Terriennes

Clarisse Agbegnenou et les judokates françaises mettent les préjugés au tapis

Clarisse Agbegnenou lors d'un entraînement à l'INSEP, le lundi 4 février 2019.
Clarisse Agbegnenou lors d'un entraînement à l'INSEP, le lundi 4 février 2019.
@SarahBoumghar

A l'occasion des journées "Sport féminin toujours", les 9 et 10 février 2019, TV5Monde et toute la presse braquent les projecteurs sur les rencontres sportives féminines. Cette année, c'est Clarisse Agbegnenou, triple championne du monde de judo, qui a été choisie comme marraine de l'opération. Terriennes l'a rencontrée.

Dans le dojo de l’INSEP, sous le regard du "père du judo", le japonais Jigoro Kano, dont le portrait trône au mur, la concentration des judokates est maximale. Il faut dire que certaines se préparent à disputer, ce samedi 9 février, le Grand Slam de Paris, tournoi majeur organisé chaque année depuis 1971 par la Fédération française de judo.

Le samedi 9 février marque également le lancement de la seconde édition de l’opération « Sport féminin toujours », lancée par le Conseil supérieur de l'audiovisuel pour donner de la visibilité aux disciplines féminines. Cette année, c'est la judokate Clarisse Agbegnenou, sacrée en 2018 championne du monde de judo pour la troisième fois, qui incarne la réussite au féminin.
 
Clarisse Agbegnenou pose devant les photographes sur le podium avec la médaille d'argent obtenue aux Jeux olympiques de Rio, le 9 août 2016.
Clarisse Agbegnenou pose devant les photographes sur le podium avec la médaille d'argent obtenue aux Jeux olympiques de Rio, le 9 août 2016.
AP Photo/Gregory Bull
 

Après la victoire à l'Euro des handballeuses tricolores en décembre 2018, et avant la tenue prochaine de juin à juillet 2019 de la Coupe du monde de football féminine sur le sol français, le Conseil supérieur de l'audiovisuel et le ministère des Sports s'associent à l'opération.

Selon le rapport du CSA de 2017, les retransmissions sportives féminines dans les médias sont en augmentation depuis 2012 : la part de volume horaire consacrée au sport féminin sur la totalité des retransmissions sportives télévisées serait passée de 7 % en 2012 à 20 % en 2016. De fait, ces programmes, dont certains connaissent d’excellentes audiences, deviennent de plus en plus rentables. Lors des Jeux olympiques de Rio, en 2016, 5,6 millions de téléspectateurs ont suivi devant leur téléviseur la finale de judo « femmes +78 kg ».

On fait les mêmes sports, on devrait être aussi médiatisées que les garçons.
Clarisse Agbegnenou

Pour Clarisse Agbegnenou, cette progression n’est pas suffisante. « On ne voit pas assez les féminines. Ça commence, mais ce n’est pas assez. On fait les mêmes sports, on devrait être aussi médiatisées que les garçons ».

Les programmes sportifs, eux aussi, accordent moins de place aux femmes. Le rapport du CSA indique qu’en 2016, le pourcentage de femmes qui prennent la parole dans les magazines consacrés au sport, qu'elles soient journalistes, chroniqueuses, expertes ou supportrices, est de seulement 17%.

Des inégalités toujours présentes

Si les femmes sont de plus en plus nombreuses, et plus régulières, dans leur pratique sportive, selon une étude de l’INSEE de 2017, les écarts persistent entre les deux sexes puisque 45 % des femmes pratiquent un sport contre 50 % des hommes. L’étude explique cet écart par la persistance des stéréotypes de genre : les femmes, qui consacrent plus de temps aux tâches ménagères et parentales, sont moins disponibles. En outre, lLe sport choisi l’est souvent en faveur des valeurs qu’il véhicule (grâce pour les filles, force pour les garçons).

Ce "sexisme ordinaire" est donc bel et bien présent dans le monde du sport. « Il y’a toujours des petites remarques, ça a toujours été comme ça », confie Clarisse Agbegnenou. « Certains garçons disent que le judo féminin et le judo masculin, ce n’est pas la même chose. Pourtant nous, les féminines, sommes tout aussi fortes que les garçons ».
 

Le judo féminin tire son épingle du jeu

Audrey Tcheuméo célèbre sa victoire en finale du Grand Slam de Paris 2018.
Audrey Tcheuméo célèbre sa victoire en finale du Grand Slam de Paris 2018.
AP Photo/Michel Euler

Pourvoyeur de championnes, à l'instar de Clarisse Agbegnenou, mais aussi d'Audrey Tcheuméo, Emilie Andéol, Lucie Décosse et bien d'autres, le judo féminin français séduit de plus en plus. Les licenciées féminines, selon la Fédération française de judo, qui en dénombre 147 726 pour la saison 2018-2019, seraient de plus en plus nombreuses et représenteraient 26% des licenciés français.

Si, en 2017, trois fois plus d’hommes que de femmes participent à des compétions, soit 17% contre 52% selon l'Insee, les judokates féminines, elles, remportent plus de médailles que les hommes. N’en déplaise au champion olympique de judo, David Douillet, qui écrivait dans son autobiographie en 1998 : « Pour moi, une femme qui se bat au judo ce n'est pas quelque chose de naturel, de valorisant. Pour l'équilibre des enfants, je pense que la femme est mieux au foyer ».

Les filles du judo français prouveront une fois encore lors de ce Grand Slam de Paris - tournoi qui ne s'est ouvert aux femmes que seize ans après sa création, en 1988 - que l'ancien champion a peut-être manqué une bonne occasion de se taire.