Terriennes

Biélorussie : l'opposante Maria Kolesnikova interpellée

Maria Kolesnikova, dos à dos avec les forces de l'ordre lors d'une des manifestations de l'opposition dans la capitale biélorusse, Minsk, le dimanche 30 août 2020. 
Maria Kolesnikova, dos à dos avec les forces de l'ordre lors d'une des manifestations de l'opposition dans la capitale biélorusse, Minsk, le dimanche 30 août 2020. 
©Tut.By via AP

Maria Kolesnikova est l'un des visages de la contestation biélorusse. Difficile de dire où elle se trouve aujourd'hui. Enlevée par des inconnus en compagnie de deux de ses collaborateurs à Minsk, elle aurait refusé de quitter le pays et aurait été interpellée à la frontière ukrainienne. De nombreuses voix s'élèvent pour réclamer sa libération. 

Où est Maria Kolesnikova ? Aujourd'hui, le sort de cette opposante biélorusse suscite de nombreuses inquiétudes. 

Emmenée de force à la frontière entre le Bélarus et l'Ukraine, Maria Kolesnikova "criait qu'elle n'irait nulle part" et "s'est extirpée par la fenêtre de la voiture avant de se diriger vers la frontière bélarusse" où elle a été arrêtée, ont raconté depuis Kiev deux collaborateurs qui étaient à ses côtés, Anton Rodnenkov et Ivan Kravtsov. Ils ont fait, eux, le choix de quitter leur pays. 

Anton Rodnenkov, à gauche, et Ivan Kravtsov lors de leur conférence de presse à Kiev, Ukraine, le 8 septembre 2020. 
Anton Rodnenkov, à gauche, et Ivan Kravtsov lors de leur conférence de presse à Kiev, Ukraine, le 8 septembre 2020. 
©AP Photo/Efrem Lukatsky

Les deux hommes ont raconté avoir été emmenés de force par des inconnus et transportés dans diverses administrations, menottés et un sac sur la tête. Interrogés et menacés de poursuites judiciaires, ils se sont finalement vu proposer de quitter le pays. "Ce qui les intéressait, c'était le transport de Maria Kolesnikova hors des frontières. Ils l'expliquaient par la nécessité d'une désescalade de la situation" au Bélarus, a expliqué Ivan Kravtsov.

"Kolesnikova est actuellement détenue", a confirmé à l'AFP le porte-parole des gardes-frontières bélarusses, Anton Bytchkovski.

La semaine dernière, une autre figure de l’opposition, Olga Kovalkova, a été expulsée du pays après avoir purgé 15 jours de prison pour avoir manifesté, nous apprend le site news-24.fr.

Protestations diplomatiques

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo s'est déclaré "profondément inquiet des informations sur l'enlèvement et la tentative d'expulsion forcée de dirigeants de l'opposition au Bélarus", affirmant réfléchir à de nouvelles sanctions.

"Nous rappelons aux autorités du Bélarus qu'il est de leur responsabilité d'assurer la sécurité de Mme Kolesnikova et de tous ceux détenus de manière injuste", a dit Mike Pompeo. "Les Etats-Unis, en coordination avec nos partenaires et nos alliés, envisagent des sanctions ciblées supplémentaires pour favoriser la prise de responsabilité de ceux impliqués dans la violation de droits humains et la répression au Bélarus", a-t-il ajouté.

La France a condamné "les arrestations arbitraires et les pratiques d'exils forcés", et appelé à faire "toute la lumière" sur le cas de Maria Kolesnikova.

L'ONG Amnesty International a appelé à "la libération immédiate" de l'opposante et à "la fin de la campagne d'intimidation et de persécution politique" au Bélarus.

La figure de proue de l'opposition, Svetlana Tikhanovskaïa, en Lituanie, a réclamé sa libération immédiate. Ce type de situation "ne peut pas être la norme en Europe, ni dans un monde civilisé", a-t-elle déclaré lors d'une intervention par visioconférence devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE). "Mon peuple, ma nation ont besoin d'aide", a-t-elle ajouté. 

633 arrestations après la manifestation de dimanche

Selon la police, 633 manifestant.e.s ont été interpellé.e.s à l'issue de la manifestation massive de l'opposition dimanche 6 août. Pour le quatrième weekend consécutif, une foule record de plus de 100 000 personnes s'est rassemblée à Minsk, malgré un impressionnant déploiement des forces de l'ordre et de l'armée dans la capitale.

Des images ont montré des hommes cagoulés, en civil et armés de matraques circulant dans le centre-ville et pourchassant des manifestants.

«Au total, 633 personnes ont été interpellées hier pour infraction à la loi sur les événements de masse», a indiqué le ministère de l'Intérieur dans un communiqué, ajoutant que 363 d'entre elles restaient en détention provisoire dans l'attente de l'examen de leurs dossiers par les tribunaux. Il s'agit du plus grand nombre d'arrestations à une manifestation d'opposition depuis les premières protestations ayant suivi la présidentielle du 9 août, sévèrement réprimées par les forces de l'ordre.

Une artiste activiste déterminée

Agée de 38 ans, flûtiste professionnelle, Maria Kolesnikova est revenue vivre à Minsk, sa ville de naissance, l'an dernier, après avoir passé douze ans à Stuttgart, où elle a suivi des études de musique. Proeuropéenne, elle est aussi engagée pour les droits des femmes.

Maria Kolesnikova est la cheffe de campagne du candidat de l’opposition Viktor Babariko, un ancien banquier qui a été arrêté par les autorités avant les élections avec son fils. La veille du scrutin présidentiel, elle avait été brièvement interpellée, tout comme la porte-parole de Svetlana Tikhanovskaïa, Maria Moroz, pour des raisons inconnues. 

<p>Des manifestantes brandissent les portraits des trois visages féminins de l'opposition : à droite Maria Kolesnikova, au centre Veronika Tsepkalo, et à gauche Sviatlana Tsikhanouskaya lors d'un rassemblement le 20 juillet à Minsk (Biélorussie). </p>

Des manifestantes brandissent les portraits des trois visages féminins de l'opposition : à droite Maria Kolesnikova, au centre Veronika Tsepkalo, et à gauche Sviatlana Tsikhanouskaya lors d'un rassemblement le 20 juillet à Minsk (Biélorussie). 

©AP Photo/Sergei Grits

Alors que Svetlana Tikhanovskaïa et Veranika Tsapkala, avec qui elle avait mené la campagne électorale, ont été poussées à l’exil, l'opposante assurait dans un article à Ouest-France publié le 12 août dernier, qu’elle ne partirait pas. "Je me sens responsable de ce qui se passe", déclarait-elle.

Dans un entretien au Figaro publié le 17 août, elle réclamait de nouvelles élections estimant que ​"La société biélorusse a changé très vite. Le mécontentement mûrissait depuis longtemps. Le truquage des élections, les violences contre la population ont soudé les Biélorusses qui ne sont plus d’accord avec ce pouvoir et qui sont prêts à défendre leur indépendance".

A la question, avez-vous été menacée ? Elle répondait: "Non. J’ai marché dans les rues de Minsk, vu beaucoup de gens. Je n’ai pas peur de dire la vérité ; je sens le soutien des Biélorusses".