Terriennes

Covid-19 : des lycéennes afghanes recyclent des pièces automobiles... en respirateurs

Somaya Farooqi, le 15 avril 2020, à Herat, Afghanistan. Somaya Farooqi est l'une des cinq jeunes femmes qui travaillent à développer des respirateurs à bas coût pour les patients atteints du Covid-19.
Somaya Farooqi, le 15 avril 2020, à Herat, Afghanistan. Somaya Farooqi est l'une des cinq jeunes femmes qui travaillent à développer des respirateurs à bas coût pour les patients atteints du Covid-19.
©AP Photo/Hamed Safarazi

Cinq lycéennes afghanes, membres d'une équipe de robotique, tentent de fabriquer un respirateur artificiel bon marché à partir de pièces de voitures usagées. Et ce alors que leur pays, ravagé par la guerre et la pauvreté, manque d'équipements pour soigner les malades du Covid-19.

Elles ont bien gagné leur surnom de "rêveuses afghanes".  Si les adolescentes de ce groupe de robotique réussissent leur pari (et que le gouvernement valide leur prototype), elles pourraient avoir réussi l'exploit : fabriquer des respirateurs artificiels à moindre coût - et vertueux, de surcroit. Comment ? En réutilisant des pièces automobiles hors d'usage. Ces bricoleuses de génie affirment pouvoir produire ces machines pour seulement 300 dollars pièce (environ 275 euros), alors que leur prix est généralement 100 fois plus élevé, autour de 30 000 dollars (27 500 euros).


"L'équipe travaille avec des spécialistes de santé locaux, ainsi qu’avec des experts de l'Université de Harvard, afin de produire un prototype basé sur un design de l’Institut de technologie du Massachusetts", se félicite Roya Mahboob, qui dirige une entreprise technologique et sponsorise l’équipe.

Ce qui est compliqué, c'est d’ajuster le timing et la pression de pompage, car chaque patient a besoin d’un volume et d’une pression d’air spécifique, selon son âge ou la gravité de son état.
Somaya Farooqi, 17 ans
Roya Mahboob, sponsor du projet.
Roya Mahboob, sponsor du projet.
@flickr

Des pièces de moteur et de batterie

Des pièces du moteur et de la batterie d’une Toyota Corolla, le modèle le plus répandu dans le pays, sont utilisées. Un système mécanique emprunté à cette automobile fait fonctionner le ballon respirateur, élément central de la machine. "Ce qui est compliqué, c'est d’ajuster le timing et la pression de pompage, car chaque patient a besoin d’un volume et d’une pression d’air spécifique, selon son âge ou la gravité de son état", explique Somaya Farooqi, 17 ans et "capitaine" de l’équipe.

Âgées de 14 à 17 ans, ces "rêveuses afghanes" sont originaires de la ville de Herat, d’où le Covid-19 a commencé à se propager en Afghanistan et où les respirateurs manquent. Le monde avait déjà entendu parler de ces jeunes filles en 2017 quand leurs demandes de visas pour participer à un concours de robotique à Washington avaient été rejetées. L'intervention du président américain Donald Trump avait finalement permis leur participation. 

Herat, la capitale de l'Ouest afghan, est située près de la frontière avec l'Iran, l'un des pays les plus touchés par le virus, avec près de 4.800 morts. Depuis l'apparition de la pandémie, des dizaines de milliers de réfugiés afghans qui y vivaient sont rentrés dans leur pays d'origine, via Herat.

<p>Kaboul, Afghanistan, Monday, le 20 avril 2020.</p>

Kaboul, Afghanistan, Monday, le 20 avril 2020.

©AP Photo/Rahmat Gul

300 respirateurs pour 35 millions d'habitants

L’Afghanistan a déclaré à peine plus de mille cas de Covid-19, mais selon le quotidien français Le Monde "une quarantaine d’entre-eux travaillent au palais présidentiel, ce qui suscite une vive inquiétude au cœur du pouvoir. Les malades étaient affectées au Conseil national de sécurité, dans des services administratifs et au sein du secrétariat de son chef de cabinet." Les capacités de dépistage étant très limitées dans le pays, le nombre de cas pourrait être bien plus élevé qu'annoncé.

Illustration de ce dénuement médical, l’Afghanistan dispose d'à peine 300 respirateurs pour 35 millions d'habitants. Selon Wahidullah Mayar, porte-parole du ministère de la Santé afghan, des spécialistes et des ingénieurs ont été invités à aider les lycéennes : "Nous apprécions et encourageons le travail acharné de ces jeunes filles, nos sœurs, pour produire des respirateurs", a-t-il ajouté. Chaque prototype devra être approuvé par l’Organisation mondiale de la santé et par le ministère de la Santé afghan avant que l’équipe puisse commencer à produire davantage d’appareils, a cependant rappelé Wahidullah Mayar.

<p>Bogota, Colombie, le 14 avril 2020. Un peu partout dans le monde, les ingénieurs travaillent à développer un respirateur à bas coût pour les patients atteints du COVID-19. </p>

Bogota, Colombie, le 14 avril 2020. Un peu partout dans le monde, les ingénieurs travaillent à développer un respirateur à bas coût pour les patients atteints du COVID-19. 

©AP Photo/Fernando Vergara

Le pari des rêveuses afghanes

Le pari des "rêveuses afghanes" rejoint un projet du constructeur américain de véhicules électriques Tesla, dont des ingénieurs avaient présenté début avril  un respirateur artificiel réalisé à partir de pièces de leurs propres voitures. Dans une vidéo, les ingénieurs de Tesla expliquent comment ils se sont servis de pièces du système de chauffage, ventilation et climatisation (CVC) de la Model 3 pour concevoir le respirateur, sans cependant donner de date pour sa mise en production. En mars, Donald Trump avait donné un "feu vert" à General Motors, Ford et Tesla pour qu'ils fabriquent ou aident à augmenter la production de respirateurs, alors que le Covid-19 n'avait pas encore frappé à pleine puissance les Etats-Unis, désormais le pays le plus touché au monde, avec plus de 42 000 morts.