Terriennes

Consultation citoyenne pour lutter contre les violences domestiques : "Mémo de vie" et autres pistes

<a href="https://pixabay.com/fr/users/alexas_fotos-686414/?utm_source=link-attribution&utm_medium=referral&utm_campaign=image&utm_content=1169348" rel="nofollow">Pixabay</a>
Logo de "Mémo de vie"

Juste avant la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le gouvernement annonce de nouveaux outils pour lutter contre ce fléau, dont le site "Mémo de Vie". Ce "confident numérique" doit permettre aux victimes de violences, notamment conjugales, de sécuriser en toute discrétion photos et autres témoignages des agressions subies. 

"Mémo de Vie" est une plateforme numérique inédite qui permet à une victime de violences, à commencer par des violences conjugales, de créer un compte sécurisé derrière lequel elle peut tenir un journal, évaluer son sentiment de danger, mais aussi conserver des photos, des enregistrements sonores ou des documents officiels et médicaux en toute confidentialité et discrétion. "Quand ça m'est arrivé, j'avais des photos dans mon téléphone, mais je n'ai pas pu les garder, car il fouillait dedans et il était tombé dessus", témoigne ainsi Stéphanie, 49 ans, l'une des accompagnatrices du projet et ancienne victime de violences conjugales. 

"Il faut garder des traces. Même si ce qui est inscrit dans 'Mémo de Vie' ne constitue pas une preuve, dans une enquête, ça permet de confronter le mis en cause aux éléments", explique la porte-parole de France Victimes, Olivia Mons. 

"Mémo de vie" doit aussi servir à rappeler à la victime elle-même, en temps d'accalmie, ce qu'elle risque face à un homme violent : "C'est aussi une béquille mémorielle, car on sait que les traumatismes peuvent créer des troubles de la mémoire," explique Olivia Mons. Le dispositif peut ainsi permettre de gagner des mois, voire des années de déni : "Ça peut aussi aider à la prise de conscience, d'archiver et de pouvoir relire," souligne la porte-parole de France Victimes.

Afin d'assurer la sécurité de ses utilisateurs, "Mémo de Vie" propose un bouton "Vite, je quitte" qui permet de basculer précipitamment, sans avoir à réfléchir, vers le site de Météo-France si la personne qui le consulte se sent menacée ou observée. Le site centralise aussi des contacts d'associations et des ressources juridiques visant à informer la victime de ses droits.

Lancé sous l'égide du ministre de la Justice, Eric Dupont-Moretti, d'Elisabeth Moreno, ministre déléguée à l'Egalité entre les Hommes et les Femmes, et de Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté, "Mémo de Vie"sera déployé à plus grande échelle au premier semestre 2021 avec, pour objectif, d'aider, à terme, 20 000 victimes par an. 

Elaboré par la fédération France Victimes, cet outil de lutte contre les violences faites aux femmes est le fruit d'une réflexion et d'une consultation citoyenne menée auprès de 400 000 participants via la plateforme citoyenne make.org. En trois ans de travail consultatif, quelque 4 300 propositions ont été formulées par des citoyens, des associations, d'anciennes victimes et des entreprises. 17 idées ont émergé, dont les plus pertinentes ont été converties en dispositifs concrets.


"Mémo de vie" est l'une des quatre actions formulées pour accompagner les quelque 20 000 femmes victimes chaque année de violences conjugales. Elle a fait l'objet d'une démonstration en Facebook live ce 23 novembre, avant la présentation de trois autres pistes majeures dégagées pour lutter contre les violences faites aux femmes :


La sensibilisation dès le plus jeune âge s'est imposée comme une étape essentielle de la lutte contre les violences domestiques. Pour déconstruire les stéréotypes sexistes auprès des enfants et lutter contre le sexisme ordinaire, de petits dessins-animées appelés Chouette pas chouette, dédiés au 4-6 ans, expliquent le respect de la différence. Ils seront diffusés à la télévision, de France Télé à Gulli, en passant par M6. Des livrets pédagogiques seront également distribués aux enseignants.

Troisième piste : "Comprendre pour mieux agir", soit renforcer la sensibilisation des policiers pour mieux prendre en charge les victimes. Il s'agit d'une formation complémentaire de celle qui existe déjà, mais elle se tiendra à distance, sous forme de programme numérique. 

Enfin, pour aider les femmes victimes de violences conjugales, le dispositif "Abri d'urgence" vise à ce que chaque année, 10 000 femmes puissent trouver un abri d'urgence grâce à des nuitées d'hôtel. De fait, selon le dernier rapport de la Fondation des femmes, la lutte contre les violences conjugales souffre d'un "manque criant de financements", qui rend difficile la création de nouvelles places d'hébergement pour les victimes et l'"éviction" des hommes violents. Dans ce rapport intitulé Où est l'argent pour protéger les femmes victimes de violences ?la Fondation des femmes souligne qu'il manque au minimum 32 millions d'euros au budget 2021 de l'Etat pour héberger et accompagner les victimes, en particulier dans des structures spécialisées. Cette somme permettrait de créer 2000 places d'hébergement supplémentaires, en plus des 1000 annoncées en 2021. 

De son côté, l'observatoire régional des violences faites aux femmes du centre Hubertine Auclert pour l'égalité entre les femmes et les hommes arrive à des conclusions similaires dans son dernier rapport, publié cette semaine. Il s'appuie en plusieurs points sur la pertinence du modèle espagnol en matière de lutte contre les violences faites aux femmes. Le centre Hubertine Auclert préconise des pistes concrètes inspirées de ce pays souvent montré en exemple en matière de lutte contre les violences conjugales et les féminicides, depuis qu'il s'est saisi de la question en 2004.