Terriennes

Camilla : de maîtresse honnie à reine consort

Camilla, alors duchesse de Cornouailles, visite le club <em>Soroptimists</em> à Bayswater, dans le centre de Londres, le 16 novembre 2005. 
Camilla, alors duchesse de Cornouailles, visite le club Soroptimists à Bayswater, dans le centre de Londres, le 16 novembre 2005. 
©AP Photo/Lefteris Pitarakis
Camilla, alors duchesse de Cornouailles, visite le club <em>Soroptimists</em> à Bayswater, dans le centre de Londres, le 16 novembre 2005. 
Camilla, duchesse de Cornouailles, visite Westonbirt, l'arboretum national à Alrewas, dans le centre de l'Angleterre, le 26 octobre 2020.

Les Britanniques ont une nouvelle reine. Divorcée, vue comme la briseuse du couple princier idéal que formaient Charles et Diana, Camilla aura attendu et oeuvré plus de vingt ans pour trouver sa place au sein de la famille royale. 

Longtemps, elle a été l'intruse responsable de la séparation du couple princier aux yeux des Britanniques, pour avoir repris sa liaison avec Charles lorsqu’il était marié à la princesse Diana. Il a fallu attendre février 2022 pour qu’Elizabeth II tranche et que s'apaise l'inépuisable débat sur le futur titre de la maîtresse de toujours, divorcée, devenue épouse de Charles. 

A l’occasion du jubilé de ses soixante-dix ans de règne, la souveraine exprimait "le souhait sincère" que Camilla devienne reine consort quand son fils accéderait au trône. En janvier 2022, la reine l’avait faite "Dame de l’ordre de la Jarretière", le plus prestigieux de la chevalerie britannique, qui portait à Camille au même rang que les enfants de la souveraine et actait sa place au sein de la monarchie.

La maîtresse de toujours

Il en aura fallu, du temps, à celle qui est devenue duchesse de Cornouailles depuis son mariage avec Charles, en 2005, pour en arriver là. A l'époque, la reine Elizabeth, réticente, n'était même pas venue à leur mariage civil à Windsor. "Les Britanniques n'en veulent pas pour reine" précisait à l'époque le Daily Telegraph, entre autres tabloïds.

Unes des journaux britanniques annonçant les fiançailles entre le prince Charles et Camilla Parker-Bowles, le 11 février 2005, deux mois avant leur mariage : "Que dirait Diana ?" s'interroge le <em>Daily Express ; </em>"La femme qu'il veut depuis toujours" constate le <em>Daily Mail </em>; "Les Britanniques n'en veulent pas pour reine" précise le <em>Daily Telegraph</em>.
Unes des journaux britanniques annonçant les fiançailles entre le prince Charles et Camilla Parker-Bowles, le 11 février 2005, deux mois avant leur mariage : "Que dirait Diana ?" s'interroge le Daily Express ; "La femme qu'il veut depuis toujours" constate le Daily Mail ; "Les Britanniques n'en veulent pas pour reine" précise le Daily Telegraph.
©AP Photo/Adam Butler

Le cauchemar de Diana

La très populaire princesse Diana, mariée à Charles en 1981, avait très vite compris que c'était Camilla qui était le grand amour de la vie de Charles, pas elle. Elle l'appelait la "Rottweiler", un surnom qui la poursuivra pendant des années. "Il y a toujours eu trois personnes dans ce mariage", disait Diana en 1995 dans une interview à la BBC qui, à l'époque, avait fait grand bruit. Ses grands yeux bleus cernés de noir, elle désignait, sans avoir besoin de la nommer, la maîtresse de Charles, Camilla Parker-Bowles.

A ces années-là remonte la résistance de la Couronne et des Britanniques – résistance que la mort accidentelle de la princesse Diana n'a fait que renforcer – à accepter que la deuxième épouse de celui qui est devenu Charles III soit, un jour, reine consort. Après son mariage avec Charles, Camilla a d'ailleurs toujours refusé le titre de princesse de Galles, trop lié à Diana.

Une place dans la famille royale

Divorcée, mère de deux enfants adultes et grand-mère de cinq adolescents, Camilla est âgée de 75 ans. Casque de cheveux blancs et décontraction bienveillante, elle a, peu à peu, réussi à trouver sa place dans la royauté britannique. ​Son sens du devoir, sa simplicité et son humour ont lentement eu raison d’une partie des réticences.

Camilla est idéale pour Charles et ils travaillent merveilleusement bien en équipe.
Richard Fitzwilliams, commentateur royal 

Désormais, nombreux sont ceux qui reconnaissent l'impact positif qu'elle a sur son mari : "Les gens se rendent compte que Camilla est idéale pour Charles et qu'ils travaillent merveilleusement bien en équipe", explique le commentateur royal Richard Fitzwilliams. 

Si sa popularité s'est redressée, la reine consort reste l'un des membres de la famille royale les moins aimés, à seulement 40% d'opinions favorables, selon un sondage YouGov de 2022. En 2021, encore, moins de la moitié des Britanniques souhaitaient qu'elle devienne reine.

