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Covid-19 et allaitement : le lait maternel recommandé... même en cas de contamination

Une étude médicale espagnole recommande l'allaitement même en cas de contamination de Covid-19. 
Une étude médicale espagnole recommande l'allaitement même en cas de contamination de Covid-19. 
©Manojiit Tamen de Pixabay

Une femme peut-elle transmettre le Covid-19 à son enfant en l'allaitant ? Selon une étude menée par la recherche médicale publique espagnole, la réponse est non. Non seulement le lait de mères contaminées ne contient pas de traces du virus, mais il serait aussi vecteur d'anticorps. Les médecins de l'étude recommandent même l'allaitement aux mères atteintes du virus. 

L’allaitement fait depuis toujours l’objet de nombreuses croyances. On lui prête bien des vertus - pas toujours vérifiées - culpabilisant à tort celles qui font le choix de ne pas allaiter. L'apparition de la pandémie de Covid-19 a logiquement poussé nombre de scientifiques à s'interroger sur la capacité du lait maternel à transmettre le virus de la mère à l'enfant, mais aussi sur ses éventuels bienfaits immunitaires.

Depuis le début de la crise pandémique, les recherches et les études sur le lait maternel se sont multipliées. La dernière en date s'intitule "MilkCorona". Diligentée par le Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol, en collaboration avec un hôpital universitaire de Valence, elle conclut qu'aucun des échantillons de lait maternel analysés ne contenait de traces de l'ARN du coronavirus.
 

Il est important de recommander l'allaitement maternel de façon systématique dans tous les cas où la mère a peu ou pas de symptômes.
Cecilia Martínez Costa (service de pédiatrie, Hôpital Clínico de Valence)

En revanche, ces mêmes échantillons contenaient les anticorps développés par la mère. "Ce qui suggère que le lait maternel est un vecteur de transmission d'anticorps", explique María Carmen Collado, chercheuse chargée du projet. Ces résultats soulignent "qu'il est important de recommander l'allaitement maternel de façon systématique dans tous les cas où la mère a peu ou pas de symptômes", estime Cecilia Martínez Costa, du service de pédiatrie de l'hôpital Clínico de Valence.

Cette étude a aussi analysé la présence d'anticorps dans le lait maternel de 75 femmes vaccinées avec les sérums de Pfizer, Moderna et AstraZeneca, et montré que tous les échantillons contenaient des anticorps à des niveaux variant selon les vaccins, ajoute le communiqué.

L'étude a également montré que le lait de femmes ayant reçu une dose de vaccin après avoir contracté le virus et celui de femmes ayant reçu les deux doses d'un vaccin sans avoir jamais attrapé le Covid contenaient le même niveau d'anticorps.

Lait maternel, vaccin et immunité...

Ces constats rejoignent les résultats d'une précédente étude menée aux Etats-Unis, selon laquelle l’infection par le COVID-19 chez la mère ne doit pas être un obstacle à l’allaitement. Au-delà d'une transmission possible d’immunité naturelle chez les mères qui allaitent, la vaccination anti-COVID-19 pourrait également fournir une protection au bébé. Les pédiatres de l'Université de Washington révèlent, dans le Journal of Obstetrics and Gynecology (AJOG), une augmentation majeure des anticorps COVID-19 dans le lait maternel après la vaccination.

Cette étude pilote a été menée auprès de cinq mères, qui ont fourni des échantillons de lait maternel après avoir reçu deux doses du vaccin Pfizer-BioNTech. Les chercheurs ont suivi les niveaux d'anticorps COVID-19 dans le lait maternel à partir d’une mesure précédant la première injection et, sur une base hebdomadaire, pendant 80 jours après la vaccination. Les bébés des participantes étaient âgés d'un mois à 24 mois. Pour évaluer la réponse immunitaire dans le lait maternel, les chercheurs ont surveillé les niveaux des immunoglobulines IgA et IgG, les anticorps déployés par le système immunitaire pour combattre les infections chez les bébés. Les résultats confirment que le lait maternel contient des taux élevés d'anticorps IgA et IgG immédiatement après la première dose de vaccin, les deux anticorps atteignant des niveaux "immuno-significatifs" dans le lait maternel, dans les 14 à 20 jours suivant la première vaccination.

Cette réponse immunitaire apparaît stable durant les trois mois de suivi de l’étude, précise l’autrice principale, la Dr Jeannie Kelly, professeure d'obstétrique et de gynécologie : "Les niveaux d'anticorps étaient même plus élevés à la fin de l’étude, donc la protection transmise par le lait maternel dure sans doute encore plus longtemps... L’étude est ainsi la première à montrer que les anticorps COVID-19 persistent dans le lait maternel pendant des mois après la vaccination de la mère", ajoute-t-elle.

