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Chine : Liu Xia, veuve du Prix Nobel chinois Liu Xiaobo, enfin libre

Liu Xia, épouse du prix Nobel de la paix 2010, Liu Xiaobo, pose avec une photo d'elle et de son mari lors d'une entrevue chez elle à Pékin. Depuis la mort de Liu le jeudi 13 juillet 2017, de nombreuses voix hors de Chine demandaient au gouvernement chinois  de la laisser partir comme elle le souhaite.<br />
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Liu Xia, épouse du prix Nobel de la paix 2010, Liu Xiaobo, pose avec une photo d'elle et de son mari lors d'une entrevue chez elle à Pékin. Depuis la mort de Liu le jeudi 13 juillet 2017, de nombreuses voix hors de Chine demandaient au gouvernement chinois  de la laisser partir comme elle le souhaite.

 
(AP Photo / Ng Han Guan, fichier)

La veuve du Prix Nobel de la paix 2010 Liu Xiaobo a été libérée, après avoir passé huit ans assignée à résidence ou gardée au secret par les autorités chinoises alors qu'elle n'a jamais été condamnée. Liu Xia est attendue à Berlin. Retour sur son calvaire.

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Un heureux dénouement. La veuve du dissident chinois et prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, qui était maintenue  en résidence surveillée à Pékin, a embarqué à bord d'un avion et a quitté la Chine, a indiqué ce mardi 10 juillet à l'AFP un de ses proches.


Voici l'article, en date du 28 août 2017, que TV5Monde publiait au sujet de la dissidente :

Etrangère dans son propre pays, ne disposant d'aucun moyen de communication, la veuve de Liu Xiaobo, Prix Nobel de la Paix 2010, ne dispose même pas d'une sépulture de son époux disparu le 13 juillet 2017, ses cendres ayant été dispersées en mer afin qu'il n'y ait pas de lieu de recueillement susceptible d'être aussi, un jour, un lieu de commémoration. Jointe par RFI en 2010, Liu Xia déclarait déjà : " On ne trouve son nom dans aucun journal. Mon mari n’existe pas en tant que citoyen en Chine".

Mais les autorités chinoises affirment que la dépouille de l'opposant a été incinérée "conformément à la volonté des membres de sa famille" à Shenyang (nord-est de la Chine). Selon elles, l'incinération s'est déroulée "conformément aux traditions du nord de la Chine, qui prévoient une crémation et un service funéraire dans les trois jours suivant le décès".

Pour confirmer ses propos, il faudrait interroger Liu Xia. Mais la chose est impossible. La veuve du dissident est détenue au secret : elle ne peut communiquer avec quiconque et ne dispose d'aucune liberté de mouvement.
TV5monde, à l'occasion du décès de son mari, avait recueilli l'analyse de Pierre Haski, journaliste et Président de l'association Reporters sans Frontières :

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@TV5monde

Quand le gouvernement chinois s'exprime au sujet de Liu Xiaobo, le ton est sec. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, affirme  sans ciller que la condamnation de Liu Xiaobo n'avait "rien à voir avec la liberté d'expression. La Chine est un Etat de droit. Le traitement du dossier Liu Xiaobo relève des affaires intérieures chinoises et les pays étrangers ne sont pas bien placés pour faire des déclarations déplacées".

Une déclaration qui n'a pas intimidé l'Allemagne. Et Heïko Maas, le ministre allemand de la Justice, a tweeté : "Sa résistance par la non-violence a fait de lui un héros de la lutte pour la démocratie et les droits de l’homme".

Liu XIA : "Je vais me réajuster"

Une fois la cérémonie achevée, Liu Xia a disparu pendant plusieurs semaines, plongeant ses proches dans une extrême inquiétude. Et puis, le 18 août 2017, une vidéo est apparue. Le document d'une minute ne mentionne ni le lieu ni la date de tournage, ni le nom de l'auteur du document :

Liu Xia déclare : "Je suis en convalescence en province à l'extérieur de Pékin. Je vous demande de me laisser du temps pour faire mon deuil. Pendant que Xiaobo était malade, il considérait également la vie et la mort avec un certain recul. Je dois donc moi-même me réajuster. Quand ma situation se sera améliorée à tous les niveaux, je serai de nouveau avec vous".

Hu Jia, dissident chinois et ami du couple, a immédiatement réagi auprès de l'Agence France Presse : " Il est certain qu’elle a été forcée par les autorités à faire cette vidéo. Comment quelqu’un qui ne jouit même pas de sa liberté pourrait exprimer sa volonté librement ? "

Il est en effet légitime de s'interroger. Comment cette femme privée de téléphone, d'internet et de fax a-t-elle pu enregistrer ce document et le diffuser ? Il y a aussi la banalité de ses propos dans ces heures particulièrement sombres.  Elle a surpris plus d'un de ses amis.

