Terriennes

Coupe du monde de football : en direct ou non, les journalistes sportives n'ont pas à subir de harcèlement

En plein direct, la journaliste Julia Guiamares repousse un supporter qui tente de l'embrasser.
En plein direct, la journaliste Julia Guiamares repousse un supporter qui tente de l'embrasser.
©Captureecrantélévisionbrésilienne

#Letherwork (Laisse-la travailler) : c’est le nouvel hashtag lancé en soutien aux journalistes sportives harcelées par des supporters pendant la Coupe du monde de football. Dérapages dûs à un enthousiasme débordant selon certains, abus voire agression sexuelle pour les autres. Les femmes journalistes sont de plus en plus nombreuses et elles le paient parfois à leurs dépens. 

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Des bisous forcés sur la joue, des mains baladeuses ou des remarques déplacées, cette année encore, les femmes n’ont pas échappé aux excès de certains supporteurs pendant la Coupe du monde. A l’origine du mouvement #LetHerWork, une journaliste colombienne Julieth Gonzales Theran. Elle-même a été victime d'une mauvaise expérience en direct. Alors qu'elle était en plein travail, la jeune femme s'est faite agresser par un supporter euphorique qui s’est agrippé à elle pour ensuite l’embrasser sur la joue . Une vidéo qu’elle s’est empressée de poster sur son compte Instagram, assortie d’une légende où elle somme les supporters d’arrêter ce genre de comportement.

 « ¡RESPETO! No merecemos este trato. Somos igualmente valiosas y profesionales. Comparto la alegría del fútbol, pero debemos identificar los límites del afecto y el acoso »
« Respect ! Nous ne méritons pas ce traitement. Nous sommes égales et professionnelles. Je partage la joie du football mais nous devons identifier les limites entre l’affection et le harcèlement ».
 Première vidéo d’une série d'autres … Puisque c’est ensuite Julia Guimaraes, une journaliste sportive de la télévision brésilienne qui en fait aussi les frais. Alors qu’elle est en duplex à l'antenne pour décrire l’ambiance d'un match de la Selecao, un homme essaie de l’embrasser sur la joue. « Ne refaites plus jamais ça ! Jamais ! Je ne vous permets pas de faire ça ! Ne refaites jamais ça à aucune femme ! Respectez ! » lui crie-t-elle, avant que l’homme ne s’excuse.
 

Autre exemple, celui d'une journaliste française. Correspondante de FRANCE24, Kethevane Gorjestani fait à son tour l'amère expérience d'une agression sexuelle en plein direct. Alors que son caméraman la filme le temps d'un point sur les matchs, un supporter alcoolisé se frotte à elle, lui chuchote dans l'oreille en l'embrassant dans le cou avant de partir. Un comportement qui n'a visiblement pas destabilisé la journaliste, qui s'est cependant saisie de son compte Twitter pour y raconter ce qu'elle vient de subir.

 " Lundi à St Peterbourg. Malheureusement, cela (et pire) nous arrive régulièrement à nous, journalistes sportives, surtout quand on parle de football. Par tous les moyens, chantez, dansez et célébrez votre équipe, mais ne m'embrassez pas, ne me pelotez pas pas et laissez-moi faire mon travail " , écrit-elle, avec les deux hashtag #letherwork #deixaelatrabalhar.
 
Un peu plus tard, elle confiera à France info, que c’est justement en lisant les messages de ses consoeurs victimes du même type d'actes qu’elle a compris que ce genre d'attitude n’était pas normale et encore moins acceptable.

#DeixaElaTrabalhar devient #LetHerWork

C’est suite à ces trois agressions "visibles" subies par les journalistes sportives que le hasthag #DeixaElaTrabalhar sorti en mars dernier a refait surface. Un mouvement qui avait été créé par cinquante journalistes sportives brésiliennes qui avaient réalisé une vidéo diffusée sur Twitter dans laquelle toutes dénonçaient les attouchements et actes déplacés subies sur leur lieu de travail.
 