Encourager l'allaitement, selon l'OMS

Dès juin 2020, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) encourageait les mères infectées par le coronavirus à continuer, pour celles qui le désiraient, à allaiter. "Nous savons que les enfants courent un risque relativement faible de Covid-19, mais qu'ils sont à risque élevé face à de nombreuses autres maladies et affections que l'allaitement maternel empêche", a déclaré le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

"Sur la base de la transmission par contacts familiaux, on estime que les décès de nourrissons dus à la COVID19, dans les pays à faibles et moyens revenus, pourraient se situer entre 1 800 et 2 800, si les mères concernées allaitent, écrivent les experts de l'OMS. En revanche, si les mères infectées par le SARS-CoV-2 devaient être séparées de leurs enfants ou arrêter d'allaiter, on estime que la mortalité infantile serait comprise entre 134 000 et 273 000", ajoute le rapport.

Selon l'Agence européenne du médicament, "aucun risque n’est attendu en cas d’allaitement. La décision concernant l’utilisation du vaccin chez les femmes enceintes doit être prise en étroite consultation avec un professionnel de santé après examen des bénéfices et des risques". En France, la Haute autorité de santé estime qu'"Il n’y a pas d’effet attendu chez le nourrisson et l’enfant allaité par une femme vaccinée. La vaccination chez la femme allaitante est donc possible".

Allaiter, entre bienfaits et injonction

En septembre dernier, des chercheurs chinois de Beijing estimaient que le coronavirus était sensible à certaines protéines antivirales bien connues dans le lait maternel, telles que la lactoferrine. "Le lait maternel empêcherait toute propagation du virus", selon Tong Yigang, professeur de l’université de Beijing. Les chercheurs affirmaient avoir trouvé des anticorps dans le lait maternel capable d’agir efficacement contre la maladie. "En chauffant le lait à 90 degrés pendant une dizaine de minutes, on rend néammoins inactive la protéine de lactosérum, ce qui fait chuter le taux de protection contre le coronavirus à moins de 20%". Aucune autre étude n'est venue depuis confirmer ces constats, la prudence s'impose donc... 
 

Des banques de lait maternel permettent aux mères de faire bénéficier de leur surplus de lait à des bébés nés prématurément. Il leur est administré après avoir été pasteurisé et congelé.
Des banques de lait maternel permettent aux mères de faire bénéficier de leur surplus de lait à des bébés nés prématurément. Il leur est administré après avoir été pasteurisé et congelé.
©DR
Une composition unique

La composition qualitative du lait maternel humain est spécifique. Au niveau calorique, il est proche du lait de vache (entre 67 et 69 pour le lait maternel et 70/Kcal par déci pour le lait de vache). Sa teneur en glucides est en revanche plus élevée, tandis qu’elle est plus faible en protéines et à peu près équivalente en lipides. Il est par ailleurs composé de 87% d’eau, comblant à lui seul les besoins hydriques du bébé.

Le premier lait (du 1er au 5e jour), appelé colostrum, est très riche en anticorps. Le lait de transition s’enrichit en nutriments. Le lait mature (dès le 15e jour) évolue au fil du temps, participant à la protection de la santé de l’enfant. 

L’Organisation mondiale de la santé recommande l’allaitement exclusif du nourrisson jusqu’à l’âge de six mois, puis en complément d’une alimentation adaptée à l’âge de l’enfant jusqu’à ses deux ans au moins. 

(Source planetesante.ch)

En France, une femme sur trois choisit de ne pas allaiter son nourrisson, et résiste ainsi à l'effet d'une mode, née aux Etats-Unis de l'allaitement pour toutes. Si certains bienfaits que l'on prête au lait maternel - stimulation du système immunitaire de l'enfant ou prévention du cancer du sein chez les mamans allaitantes - ont été démontrés par les scientifiques, d'autres vertus - comme celle de rendre les enfants plus intelligents - n'ont jamais été vérifiées et ne restent que des légendes.

En 2016, une campagne de l'UNICEF avait fait polémique. Le slogan affirmait que l’allaitement stimulait non seulement la santé d’un enfant, mais aussi son QI (Quotient Intellectuel), ses performances scolaires et son revenu à l’âge adulte ! La campage citait une étude de mars 2015 du Lancet Global Health. Les auteurs y évoquaient des "liens" entre allaitement et développement de l’intelligence "à confirmer "... L’aspect culpabilisant des messages portés par cette campagne avait choqué et ses arguments jugés contraires aux droits des femmes. Un rappel néammoins : dans certains pays, les femmes n'ont pas le droit d'allaiter en public... 

Si le lait maternel possède bel et bien des propriétés incomparables pour les bébés et les mamans, ce geste reste avant tout un choix des mères et non, à l'heure du Covid, un remède miracle.