Dans ma vie privée de liberté, notre amour a subi l'amertume imposée par l'extérieur mais, en y repensant, il est toujours sans limite.
                                                                                                                           Liu Xiaobo

Punie de ne pas avoir abandonné son mari

Au fait, de quoi donc est accusée Liu Xia ?
De rien. Elle n'a jamais été condamnée. Cette femme de 56 ans, poétesse et photographe, est maintenue en résidence surveillée depuis 2009 parce que son mari, Liu Xiaobo, Prix Nobel de la Paix 2010, avait corédigé un manifeste, la Charte 08, prônant notamment des élections libres.
Selon Amnesty International, Liu Xia souffre aujourd'hui "de stress psychologique, d’anxiété et de dépression en raison de la manière dont elle est traitée par les autorités."
 

Liu Xia, épouse de Liu Xiaobo et son frère Liu Hui près du cercueil  Nobel de la paix  2010 dans une salle funèbre en Shenyang dans le nord-est de la province du Liaoning en Chine, le samedi 15 juillet 2017.<br />
 
Liu Xia, épouse de Liu Xiaobo et son frère Liu Hui près du cercueil  Nobel de la paix  2010 dans une salle funèbre en Shenyang dans le nord-est de la province du Liaoning en Chine, le samedi 15 juillet 2017.
 
(Bureau d'information municipal de Shenyang via AP)

L'ONG a rédigé une lettre ouverte au président Xi Jinping, signée par près de 70 000 personnes,  et qui  demande aux autorités chinoises de lever toutes les restrictions arbitraires qui pèsent contre Liu Xia, et de veiller à ce qu’elle puisse voyager librement. " Liu Xia est punie cruellement pour n'avoir jamais abandonné son mari emprisonné à tort, " déclare Lisa Tassi, directrice en charge des campagnes au sein du bureau régional Asie de l’Est d'Amnesty International.

Même si j'étais réduit en poussière,  je t'embrasserai avec mes cendres...
                                                                                                                       Liu Xiaobo

Cela suffira-t-il à infléchir la position des autorités chinoises à son endroit ?
Rien n'est moins sûr, selon Jean-Louis Rocca, sinologue et directeur de recherches au CERI (centre de recherches internationales - Sciences Po Paris) : " Aujourd'hui, la protestation en Chine est de deux formes et le gouvernement chinois tient vraiment à faire la disctinction entre les deux. D'un côté, on a la protestation acceptable, "normale", considérée comme légitime et qui consiste à faire des grèves dans les usines parce qu'on est mal payé et il y a énormément de protestations de ce type-là.  Et puis il y a l'autre type d'actions ou de mouvements politiques qui est ce que les autorités chinoises définissent comme de la dissidence (même si le terme n'est pas utilisé). Et là, le gouvernement estime qu'il ne peut pas y avoir de contestations ouvertes et pupliques des opinions du gouvernement chinois. Cela tient aux questions de sécurité nationale ou des questions internationales comme, par exemple,  Taiwan... J'ajoute que cette dissidence n'a quasiment aucun écho dans la population chinoise. Cela ne l'interresse pas parce que là, on entre dans le domaine politique, on a franchi la ligne et la vie va devenir un enfer..."
 

Liu Xia, épouse du lauréat du prix Nobel de la paix emprisonné, Liu Xiaobo, observe les cendres de son mari dispersées en mer au large de la côte de Dalian, dans le nord-est de la province de Liaoning en Chine, le samedi 15 juillet. 2017.
Liu Xia, épouse du lauréat du prix Nobel de la paix emprisonné, Liu Xiaobo, observe les cendres de son mari dispersées en mer au large de la côte de Dalian, dans le nord-est de la province de Liaoning en Chine, le samedi 15 juillet. 2017.
(image des autorités chinoises)

Pourquoi  ce silence de la communauté internationnale   ? Est-ce uniquement  pour des raisons économiques ? Lu Xiaobo était quand même Prix Nobel...

Jean Louis Rocca  : "Personne n'a envie de se confronter avec le gouvernement chinois sur ces questions-là parce qu'il s'agit d' une personne, d'un cas particulier. S'il y avait eu une nouvelle place Tian'anmen , cela se passerait différement. Si les Allemands s'expriment, les Français, eux, ne disent plus rien et depuis pas mal de temps.. Et puis, il y a le Congrès, qui arrive en octobre 2017 et la situation politique est très tendue. Concernant Liu Xia, je ne comprends pas pourquoi ils ne l'expulsent pas. Elle ferait comme tous les gens qui ont été expulsés depuis l'époque de Tian'anmen : ils n'ont aucun impact et sont sans aucun  danger. Il y a un blocage. Le gouvernement chinois est obligé de "donner du mou" sur les mouvements sociaux, et tous les jours il y a des mouvements de protestations en Chine et la plupart ne se terminent pas du tout dans le sang, il y a des négociations...  A l'inverse, il faut montrer que tout n'est pas possible. Il y a cette double gestion de la protestation sociale qui implique ce genre d'attitude..."


Selon l’équipe médicale chinoise,  Liu Xiaobo aurait dit à son épouse avant de s'éteindre : "Vis bien."

Liu Xia, certainement, ne demanderait pas mieux.