Camilla est passionnée d’équitation, un trait commun avec la reine Elizabeth II. Ici le 29 janvier 2009, elle discute avec des policiers à cheval lors d'une visite de l'école de la police montée d'East Molesey.
Camilla est passionnée d’équitation, un trait commun avec la reine Elizabeth II. Ici le 29 janvier 2009, elle discute avec des policiers à cheval lors d'une visite de l'école de la police montée d'East Molesey.
©Stephen Hird, Pool Photo via AP

Au service de la Couronne

Depuis des années, Camilla travaille sans relâche pour la Couronne britannique, assumant des dizaines d’engagements par an, au point d’en être devenue un rouage essentiel. Marraine de dizaines d’associations, elle s’est investie dans des sujets qui lui sont chers comme la lecture, ou les violences faites aux femmes : elle essaye de visiter des centres d’accueil aussi souvent que possible lors de ses voyages à l’étranger, a-t-elle récemment confié au magazine Vogue.

Camilla, alors duchesse de Cornouailles, reçoit un hongi d'un maori lors d'une visite du centre communautaire Wesley à Auckland, en Nouvelle-Zélande (pays membre du Commonwealth), le 18 novembre 2019.
Camilla, alors duchesse de Cornouailles, reçoit un hongi d'un maori lors d'une visite du centre communautaire Wesley à Auckland, en Nouvelle-Zélande (pays membre du Commonwealth), le 18 novembre 2019.

Elle s’intéresse aussi à la santé, aux animaux, et parle volontiers de jardinage. Durant le Covid, elle a aussi lancé un club de lecture sur Instagram, où elle offre des recommandations et fait intervenir des auteurs. Son dernier post rend hommage à la défunte reine Elizabeth II, sa belle-mère.

Un moment en couple, chaque jour

Charles et Camilla lors d'une réception de charité, organisée par Camilla Parker-Bowles à Londres, le 26 juin 2001. <br />
 
Charles et Camilla lors d'une réception de charité, organisée par Camilla Parker-Bowles à Londres, le 26 juin 2001. 
 

Camilla et Charles partagent depuis des décennies une évidente complicité et une intimité officialisées par leur mariage, en 2005. Mais être dans l’œil des médias en permanence "n’est pas facile" confiait-elle lors de cette rare interview à Vogue en juillet dernier. "Personne n’aime être observée et critiquée en permanence... mais je pense qu'enfin, j'ai surmonté cela (…) Il faut continuer à vivre".

En dépit de leurs emplois du temps chargés, elle essaie de partager chaque jour un moment d'intimité avec son mari, ne serait-ce que pour lire un livre chacun de son côté dans la même pièce. "C’est très relaxant, dit-elle, parce que vous savez que vous n’avez pas à faire la conversation". 

Un long fleuve tourmenté

Issue de la grande bourgeoisie, fille aînée d'un ancien officier reconverti dans le négoce de vin, Camilla Shand grandit dans le Sussex, avant de fréquenter les meilleurs établissements privés à Londres, puis en Suisse. C'est à Paris qu'elle étudiera, ensuite, la littérature française pendant six mois.

Sa rencontre avec Charles remonte à 1971. Même si elle n'appartient pas à la grande noblesse, elle navigue dans les mêmes cercles que le prince héritier. Elle a même quelques liens avec la famille royale, étant l'arrière-petite fille d'Alice Keppel, une des maîtresses du roi Edouard VII, l'arrière-arrière-grand-père de Charles.

Ils ont une brève liaison, mais Camilla se marie avec l'un de ses admirateurs, le major Andrew Parker Bowles, et le prince s'engage dans la Royal Navy. Un éloignement auquel, si l'on en croit la version dépeinte dans la série The Crown, la famille royale n'aurait pas été étrangère.  "Je ne fais que deviner," avoue toutefois à ELLE US Peter Morgan, le créateur de la série qui a travaillé en étroite collaboration avec la biographe royale Penny Junor.

Quelques années plus tard, c'est Camilla qui encourage le prince de Galles, toujours célibataire, à épouser Diana, en 1981. Tous deux sont désormais mariés, mais ils reprennent leur liaison. La presse tabloïd publiera certaines de leurs conversations téléphoniques intimes, dans une "guerre des Galles" aussi impitoyable qu'humiliante.

Avec le divorce de Charles et Diana, en 1996, Camilla peut commencer à s'afficher aux côtés de Charles. Mais la mort de la princesse, en août 1997, la renvoie dans l'ombre. Le prince Charles lance alors une véritable campagne de séduction pour la faire accepter ; dès lors, les apparitions de Camilla sont soigneusement calibrées. Se faire accepter par la famille royale, et par les fils de Charles, les princes William et Harry, n’aura pas été facile.

Photo de famille au balcon de Buckingham, à Londres, lors du défilé <em>Trooping The Colour</em>, le 11 juin 2016 : la reine Elizabeth II, au premier plan, quatrième à droite, avec le prince Philip, troisième à droite ; le prince William, au centre, avec son fils le prince George ; Kate, la duchesse de Cambridge tient dans ses bras la princesse Charlotte ; Camilla, à gauche, entre le prince Charles et la princesse Anne.
Photo de famille au balcon de Buckingham, à Londres, lors du défilé Trooping The Colour, le 11 juin 2016 : la reine Elizabeth II, au premier plan, quatrième à droite, avec le prince Philip, troisième à droite ; le prince William, au centre, avec son fils le prince George ; Kate, la duchesse de Cambridge tient dans ses bras la princesse Charlotte ; Camilla, à gauche, entre le prince Charles et la princesse Anne.
©AP Photo/Tim Ireland

Quand d’autres, à son âge, viseraient une retraite méritée, Camilla reste, aujourd'hui, plus que jamais déterminée à continuer ses actions philanthropiques "aussi longtemps que possible". "Vous ne pouvez pas abandonner quand vous êtes au milieu de quelque chose", dit-elle.