Terriennes

Cancers féminins : la génétique au service du dépistage et des thérapies

Echantillons à tester chez Myriad Genetics, le 31 mai 2002, à Salt Lake City. Le 13 juin 2013, la Cour suprême des Etats-Unis interdisait à Myriad Genetics Inc. de breveter les gènes BRCA, testés pour détecterle risque de cancer du sein et des ovaires chez une femme.
Echantillons à tester chez Myriad Genetics, le 31 mai 2002, à Salt Lake City. Le 13 juin 2013, la Cour suprême des Etats-Unis interdisait à Myriad Genetics Inc. de breveter les gènes BRCA, testés pour détecterle risque de cancer du sein et des ovaires chez une femme.
©AP Photo/Douglas C. Pizac

Près de 70 000 cancers féminins – sein, ovaires ou utérus – sont détectés chaque année en France. Pour les dépister, et pour cibler les traitements, les tests génétiques sont devenus des outils majeurs, même s'ils restent sujets à caution.

Plus de 80 gènes associés à l'émergence d'un cancer sont aujourd'hui identifiés, dont 13 sont des facteurs de prédisposition aux cancers du sein et de l'ovaire. Ils peuvent être hérités, le plus souvent de l’un des parents et se transmettre aux enfants. 

L'onde de choc Angelina Jolie

En France, environ 2 femmes sur 1000 présenteraient une mutation des gènes BRCA1 et BRCA2 (pour BReast CAncer). Or celle-ci augmente fortement le risque de cancer du sein ou de l’ovaire, avant même l'âge de 40 ans. L'histoire de l'actrice américaine Angelina Jolie est devenue emblématique : porteuse d'une mutation BRCA1, elle annonçait, en 2013, sa décision de subir une ablation des seins. Elle n'avait que 39 ans, mais elle savait que sa mère, sa grand-mère et sa tante étaient décédées de cancers du sein et des ovaires.

L'oncogénétique de prévention et diagnostic

Lorsque les antécédents familiaux laissent supposer une forme héréditaire, ou si le cancer apparaît à un âge précoce, certaines femmes peuvent se voir proposer un test génétique. "On voit depuis plusieurs années une augmentation des consultations d'oncogénétique", déclare Thierry Breton, directeur général de l'Institut national du cancer. L'Inca a "développé ces consultations" et travaillé pour permettre "des délais raisonnables".

Pour une femme qui s'interroge sur une chirurgie mammaire de prévention, les tests peuvent l'aider dans sa décision.Dominique Stoppa-Lyonnet, cheffe de service de génétique à l'Institut Curie

"Il y a une augmentation des besoins de tests BRCA et on élargit progressivement les critères pour les proposer, explique Dominique Stoppa-Lyonnet, cheffe de service de génétique à l'Institut Curie et enseignante à l’université Paris Cité. On essaye de tester en première intention certaines femmes atteintes d'un cancer du sein ou de l'ovaire", afin de pouvoir renseigner au mieux les membres de leur famille indemnes. Autre cas de figure : "S'il y a une histoire familiale très évocatrice, mais pas de certitude, et qu'une femme s'interroge sur une chirurgie mammaire de prévention, on fait les tests avec l'idée que cela l'aidera dans sa décision", ajoute la spécialiste.

Pas de cause à effet automatique

Porter une altération des gènes BRCA ne signifie pas qu'un cancer se développera automatiquement. Reste que le risque est accru, à la fois pour soi et pour d'autres membres de la famille. Inversement, un résultat négatif n'écarte pas tout risque : une mutation peut n'être pas décelée par les techniques actuelles, ou une anomalie génétique n'être pas encore connue.

L'oncogénétique pour cibler les thérapies

Au-delà de leur apport pour la prévention et le diagnostic, les tests génétiques sont, dans certains cas, intéressants pour adapter les traitements. "Impensable, désormais de traiter les cancers du sein et de l'ovaire sans les informations sur les gènes BRCA et HRD pour les cancers de l'ovaire", affirme Pascal Pujol, chef du service d'oncogénétique du CHU de Montpellier et président de la Société française de médecine prédictive et personnalisée. Ce médecin met en avant les avantages "des thérapies ciblées qui permettent de diminuer le besoin de chimiothérapie ou le risque de récidive". Il évoque notamment des médicaments qui bloquent la réparation de l'ADN dans les cellules tumorales et provoquent la mort cellulaire.

Pour "assurer à toutes les patientes (...) la meilleure thérapeutique", l'association de patientes BRCA, dont il est membre, clame qu'il y a "urgence (...) d’accéder aux tests diagnostiques génétiques et aux signatures génomiques". L'association s'inquiète d'"un système de financement à bout de souffle", dans un récent courrier au ministre de la Santé Olivier Véran.

La valeur des tests

Etant donnés les enjeux, la qualité des tests de dépistage et de diagnostic est cruciale.
"La pertinence et l'adaptation du traitement sont très importantes. Mais il faut des tests robustes scientifiquement, sinon on risque de priver certaines femmes d'une chimiothérapie dont elles auraient eu besoin", souligne le président de l'Inca. 
Dominique Stoppa-Lyonnet prône des tests "de qualité" pour "des personnes informées, accompagnées, protégées". 

Attention aux tests ADN à partir d'échantillons de salive proposés à l'étranger, via internet. Ils peuvent donner "des résultats à l'interprétation mauvaise ou des faux positifs, avertit Dominique Stoppa-Lyonnet. La personne se retrouve seule face à une information parfois faussement rassurante ou très angoissante", abonde Thierry Breton.