Terriennes

Catherine Tait présidente de CBC-Radio-Canada, première femme à la tête du service public audiovisuel canadien

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Catherine Tait à la tête de CBC-Radio-Canada, une nomination pour relever les défis du numérique et de la diversité. Reportage de Radio-Canada - 1'10

« This is my dream job » a lancé Catherine Tait, la nouvelle présidente de CBC- Radio-Canada lors de la conférence de presse qui officialisait sa nomination. « Un emploi de rêve » donc pour cette femme de 60 ans, diplômée des Universités de Toronto, Boston et Paris, et qui dirigeait jusqu’à ce 3 avril 2018 une entreprise de production indépendante basée à New York.

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Plafond de verre pulvérisé

« Avec cette nomination, nous brisons une fois de plus le plafond de verre, a déclaré non sans fierté la ministre canadienne du Patrimoine Mélanie Joly, je suis convaincue que Mme Tait saura veiller sur notre radiodiffuseur public pour que nos citoyens, partout au pays, aient accès à du contenu de qualité, en français, en anglais et dans les langues autochtones ».

Et Catherine Tait d’ajouter, tout sourire : « C’est un honneur d’être nommée PDG de CBC-Radio-Canada, et ensuite d’être la première femme… bien sûr, je travaille comme femme, mais c’est le rôle qui est important et le mandat de soutenir la production, la distribution et la promotion du contenu canadien et de l’information canadienne partout au pays. ».

Une femme d’expérience, bilingue

Catherine Tait est une anglophone qui parle également français, une des conditions – qui n’a pas toujours été respectée par le passé - pour occuper le poste de cette institution qui est le seul radiodiffuseur public dans le monde à offrir un service bilingue.

Elle possède une solide expérience dans le monde de la télévision et de l’industrie numérique tant au Canada qu’à l’étranger. Elle a notamment collaboré avec Téléfilm Canada et le Fonds des Médias du Canada. Duopoly, dont elle était présidente jusqu'à sa nomination à la tête de CBC-Radio-Canada, est une compagnie de films, télévision et contenus numériques basée à New York. Elle a également fondé en 2006 iThentic, une entreprise spécialisée dans la production et la distribution de contenus numériques. Enfin elle a aussi été attachée culturelle de l’Ambassade du Canada en France. La France qu'elle connaît donc si bien et où une femme, Delphine Ernotte, préside aussi aux destinées de l'audiovisuel public.

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France : femmes et médias, à quand le mariage ?

Nous vivons actuellement l’une des plus grandes transformations de notre industrie.
Catherine Tait, présidente de CBC-Radio-Canada

Son expertise dans le numérique a probablement été un critère de sélection important pour le gouvernement canadien : CBC-Radio-Canada a amorcé le virage numérique depuis plusieurs années, nul doute que ce virage va se compléter avec cette nouvelle direction. Catherine Tait ne s’en est d’ailleurs pas cachée : « Je pense qu’il y a déjà eu pas mal de transformations, à CBC Radio-Canada, alors on a déjà vu une énorme présence sur les plateformes, du contenu canadien et puis on va aller plus loin… Nous vivons actuellement l’une des plus grandes transformations de notre industrie. Je crois que dans cette vague numérique, le rôle du radiodiffuseur public n’aura jamais été aussi important pour notre culture, notre dualité linguistique et notre démocratie ».

Mais Mme Tait aura aussi comme mission d’appliquer le mandat de CBC-Radio-Canada, un mandat que le gouvernement Trudeau veut renforcer : « Lorsque j’ai annoncé ma politique culturelle en septembre dernier, j’ai clairement dit que nous allions renforcer le mandat de CBC-Radio-Canada. Ce mandat-là est inclus dans la loi sur la radiodiffusion et nous avons déjà annoncé que nous allions moderniser cette loi qui date de 1991, donc d’avant internet, et j’aurai l’occasion au cours des prochaines semaines de faire des annonces à ce sujet-là » a déclaré la ministre Joly.