Quatre mois après, ce hasthag est repris en français, en anglais, un peu partout dans le monde. Un appel aux hommes, supporters ou professionnels à cesser ce genre de comportements, qui plus est, sur le lieu de travail. 

Des réactions jugées trop excessives par certains qui ne comprennent pas en quoi un bisou ou une accolade forcée peuvent être interprétés comme un attouchement ou harcèlement sexuel.
 

 

En 15 ans, j'ai vu une évolution dans le domaine du journalisme sportif féminin. On compte de plus en plus de journalistes dans la presse spécialisée, des consultantes et des ex-sportives comme Marinette Pichon.
Cette année, pendant la Coupe du monde on pouvait compter  14% de femmes journalistes sur 14 000 journalistes accrédités par la FIFA. Un progrès pour Lise-Laure Etia, notre consœur de la rédaction de TV5Monde. Elle qui a vu évoluer en quinze ans la profession de journaliste sportive avoue qu’il y a effectivement une amélioration. "On compte à présent plus de femmes journalistes sportives notamment celles qui travaillent dans des journaux spécialisés ou des consultantes, anciennes footballeuses comme Marinette Pichon". Ce qu’elle déplore en revanche c’est que "cette évolution ne doit pas masquer le reste. Le sport reste un milieu très masculin où les femmes doivent en faire plus pour exister, elles ont moins le droit à l’erreur ".

Femmes influentes dans le football

Dans la série des remarques déplacées, c’est cette fois la commentatrice anglo-saxonne Vicki Sparks qui a été la cible des critiques pendant le Mondial. Et pourtant, si son nom est inconnu du grand public, elle est à la tête d’un grand changement dans le monde du football. Et pour cause, il s’agit de la toute première femme journaliste sportive à commenter en direct des matchs de la Coupe du monde de football 2018 sur une chaine britannique, la BBC. Un pas de géant dans cet exercice traditionnellement uniquement réservé aux commentateurs masculins. Mais cette place de commentatrice n’a pas ravi tout le monde... Sur le plateau de « Good morning Britain » Jason Cundy, entraîneur de football et animateur radio a notamment avoué "préférer écouter ses homologues masculins plutôt qu’une femme en raison de sa voix trop aiguë".
 

Cette séquence a suscité beaucoup de réactions, et pas toujours positives.
(Elle est .... de la merde. Elle a un ton monotone, des voyelles plates et quelqu'un qui n'a pas encore appris que moins elle en dit, mieux c'est. Elle a fait vomir mes oreilles. Mais Vicki Sparks pourrait être bien pire, elle pourrait être Julie Foudy ou Aly Wagner (ndlr Julie Foudy est la première commentatrice américaine en coupe du monde, Aly Wagner est une consultante, anciennce joueuse de football)).


(Vicki Sparks et Martin Keown représentent la pire équipe de commentateurs de la Coupe du Monde jusqu'à présent?? La voix de Vicki est comme une tondeuse à gazon, Martin est ennuyant comme un lave-vaisselle).

(Tout à fait d'accord. La voix de Vicki Spark me donne littéralement mal à la tête. Elle a cette horrible voix nasale, râpeuse.. J'ai essayé d'écouter sur 5 lives mais ça ne l'a pas fait. Le bouton rouge pour un commentaire alternatif ne semble pas fonctionner)


" Le reproche de la voix trop aiguë, ça rejoint l’idée de faire des remarques sur la forme et pas sur le fond. Des hommes ont une voix parfois désagréable et on s’en accommode ", soupire Lise-Laure Etia. Des particularités beaucoup moins reprochées aux hommes, plutôt jugés sur leurs compétences que sur le timbre de leur voix.
 
Pourtant et heureusement certaines femmes réussisent à accéder à des postes à Hautes responsabilités dans le domaine du sport. C'est le cas de Fatma Samoura, secrétaire générale de la FIFA (Fédération internationale de football association), première femme à accéder à ce poste. De quoi dissuader, on l'espère à l'avenir, tout supporter intempestif ...  

Retrouvez l'entretien de Fatma Samoura à TV5Monde >FIFA : la Sénégalaise Fatma Samoura nommée Secrétaire générale