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César 2019, le sacre de "Jusqu'à la garde" brise le tabou des violences conjugales

Lea Drucker a reçu le César de la meilleure actrice pour son rôle de femme, victime de violences conjugales dans "Jusqu'à la garde", lors de la 44ème cérémonie des César, à Paris, le 22 février 2019. 
Lea Drucker a reçu le César de la meilleure actrice pour son rôle de femme, victime de violences conjugales dans "Jusqu'à la garde", lors de la 44ème cérémonie des César, à Paris, le 22 février 2019. 
©AP Photo/Christophe Ena

Les César ont couronné le film choc sur les violences conjugales "Jusqu'à la garde". Meilleur film, meilleure actrice pour Léa Drucker, meilleur scénario original et meilleur montage. Un sacre qui a permis au réalisateur Xavier Legrand de mettre en pleine lumière, sur scène, et en direct, les chiffres de ce fléau en France. 

"Jusqu'à la garde", premier long métrage de Xavier Legrand et film marquant sur un sujet de société difficile, a reçu quatre prix (pour dix nominations) : meilleur film et meilleur scénario original pour Xavier Legrand, meilleure actrice pour Léa Drucker et meilleur montage pour Yorgos Lamprinos. "Jusqu'à la garde" est la suite du court-métrage "Avant de tout perdre", tourné avec les mêmes comédiens et primé aux César en 2014. 

Quand on a tourné le film en 2016, il y avait 123 femmes qui avaient été assassinées par leur conjoint et ex-conjoint.
Xavier Legrand

"Quand on a tourné le film en 2016, il y avait 123 femmes qui avaient été assassinées par leur conjoint et ex-conjoint. Aujourd'hui, depuis le 1er janvier 2019, 25 femmes ont été assassinées, ce qui veut dire qu'on est passé à une femme tous les deux jours, alors qu'en 2016 c'était une tous les trois jours", a déclaré Xavier Legrand.
 

"Il serait temps de penser à ces victimes à un autre jour que le 25 novembre", journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, a-t-il ajouté.
 

"Je voudrais dédier cette récompense à toutes les Miriam, toutes ces femmes qui ne sont pas dans une fiction, qui sont dans cette tragique réalité", a souligné de son côté Léa Drucker, qui incarne dans le film une mère de famille qui tente de se reconstruire après une séparation avec un mari violent.
 

L'actrice, très émue de remporter son premier César, a salué "toutes les femmes, toutes les féministes, qui écrivent, agissent, prennent la parole et défendent au quotidien la cause des femmes, qui bravent parfois des tempêtes d'insultes et d'agressivité en tous genres".
 

Les Chatouilles, l'autre film choc

Les César ont aussi récompensé à deux reprises le film "Les Chatouilles" d'Andréa Bescond et Eric Métayer sur la pédophilie, qui a reçu le prix de la meilleure adaptation et celui de la meilleure actrice dans un second rôle pour Karin Viard.
 

"Merci pour la visibilité de ce sujet parce que ça touche beaucoup d'enfants", a souligné Andréa Bescond, au sujet de ce film adapté d'une pièce récompensée aux Molières. "Peut-être qu'un jour on va être écouté, peut-être qu'un jour on va bousculer les tabous", a-t-elle dit la voix brisée.
 

Sur scène, Karin Viard a exprimé sa joie d'avoir pu interpréter ce rôle terrible de "mère si toxique", remerciant la réalisatrice pour lui avoir permis "de dénoncer ça".

Une histoire d'amour marseillaise 

Le début de la soirée a été marqué par la razzia de "Shéhérazade" de Jean-Bernard Marlin, histoire d'amour à Marseille entre un caïd et une jeune prostituée.
 

Il a reçu le César du meilleur premier film, tandis que ses deux interprètes principaux, Kenza Fortas et Dylan Robert, ont été récompensés par ceux des meilleurs espoirs féminin et masculin. "Je dédie ce film à tous les gens qui galèrent", a lancé le réalisateur Jean-Bernard Marlin.

Le César de la meilleure réalisation est revenu à Jacques Audiard, qui a déjà remporté deux fois ce même trophée. Son western franco-américain "Les Frères Sisters", son premier film entièrement en anglais, a également reçu plusieurs prix techniques, ceux des décors, du son et de la photo.

C'est le bluffant Alex Lutz qui a été sacré meilleur acteur pour son rôle dans "Guy" qu'il a également réalisé et où il s'est vieilli de 30 ans pour incarner, méconnaissable, une ancienne gloire de la chanson.

L'autre grand favori de la soirée avec "Jusqu'à la garde" avec dix nominations, "Le Grand bain", comédie sociale à succès de Gilles Lellouche sur des "quadras" et "quinquas" déprimés qui se lancent dans la natation synchronisée, est en revanche reparti quasi bredouille. Seul le chanteur et acteur Philippe Katerine a été récompensé par le César du meilleur second rôle masculin pour son rôle d'employé de piscine municipale timide et enfantin qui se gave de sucreries.
 

Enfin un détail, peut-être, cette année encore, arpsè Vanessa Paradis l'an dernier, c'est une femme qui a présidé la cérémonie, l'actrice franco-britannique Kristin Scott-Thomas, la 16ème à remplir ce rôle en quarante-quatre cérémonies.