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Coronavirus au Canada : un plan pour venir en aide aux entrepreneuses

Au Canada, une femme entrepreneuse a un salaire inférieur de 58% à celui d’un homme entrepreneur. 
Au Canada, une femme entrepreneuse a un salaire inférieur de 58% à celui d’un homme entrepreneur. 
©Ernestoeslava/Pixabay

Au Canada, un comité regroupant des femmes d’affaires vient d’élaborer une série de mesures pour venir spécifiquement en aide aux entrepreneuses. Les femmes qui dirigent des PME risquent d'être les premières à subir de plein fouet la crise économique provoquée par la pandémie. 

Le comité d’experts de la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat a été mis en place il y a un an pour élaborer une stratégie afin d’augmenter le nombre de femmes chefs d’entreprise au Canada. Elles représentent actuellement 16% des entrepreneurs canadiens et l’objectif, c’est qu'elles atteignent 35%.
 

Bien sûr, les femmes entrepreneuses ne seront pas les seules touchées par cette crise mais elles risquent de l’être plus que les hommes entrepreneurs.
Danièle Henkel, femme d'affaires
Danièle Henkel, née à Oujda au Maroc est écrivaine, femme d'affaires et conférencière vit actuellement au Québec, mais a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans en Algérie.
Danièle Henkel, née à Oujda au Maroc est écrivaine, femme d'affaires et conférencière vit actuellement au Québec, mais a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans en Algérie.
©ici/RadioCanada

Sauf que cette crise économique qui se profile risque bien de réduire à néant tous les efforts menés ces dernières décennies en la matière : c’est ce que craint Danièle Henkel, co-présidente de ce comité et femme d’affaires bien connue au Québec. 

« Bien sûr, les femmes entrepreneuses ne seront pas les seules touchées par cette crise mais elles risquent de l’être plus que les hommes entrepreneurs, parce que la majorité d’entre elles sont à la tête de PME et ont des entreprises dans le secteur des services de détails, du tourisme, de la restauration, de l’hôtellerie et des commerces comme des salons de coiffure, de beauté etc. » explique Danièle Henkel.

Retrouvez le dossier de l'info >CORONAVIRUS : UNE ÉPIDÉMIE MONDIALE

Des années d’efforts réduits à néant ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes pour illustrer cette réalité : dans 51% des cas, les femmes sont les seules employées de leur propre entreprise, 46% ont des entreprises avec plus de 20 employés et seulement 4% sont à la tête de compagnies employant entre 100 et 500 personnes. Et dernier chiffre et non le moindre : en moyenne, pour une situation comparable, une femme entrepreneuse a un salaire inférieur de 58% à celui d’un homme entrepreneur : on est donc à des années lumières de l’équité salariale, même dans le domaine de l’entrepreneuriat.

L’épidémie du COVID-19 va frapper de plein fouet ces entrepreneuses qui vont aussi devoir gérer la fermeture des crèches et des écoles, donc les enfants à la maison ou alors prendre soin d’un proche atteint par le virus. 
 

« Tout cela va rendre encore plus difficile la gestion de l’entreprise dans ces circonstances, ces femmes n’ont pas de coussins pour faire face à la situation » fait valoir Danièle Henkel, qui dit recevoir depuis plusieurs jours beaucoup de témoignages de détresse de ces entrepreneuses.
 

J’agite le drapeau rouge, parce qu’aujourd’hui, 50% de notre économie, ce sont des femmes.
Danièle Henkel

Huit mesures préconisées

Le comité suggère donc aux gouvernements québécois et canadien de prendre des mesures spécifiques pour leur venir en aide. Huit interventions ont ainsi été ciblées :

1-   Offrir des prêts à 0% d’intérêt pour obtenir des liquidités à court terme, via la BDC, la Banque de développement du Canada, et EDC, Exportation et Développement Canada.

2-   Offrir des délais de remboursement de prêts et de dette pour les six prochains mois au moins.

3-   Accorder un congé fiscal, comme retarder la perception des taxes fédérales et provinciales et des charges sociales, pour les six prochains mois.

4-   Offrir des crédits d’impôt ou des subventions aux cheffes d’entreprises qui doivent travailler de la maison parce qu’elles doivent prendre soin d’un proche ou simplement garder les enfants – les crèches et les écoles sont fermées d’un bout à l’autre du Canada –

5-   Investir dans les programmes à l’enfance et aux aînés pour les aidantes naturelles.

6-   Geler le paiement des loyers pour les entreprises qui se retrouvent dans les secteurs qui sont le plus touchés par la crise, les loisirs, les voyages, le tourisme.

7-   Offrir un meilleur accès aux PME gérées par des femmes aux contrats gouvernementaux d’approvisionnement : « Seulement 1% des femmes entrepreneuses ont accès à ces contrats d’approvisionnement auprès des gouvernements, il faut permettre à ces entreprises gérées par des femmes de pouvoir soumissionner pour y avoir davantage accès » suggère Danièle Henkel.

8-   Prioriser la santé mentale pour venir en aide aux femmes entrepreneuses, surtout celles qui se lancent en affaire ou qui sont à la tête de très petites entreprises.« Pour moi c’est une priorité, cette question de la santé mentale » précise Danièle Henkel.
 

Les membres du comité d’experts de la Stratégie pour les femmes en entrepreneuriat sont : Danièle Henkel, coprésidente (Québec), Laura McGee, coprésidente (Ontario), Shauna Harper (Colombie-Britannique), Virginia McGowan (Île-du-Prince-Édouard), Maudeleine Myrthil (Québec), Shannon Pestun (Alberta), Sharon Zohar (Ontario)

La femme d’affaires lance un cri d’alarme : « J’agite le drapeau rouge, parce qu’aujourd’hui, 50% de notre économie, ce sont des femmes, alors il faut se demander : qu’est-ce qu’on peut faire en tant que société, en tant que gouvernements pour prendre en compte cette réalité et venir en aide à ces femmes ? Il faut agir rapidement pour leur donner de l’oxygène et agir maintenant ».