distingue par sa jeunesse et sa diversité, mais aussi parce qu’il affiche une majorité de femmes, alors que le précédent n’en comptait que 4 pour 9 hommes. Sur les 14 nouveaux ministres, huit sont des femmes, dont l'ex-Premier ministre Sophie Wilmès, choisie pour les Affaires étrangères.

L'Intérieur, la Défense, l'Energie, l'Environnement et les Pensions sont autant de portefeuilles majeurs désormais dirigés par des femmes. Ludivine Dedonder, une socialiste francophone de 43 ans, ex-journaliste sportive à l'ascension éclair en politique, est la première femme nommée ministre de la Défense en 190 ans d'histoire de la Belgique, tandis que portefeuille associant la Coopération au développement et la politique de la ville échoit à la socialiste Meryame Kitir, 40 ans, une ex-ouvrière automobile née de parents marocains.