Cancer du sein : mammographie, dépistage, diagnostic, le plus tôt sera le mieux

À l'occasion du lancement du mois de lutte et de prévention contre le cancer du sein, la chanteuse Carla Bruni prend la parole pour inciter les femmes à faire des mammographies. Elle-même a eu un cancer du sein, et a pu se soigner à temps grâce à un diagnostic précoce. Les femmes plus jeunes étant de plus en plus touchées, l'idée d'un dépistage plus personnalisé est actuellement à l'étude.

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Carla Bruni

Carla Bruni, 55 ans, a été soignée d'un cancer du sein à la suite d'une mammographie, la chanteuse appelle les femmes à se faire dépister comme elle chaque année. 

© capture d ecran / Instagram/ Carla Bruni
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"Faites vos mammographies. Il en va de vos vies". C'est avec ces mots que Carla Bruni a décidé de s'exprimer pour évoquer une maladie qui chaque année touche des millions de femmes dans le monde. Le cancer du sein reste, en 2023, la première cause de décès par cancer chez les femmes. 12 000 en meurent chaque année en France. 

Chaque année, à la même date, je fais une mammographie. Si je n'avais pas fait ça chaque année, je n'aurais plus de sein gauche aujourd'hui. Carla Bruni

Aujourd'hui âgée de 55 ans, la chanteuse a choisi son compte Instagram pour publier ce message. L'occasion pour elle de révéler pour la première fois avoir été diagnostiquée d'un cancer du sein, il y a quatre ans : "Chirurgie, radiothérapie, hormonothérapie, je parcours le chemin habituel pour traiter ce genre de cancer. Mais j'ai eu de la chance : mon cancer n'était pas encore agressif. Pourquoi ce cancer n'était-il pas agressif ? C'est parce qu'il n'a pas eu le temps de le devenir. Car chaque année, à la même date, je fais une mammographie. Si je n'avais pas fait ça chaque année, je n'aurais plus de sein gauche aujourd'hui."

Elle souhaite ainsi livrer "un message fondamental pour toutes les femmes qui me liront : Faites vos mammographies chaque année."

 

Dépister pour un meilleur diagnostic

Quand il est diagnostiqué suffisamment tôt, ce cancer a dans la majorité des cas un bon pronostic, avec une amélioration notable des taux de survie. Néanmoins, son incidence augmente depuis plusieurs années (plus de 60.000 cas estimés en France en 2023).

Si des causes "évitables" sont mises en avant comme la sédentarité, l'obésité, le tabagisme ou encore la consommation d'alcool, le dépistage permet de détecter tôt une éventuelle anomalie ou un cancer avant l'apparition de symptômes. Une détection précoce augmente largement les chances de guérison.

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Préconiser des mammographies plus précoces

Depuis la fin des années 1980, des programmes de dépistage organisé par mammographie ont été introduits dans un nombre croissant de pays européens. En France, la mammographie est proposée gratuitement tous les deux ans à toutes les femmes âgées de 50 à 74 ans. 

Au total on doit approcher 80% de couverture, ce n'est pas ridicule. Brigitte Séradour, radiologue

Dans les faits, moins d'une femme sur deux de cette tranche d'âge (47,7%) y a participé en 2021-2022, selon Santé Publique France. "Il faut ajouter toutes celles qui se font dépister de façon individuelle ; au total on doit approcher 80% de couverture, ce n'est pas ridicule", note Brigitte Séradour, radiologue, ancienne présidente de la société française de sénologie.

Mammographie

La mammographie est une méthode d’imagerie médicale permettant de prendre des images de l’intérieur des seins, sous différents angles, à l’aide de faibles doses de rayons X. Il s’agit de l’examen le plus efficace pour détecter rapidement la présence possible d’un cancer du sein, et ce, même à un stade très précoce et sans aucun symptôme.

© Imagerie médicale du Ruthénois

Mais alors que le nombre de cancers du sein a tendance à augmenter chez les plus jeunes, d'aucuns s'interrogent sur la nécessité d'abaisser l'âge de ce dépistage. 

L'an dernier, la Commission européenne a ainsi recommandé d'élargir le public concerné de l'UE en abaissant à 45 ans l’âge à partir duquel les femmes sont éligibles à un dépistage organisé. En mai, aux Etats-Unis, un organisme émettant des recommandations très suivies de santé publique a estimé que les femmes devaient commencer les mammographies dès l'âge de 40 ans, et non plus 50 comme précédemment.

"40 ans, c'est sans doute trop tôt pour un grand nombre de femmes; le risque c'est l'irradiation excessive", estime Brigitte Séradour.

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Risques dus aux rayonnements, et surdiagnostic

Lorsque l’on fait une radiologie ou un scanner, on est exposé à des rayons X, et leur accumulation peut engendrer, à terme, un risque de cancer.

Aujourd'hui abaisser l'âge du dépistage peut sembler une bonne idée puisqu'il y a davantage de cancers de femmes jeunes, mais plus vous descendez l'âge plus vous exposez aux rayonnements. Emmanuel Ricard, porte-parole de la Ligue contre le cancer

"Aujourd'hui abaisser l'âge du dépistage peut sembler une bonne idée puisqu'il y a davantage de cancers de femmes jeunes, mais plus vous descendez l'âge plus vous exposez aux rayonnements", explique Emmanuel Ricard, porte-parole de la Ligue contre le cancer. 

Mammographie

En Europe, une étude est menée pour déterminer quels seraient les avantages de procéder à des mammographies chez les femmes de moins de 50 ans. 

©Octobre Rose Québec

Autre risque mis en avant: celui de "surdiagnostic" d'une tumeur, détectée à la mammographie, qui n'évoluera en fait jamais en cancer du sein.

Si on décide de dépister à 40 ans, on ne résout pas le problème de toutes celles qui ne le font pas à 50 ans et on ne résout pas non plus celui des femmes qui découvrent qu'elles ont un cancer du sein triple négatif avant 40 ans. Claude Coutier, pdte Triplettes roses

"Si on décide de dépister à 40 ans, on ne résout pas le problème de toutes celles qui ne le font pas à 50 ans et on ne résout pas non plus celui des femmes qui découvrent qu'elles ont un cancer du sein triple négatif avant 40 ans", relève aussi Claude Coutier, présidente du collectif Triplettes roses. Ce cancer, particulièrement agressif, touche 9.000 femmes chaque année, dont 40% ont moins de 40 ans.

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Vers un dépistage personnalisé ?

Plutôt que retenir un critère d'âge, l'idée de proposer un dépistage basé sur le risque individuel pourrait faire son chemin.

Une étude clinique internationale baptisée MyPeBS (My Personal Breast Screening), financée par l'Union européenne, a déjà recruté plus de 53.000 femmes âgées de 40 à 70 ans dans six pays, avec l'objectif d'évaluer l'efficacité et la faisabilité d’un tel dépistage personnalisé.

L'étude doit notamment montrer s'il s'avère "plus efficace de proposer des mammographies plus fréquentes à des femmes à risque élevé de faire un cancer grave en fonction de leurs antécédents, densité mammaire ou profil génétique", décrypte Suzette Delaloge, directrice du programme de prévention personnalisée des cancers de l'institut Gustave-Roussy et coordinatrice de l'étude. A l'inverse "certaines femmes ayant un profil de risque moindre pourraient nécessiter un suivi moins poussé" que ce qui est actuellement recommandé.

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