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Conférence internationale de la francophonie pour l'éducation des filles à N'Djamena : l'école, un enjeu au présent

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La Conférence internationale sur l'éducation des filles de l'OIF se tient les 18 et 19 juin à N'Djamena. Plusieurs questions animent les débats : pourquoi, encore aujourd'hui, des millions de fillettes ne sont-elles pas scolarisées ? Comment y remédier ? Une fille sur cinq est privée d'école dans le monde. Cette fillette a trois fois plus de risque d’être mariée avant ses 18 ans, et de devenir mère trop jeune, qu’une fille qui a suivi des études secondaires.

La première Conférence internationale pour l'éducation des filles et la formation des femmes s'est ouverte ce 18 juin à N'Djamena, au Tchad, orchestrée par l'Organisation internationale de la Francophonie. Experts, politiques et décideurs planchent pendant deux jours sur les solutions à mettre en oeuvre pour lever les obstacles à l'égalité des filles et des garçons devant l'école.
(Le ministre de la Justice du Tchad est au premier plan à droite de la photo)
 
Aujourd'hui, 262 millions d'enfants et d'adolescents ne vont pas à l'école dans le monde. La moitié des enfants non scolarisés à l’échelle mondiale sont des filles, et 32 millions de celles qui devraient suivre le premier cycle de l’enseignement secondaire ne sont en réalité pas scolarisées. 62 millions de filles entre 6 et 14 ans (source UNESCO 2018) sont privées d’éducation. A l'échelle mondiale, 9 filles sur 10 terminent leurs études primaires, mais seulement 3 sur 4 terminent leurs études secondaires.

Moins de 40% des filles achèvent le premier cycle du secondaire en Afrique subsaharienne. Et pourtant, une politique volontariste, comme celle conduite par le Rwanda dans le cadre de sa reconstruction nationale après le génocide, donne des résultats, comme le rappelle le Premier ministre du Rwanda lors de la cérémonie d'ouverture de la Conférence sur l'éducation des filles et la formation des femmes ce 18 juin à N'Djamena :
Née elle aussi au Rwanda, la Secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, rappelle toutefois que politiques, engagements financiers et mesures n'y suffisent pas. C'est toute la société qu'il faut impliquer dans le processus qui mène à l'égalité entre filles et garçons devant l'éducation :
Dans les pays en développement, une fille sur quatre ne va pas à l'école (source Plan International). Un tiers des filles non scolarisées vit dans un pays touché par la guerre. La violence de genre en milieu scolaire (VGMS) touche environ 246 millions d’enfants dans le monde.

Pourquoi les filles ?

La route de l'école : un chemin à risque pour les filles, plus que pour les garçons. Elles sont exposées à la violence et aux abus sexuels à l’école et sur le chemin de l’école ce qui les empêche d’étudier correctement. Et conduit de nombreux parents à retirer leurs filles de l’école. Sans parler des pays où les écoles de filles sont détruites et les écolières agressées, voire tuées.

Les violences de genre en milieu scolaire : elles touchent environ 246 millions d'enfants dans le monde, au sein même des établissements et aux alentours. Il s'agit d'un problème complexe et multiforme qui comprend toues les formes de violences ou d'abus motivés par des normes et des stéréotypes de genre : violences sexuelles, violences physiques, psychologiques et cyber harcèlement. Ces abus peuvent être réalisés par des élèves garçons comme par des enseignant.e.s.

La question des règles : sur le continent africain, une fille sur dix ne va pas à l’école quand elle a ses règles. Parce que les établissements scolaires ne proposent pas d’endroit où elles puissent se changer dans le respect de leur intimité. Et parce que les tampons et serviettes hygiéniques coûtent très chers.

Les mariages précoces et forcés (12 millions de filles chaque année) : en Afrique occidentale et centrale, 4 filles sur 10 sont mariées avant leurs 18 ans (et 1 fille sur 7 avant ses 15 ans). En règle générale, les filles qui se marient quittent l’école prématurément et ne reçoivent donc pas l’enseignement qui leur permettrait d’échapper à la pauvreté.

Les grossesses précoces sont souvent la conséquence des mariages précoces, de violences sexuelles ou du non-accès à la contraception et à l'avortement, et contraignent les adolescentes à quitter l’école.

