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Coupe du monde de football 2019 : des crampons féminins au Vatican

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22 juin 2019 - première douche froide pour l'équipe féminine du Vatican, qui refuse de jouer le premier match de son histoire à l'étranger, à Vienne. La raison : plusieurs joueuses autrichiennes ont soulevé leur maillot pour dévoiler des messages en faveur du droit à l'IVG peints sur leur ventre et dans le dos. Une manière de protester contre les positions anti-avortement de l'Eglise catholique.

Le football se conjuge au féminin, jusqu'au Saint-Siège... Pendant qu'en France, la Coupe du monde retient son souffle à quelques jours de la finale Etats-Unis - Pays-Bas, gros plan sur des joueuses hors compétition, mais tout aussi passionnées de ballon rond. Epouses de salariés du Vatican ou salariées elles-mêmes, elles se retrouvent deux fois par semaine sur les pelouses du centre sportif Pie XI.

La cité papale a lancé au printemps la première équipe de foot féminine de son histoire. Une équipe composée à 60% d'employées du Vatican, ainsi que de filles et épouses du personnel.

Car si le plus petit Etat de la planète a son propre championnat masculin qui, depuis 48 ans, voit s'affronter huit équipes, parmi lesquelles celles des Gardes suisses, des musées ou des services économiques, toujours pas de filles sur le terrain jusqu'à cette année... "On a pensé que le moment était venu d'essayer d'organiser quelque chose, des entraînements et des matchs, aussi pour les femmes", explique Danilo Zennaro, le responsable des sélections au sein de l'association sportive du Vatican.

Depuis quelques mois, une à deux fois par semaine, une vingtaine de femmes, employées du Vatican, épouses d'employés de l'Etat ou salariées de l'hôpital pédiatrique Bambino Gesù, qui dépend du Saint-Siège, se retrouvent sur les terrains du centre sportif du Vatican.

"Football", "femmes" et "Vatican" pas compatibles ?

Avec les murailles de l'Etat pontifical juste en contrebas, du terrain d'honneur, la vue sur la coupole de Saint-Pierre est l'une des plus spectaculaires de Rome. Un maillot de Colombie floqué Falcao, quelques shorts et chaussettes de la Roma, plus de baskets que de crampons, les tenues d'entraînement sont dépareillées, les gestes techniques incertains et l'on frappe surtout de la pointe du pied. Mais le travail est sérieux, car ce mardi soir du mois de mai, il s'agit de préparer le match contre la "Primavera" de la Roma, puis un tournoi à Vienne au mois de juin, et la séance va se prolonger jusqu'à près de 23 heures.
 

Pas compatibles ? On va essayer de démentir cette idée et de montrer qu'on a notre place sur le terrain.Maura Turoli, défenseure

"On est un groupe assez hétérogène. Il y a des jeunes de 25-26 ans, des mères de famille de 50 ans... C'est beau de se retrouver sur le terrain et de voir les maris et les enfants qui nous attendent et nous soutiennent de l'autre côté du grillage", raconte Maura Turoli, 35 ans, employée au Vatican, pas la moindre expérience dans le football et désormais défenseure de sa sélection. Même si le pape François a récemment parlé du football comme du "plus beau des jeux", l'association des trois mots "football", "femmes" et "Vatican" ne va pas forcément de soi. "Pas compatibles ? On va essayer de démentir cette idée et de montrer qu'on a notre place sur le terrain", assure Maura Turoli.

"Ca va au-delà du sport", juge de son côté sa coéquipière Floriana Di Iorio, qui faisait déjà partie de l'équipe féminine de l'hôpital Bambino Gesù et qui veut "faire passer un message de grande ouverture... Le sport est l'instrument par lequel nous voulons montrer la figure de la femme à 360 degrés et dans toutes ses nuances, explique-t-elle. L'objectif principal est de faire passer un message d'union, d'être constantes, de garder notre enthousiasme et peut-être aussi d'être des exemples dans des mondes où le rôle de la femme est encore vu de façon un peu marginale."

Des joueuses et un entraîneur

Un "esprit d'union", c'est aussi ce que souhaite porter l'entraîneur de cette équipe, Gianfranco Guadagnoli, lui-même employé à la Poste du Vatican et qui coache aussi la sélection masculine. "On vient seulement de créer un groupe. Les premiers entraînements, ça a été des douleurs, des problèmes... Mais elles font mieux que prévu, raconte-t-il. On n'a encore jamais fait de match à 11 sur un grand terrain, mais la Roma s'est proposée et on a accepté, bien sûr. On va essayer, même si nos moyens ne sont pas ceux d'une équipe de série A. Ce n'est pas grave, on y va avec nos qualités et ce qui arrivera arrivera, sans problèmes ni drames."

C'est Susan Volpini, responsable de l'association de femmes du Vatican, qui est à la tête de l'équipe. Si la majorité des joueuses sont amateures, elles peuvent compter sur la présence de leur capitaine Eugene Tcheugoue, originaire du Cameroun et qui a évolué à un plus haut niveau par le passé.