Une nomination bien accueillie

Au sein des employés de Radio-Canada, le service francophone du radiodiffuseur public, cette nomination a été bien reçue. Il faut dire que le président sortant était loin d’être apprécié, car c’est lui qui a piloté, sous la houlette du gouvernement conservateur précédent, des compressions majeures tant au sein du budget qu’au sein du personnel. Nombreux sont ceux et celles qui le voient partir sans aucun regret…

C’est quelqu’un d’extrêmement allumé, de très très très vif, et c’est quelqu’un qui a compris fondamentalement les enjeux du numérique. Et puis c’est une femme et il était temps !
Monique Simard, productrice, actrice, scénariste

Au micro de l’animateur Michel C. Auger, de la radio de Radio-Canada, Monique Simard, Québécoise bien connue dans le milieu télévisuel et culturel canadien, s’est dite « enchantée par cette nomination rafraîchissante. C’est une femme qui a une longue feuille de route, c’est quelqu’un d’extrêmement allumé, de très très très vif, et c’est quelqu’un qui a compris fondamentalement les enjeux du numérique. Et puis c’est une femme et il était temps ! »

"Une nouvelle étape du gouvernement de Justin Trudeau en direction de l'égalité des sexes", se félicite un internaute. Porteuse d'espoir pour un autre… 


Même les sceptiques veulent lui laisser sa chance : "Je suis très sceptique à l'égard de Catherine Tait en tant que nouvelle présidente de CBC, mais je crois que tous les nouveaux dirigeants d'une organisation doivent avoir l'occasion de changer. J'aimerais penser que cela ne peut pas être pire et j'espère que Mme Tait est sincère en voulant un public plus diversifié."


Le site de Radio Canada nous apprend aussi que le Manitoba, Etat canadien, applaudit cette nomination des deux mains :  Janelle Wookey  productrice franco-manitobaine, membre du du comité consultatif indépendant qui a mené à ce choix se dit ravie à plusieurs titres. « C’est la première femme PDG de Radio-Canada, c’est une femme très accomplie, qui a des connaissances et un passé très riches en matière de production et de gouvernance. Elle a des qualités humaines et c’est ce que je cherchais tout au long de ce processus, pour que le PDG de Radio-Canada puisse communiquer avec son équipe, mais aussi avec le public canadien. »

Un grand défi…

Catherine Tait remplace Hubert T. Lacroix, qui était à la barre de CBC-Radio-Canada depuis 2008 et dont le mandat devait se terminer le 31 décembre 2017. Mais le processus de recrutement qui était mené par un comité indépendant a été plus long que prévu. Les Libéraux de Justin Trudeau voulaient une femme à ce poste et elle devait être anglophone, selon le principe qui veut que le PDG de CBC-Radio-Canada soit francophone et anglophone en alternance (et Hubert T. Lacroix est un francophone).

Mme Tait, dont le mandat de 5 ans est effectif à compter du 1er juillet 2018, veut maintenant prendre connaissance des dossiers entourant le mandat et la gestion de CBC-Radio-Canada et on saura d’ici l’été quelle forme prendra sa gouvernance, quelles seront ses priorités et quelles seront les orientations qu’elle donnera au radiodiffuseur public canadien. « Je suis heureuse d’être ici et d’accepter l’un des plus grands défis de l’industrie des médias au Canada. », a-t-elle encore déclaré.

Des défis soulignés dans son blog par Alain Saulnier, ancien directeur de l'Information de Radio Canada, très apprécié de la rédaction : "Elle est la première femme à la tête de la société d’État, ce qui est une bonne nouvelle. Elle possède également une connaissance directe de la production à l’ère numérique, ce qui constitue un atout indéniable en cette ère numérique. Quels sont ses défis ? 1 - Faire de Radio-Canada/CBC un rempart contre les géants du web.  2 - Indépendance à l’égard du pouvoir politique. 3 - Investir à fond l’univers numérique. 4 - Repenser la culture et l’information destinées aux francophones. 5 - Réduire la trop grande dépendance de Radio-Canada des revenus publicitaires et commerciaux."

C'est sûr, la nouvelle présidente a du pain sur la planche...