Les "enfants-fantômes" sont majoritairement des filles. Sans certificat de naissance, ces fillettes sont privées d'accès à une identité, mais aussi à leurs droits, notamment à l’éducation.
 
Eduquer les filles : une priorité mondiale

Depuis la Conférence de Jomtien en 1990 sur l’Éducation pour tous (EPT), le Forum de Dakar, le Sommet sur les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en 2000, puis le Forum mondial sur l’éducation à Incheon en 2015, suivi des nouveaux Objectifs pour le développement durable (ODD) à l’horizon 2030, le développement de la scolarisation et particulièrement celle des filles, est considéré comme une priorité de l’agenda international.

 En vue de réaliser les Objectifs de développement durable, les pays se sont engagés à éliminer les disparités entre les sexes et à faire en sorte que chaque fille et chaque garçon ait la possibilité d’achever 12 ans d’enseignement primaire et secondaire gratuit et de qualité d’ici 2030.

Lors du sommet d'Erevan en octobre 2018, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) s'est dotée d'une "stratégie pour la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, des droits et de l’autonomisation des femmes et des filles. La scolarisation des filles et l’égalité entre les filles et les garçons dans l’accès à une éducation élémentaire, secondaire et supérieure gratuite et de qualité figure parmi ses principaux objectifs. Cette Stratégie appelle à promouvoir des pratiques éducatives dénuées de stéréotypes sexistes, dès le plus jeune âge et tout au long de la vie, à favoriser le maintien des filles à l’école, l’achèvement des cycles primaire et secondaire, notamment en milieu rural, l’élimination des inégalités entre les sexes dans la transition du primaire vers tous les domaines de l’enseignement secondaire et supérieur.

 
Pendant deux jours, les 18 et 19 juin à N'Djamena, la Conférence internationale sur l'éducation des filles la formation des femmes dans l'espace francophone explorera les causes profondes des inégalités, des disparités et des diverses formes d’exclusion et de discrimination touchant les filles et les jeunes femmes. Des dizaines d'acteur.trice.s de la société civile, de politiques et représentant.e.s d'organisations vont aborder ces thématiques, lors d'ateliers et de tables rondes.
La Secrétaire Générale de l'OIF, Louise Mushikiwabo lors du débat #leaderforpeace en mai 2019 à Paris.

A travers ses conclusions, la Conférence pourra alimenter la réunion conjointe des ministres de l’Éducation et du Développement du G7 prévue le 5 juillet en France, en particulier la conférence internationale sur l’innovation pour l’éducation des filles qui se tiendra l’après-midi à l’UNESCO.

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Une fille éduquée, facteur de développement

"Il n’existe aucun instrument de développement plus efficace que l’éducation des filles.  Si nous voulons que nos efforts aboutissent à la construction d'un monde en meilleure santé, plus pacifique et équitable, les classes du monde doivent être remplies d'autant de filles que de garçons", déclarait Kofi Annan, ex-Secrétaire des Nations unies. Depuis 2012, l’ONU reconnaît officiellement le 11 octobre "Journée internationale des filles".

Si on augmente de 10 % la fréquentation de l’école par les filles, le produit intérieur brut (PIB) d’un pays augmente en moyenne de 3 % (source Plan International). Chaque année passée sur les bancs de l’école augmente son futur revenu de 10 à 20 %, ce qui participe directement à l’amélioration de la croissance de son pays.
 Si toutes les femmes bénéficiaient d’une éducation secondaire, le taux de mortalité des enfants diminuerait de 49 %. Si toutes les femmes avaient accès à l’enseignement secondaire en Afrique sub-saharienne ainsi qu’en Asie du Sud et de l’Ouest, le nombre des mariages d’enfants chuterait de 64 %. Investir afin que les filles puissent achever le cycle d’enseignement supérieur pourrait contribuer à augmenter leurs revenus tout au long de leur vie pour représenter jusqu’à 68 % du PIB annuel, (source Unicef)

L'UNGEI (Initiative pour l'éducation de filles des Nations unies) a lancé en septembre 2018 une campagne au cours de laquelle des jeunes du monde entier ont créé des vidéos et des blogs afin d'échanger des informations, avec ce slogan : "Nous savons que les jeunes font déjà beaucoup pour lutter contre la violence sexiste en milieu scolaire. Il est maintenant temps que vous soyez entendu. À travers notre plate-forme #YouthLeads".