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COP27 : pourquoi les femmes sont-elles plus touchées par le réchauffement climatique ?

Des femmes portent les biens qu'elles ont réussi à sauver des inondations après les pluies liées à la mousson, le 6 septembre 2022 au Pakistan.
Des femmes portent les biens qu'elles ont réussi à sauver des inondations après les pluies liées à la mousson, le 6 septembre 2022 au Pakistan.
AP Photo/Fareed Khan, File

Montée des eaux, sécheresse plus importante, pluies plus violentes… Partout dans le monde, le réchauffement climatique fait déjà des victimes. Les femmes figurent parmi les populations les plus vulnérables. Comment expliquer cette inégalité ? Et comment y remédier ?

Aller chercher l'eau. Au Mali, comme partout sur le continent et dans les pays en développement, cette corvée est dévolue aux femmes. Avec le dérèglement climatique, la distance entre le village et le point d'eau le plus proche ne cesse de s'allonger. Ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres de l'impact du réchauffement climatique sur la vie quotidienne des femmes.

Le changement climatique va renforcer certaines inégalités structurelles qui préexistent à ses effets.Camille Le Bloa, chargée de mission à l'AFD

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Des inégalités accentuées 

« Le changement climatique va renforcer certaines inégalités structurelles qui préexistent à ses effets ». Camille Le Bloa, chargée de mission au sein de la division d'appui environnemental et social de l’Agence française de développement (AFD) fait ce constat régulièrement. Parmi ces inégalités structurelles, il y a les discriminations de genre. Celles-ci prennent des visages différents. 

D’abord, dans certains pays d’Afrique sub-saharienne, « les femmes dépendent davantage des ressources naturelles que les hommes », à cause des rôles sociaux de genre, analyse Camille Risler, juriste spécialisée dans la défense des droits des femmes. Les femmes doivent collecter les produits nécessaires au bon fonctionnement du foyer, comme l’eau, les denrées alimentaires ou le bois de chauffe. Cependant, « ces ressources sont très touchées par le changement climatique, donc les femmes doivent travailler davantage et sont soumises à un tas de risques qui n’existaient pas au préalable », poursuit la juriste. Par exemple, au Mali, les femmes sont contraintes de parcourir de plus grandes distances pour récupérer de l’eau ou du bois. « Étant donné la situation sécuritaire dans le pays, elles peuvent être soumises à des attaques des groupes armées et des violences sexuelles lors de leurs trajets. »

Les filles vont être cantonnées à des rôles de domestique.Camille Risler, juriste spécialisée dans la défense des droits des femmes

Aussi, « la question de l’accès à l’éducation s’applique spécifiquement aux femmes », ajoute Camille Risler. D’abord, les femmes doivent redoubler d’efforts pour accéder aux ressources naturelles en raison du réchauffement climatique. Donc « les jeunes filles vont être déscolarisées en premier pour aider leurs mères à accomplir ces tâches », contrairement aux garçons qui pourront continuer à étudier. « Les filles vont être cantonnées à des rôles de domestique », note-t-elle.

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L’inégalité des droits se trouve aussi aggravée par les changements climatiques. « Dans plusieurs pays, les femmes n’ont pas accès à la terre, même si elles la cultivent », explique Camille Risler. « Donc quand il y a des programmes qui visent à soutenir les populations dans leurs luttes contre le changement climatique, beaucoup de femmes en sont exclues car elles ne correspondent pas aux critères d’attribution », analyse-t-elle. 

14 fois plus de risques de mourir d'une catastrophe naturelle

Par ailleurs, selon l’ONU, les femmes ont 14 fois plus de risques de mourir en cas de catastrophes naturelles. « Ça peut être dû à des inégalités, comme le fait que les femmes ne soient pas forcément sensibilisées pour apprendre à nager ou à grimper aux arbres en cas de catastrophes », estime Camille Le Bloa. À l’inverse, les hommes sont plus alertes sur ces sujets, donc « quand il y a des inondations, les femmes vont être plus vulnérables et vont moins réussir à se sauver que les hommes », explique Camille Risler. 

Mais ce n’est pas le seul facteur qui explique cette disproportion. « Souvent, les femmes restent à la maison pour s’occuper des enfants et des personnes âgées », poursuit Camille Risler. Lorsqu’une catastrophe naturelle survient, « souvent, les hommes sont ailleurs et comme les femmes doivent se charger des enfants et des invalides, cela complique leur évacuation. » 

On va donner les jeunes filles en mariage et en échange récolter des dots. Grâce à ces dots, on va pouvoir subvenir aux besoins de la famille, même si ça implique de sacrifier les jeunes filles. 
Camille Risler, juriste spécialisée dans la défense des droits des femmes

Des conséquences plus indirectes 

Le réchauffement climatique va aussi avoir des conséquences plus indirectes pour les femmes. « Certaines formes de violences basées sur le genre vont être utilisées comme des moyens d’adaptation aux conséquences du réchauffement climatique », explique Camille Risler. Par exemple, au Népal, certains agriculteurs peuvent rencontrer des difficultés à subvenir aux besoins de leurs familles après une diminution de leurs récoltes liées au réchauffement climatique. « On va donner les jeunes filles en mariage et en échange récolter des dots, explique la juriste. Grâce à ces dots, on va pouvoir subvenir aux besoins de la famille, même si ça implique de sacrifier les jeunes filles. » 

Aux Philippines, après le typhon de 2015, on a vu une augmentation significative du nombre de femmes dans des réseaux d’exploitation sexuelle, parce qu’elles n’avaient plus de moyens de survie. Toutes les opportunités de travail rémunéré étaient très genrées et proposées aux hommes.Camille Risler, juriste spécialisée dans la défense des droits des femmes

La juriste explique aussi que « les femmes vont être soumises à des risques de violences basés sur le genre dans les endroits où elles sont évacuées après une catastrophe naturelle. »  Par ailleurs, « comme elles sont souvent moins éduquées et formées que les hommes, les femmes auront plus de difficultés à trouver des opportunités de travail », analyse Camille Risler. « Aux Philippines, après le typhon de 2015, on a vu une augmentation significative du nombre de femmes dans des réseaux d’exploitation sexuelles, parce qu’elles n’avaient plus de moyens de survie. Toutes les opportunités de travail rémunéré étaient très genrées et proposées aux hommes », détaille-t-elle.

Si les femmes sont souvent les plus affectées par les conséquences du réchauffement climatique, elles sont aussi porteuses de solutions.Camille Le Bloa, chargée de mission à l'AFD

Quelles solutions ? 

Cependant, « si les femmes sont souvent les plus affectées par les conséquences du réchauffement climatique, elles sont aussi porteuses de solutions, ajoute Camille Le Bloa. Par exemple, en agriculture, elles ont développé des solutions d’adaptation, de modification des techniques de cultivation, qui vont permettre de mieux faire face aux changements climatiques », détaille-t-elle. 

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Camille Le Bloa est aussi favorable à une plus grande inclusion des femmes à la table des négociations, que ce soit à des niveaux locaux ou à l’international. Selon elle,« c’est important d’encourager une diversité à ce niveau-là pour que tous les points de vue soient davantage entendus et représentés ». Son avis est partagé par Camille Risler. Pour elle, il faut à la fois qu’elles soient plus présentes lors des négociations, mais il faut aussi intégrer « l’approche des genres dans toutes les décisions qui ont trait aux changements climatiques. » En effet, lorsque les dirigeants prennent des décisions pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique, « il faut réfléchir à comment cette décision va impacter les femmes et se demander si cette décision prend en compte toutes les dimensions du problème, dont la dimension de genre. »