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Convention d'Istanbul contre les violences domestiques : la Bulgarie plie face aux conservateurs

La Bulgarie occupe pour la première fois la présidence tournante de l'Union Européenne.
La Bulgarie occupe pour la première fois la présidence tournante de l'Union Européenne.
Site Union européenne/Velislav Nikolov (EU2018BG)

Après la Slovaquie en février, la Bulgarie refuse à son tour de ratifier la Convention d'Istanbul, traité européen de lutte contre les violences domestiques. Les milieux conservateurs, nationalistes ainsi que dignitaires religieux orthodoxes et musulmans s'étaient ligués contre ce texte, l'accusant de faire référence aux théories du genre. L'annonce intervient à la veille du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes.

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"Le gouvernement l'a approuvé mais les réactions de notre partenaire de coalition, de l'Eglise orthodoxe et du Grand mufti ont été très dures", a déclaré le Premier ministre de centre droit Boïko Borissov pour expliquer sa décision de jeter l'éponge. Cette convention du Conseil de l'Europe "sur la prévention et la lutte contre les violences à l'égard des femmes et la violence domestique", dite Convention d'Istanbul, "suscitait de grandes craintes dans la société" bulgare, a ajouté le chef de l'exécutif qui gouverne avec une coalition de partis nationalistes.

Présenté au parlement en janvier 2018 en vue d'une ratification, ce traité européen a semé la division au sein de la classe politique, au moment même où la Bulgarie occupe pour la première fois la présidence tournante de l'Union européenne.

A ce moment là, la ministre de la Justice, Tetska Tsatchéva avait tenté d'expliquer pourquoi la Bulgarie avait signé cette convention en avril 2016 et qu'il fallait donc la ratifier : « La Convention d’Istanbul est le premier document par lequel se crée tout un cadre juridique de défense des femmes et des jeunes filles de toutes les formes de la violence y compris de la violence domestique".

Mais la discorde s'est alors concentrée sur la notion de "genre", évoquée dans le texte, et sa traduction en Bulgare. Les nationalistes, mais aussi l'opposition socialiste, se sont inquiétés d'une définition ouvrant la voie à la reconnaissance d'"un troisième sexe" et du mariage gay. Un des partis nationalistes de la coalition y a vu la porte ouverte à l'étude en milieu scolaire des "genres non stéréotypés tels que l'homosexualité, le travestissement et autres". Ils ont menacé de quitter le gouvernement. De son côté, l'Eglise orthodoxe, très influente dans ce pays qui compte aussi une importante minorité musulmane, a parlé de "décadence morale".

"La Convention d’Istanbul contient une nouvelle vision de l’homme qui est présenté comme un maître autoritaire, un Homme sans Dieu qui ne fait que suivre ses désirs et passions au point de déterminer à lui seul son genre. Cette interprétation des choses ouvre largement les portes de la débauche morale", avait pour sa part déclaré le métropolite Kiprian, dignitaire religieux de l'Eglise orthodoxe.

Terrible nouvelle pour les Bulgares et les Européennes

"L'attention des Bulgares a été détournée du sujet de la violence exercée contre les femmes", a regretté auprès de l'AFP Daniela Gorbounova de l'ONG "Centre bulgare de recherches sur le genre". Les propos homophobes sont fréquents au sein de la classe politique bulgare et dans les médias.
 

"Le gouvernement bulgare a retiré la ratification de la convention d'Istanbul de l'agenda parlementaire. Cela vient, ironiquement, un jour avant la Journée internationale de la femme. La violence contre les femmes est la norme à l'Est", écrit cet internaute sur Twitter.
 

"La Convention d'Istanbul et la Journée internationale de la femme ont été commémorées aujourd'hui à Skopje par Louisa Vinton et le Premier ministre Zoran Zaev en présence des activistes féminins et du corps diplomatique", souligne-t-on dans cet autre tweet.
 
81% des Bulgares pensent que le rôle le plus important qui revient à la femme consiste à ce qu’elle s’occupe de sa maison.
Enquête Eurobaromètre

Dans un article paru en janvier sur le site de radio Bulgaria, on comprenait que la polémique embrasait un pays, la Bulgarie, où les droits des femmes semblaient loin d'être considérés comme une priorité : "D’après une étude d’Eurobaromètre, la Bulgarie se range en première position au sein de l’UE pour ce qui est des stéréotypes des genres. 81% des Bulgares pensent que le rôle le plus important qui revient à la femme consiste à ce qu’elle s’occupe de sa maison et soigne les membres de sa famille, alors que la plupart des autres européens sont d’avis que ceci ne devrait pas être sa principale obligation."

Le gouvernement bulgare n'a néammoins pas exclu de présenter de nouveau le texte au parlement après une étude et des débats plus approfondis. La Slovaquie a également renoncé en février à ratifier la Convention d'Istanbul incompatible, selon le gouvernement, avec la définition constitutionnelle du mariage entre un homme et une femme. Ce texte de 2011 a jusqu'ici été ratifié par 28 pays du Conseil de l'Europe, dont 17 membres de l'UE.