Terriennes

Covid-19 : profiter du confinement pour regarder des séries dont les femmes sont les héroïnes

Espionnes, juive ultra-orthodoxe, fille d'esclaves noirs devenue milliardaire ou épouse bourgeoise dans l'Amérique des années 1960, toutes ont trouvé une voie pour échapper à un milieu qui les bridait et s'imposer dans un monde d'hommes. Terriennes vous invite à profiter du confinement pour découvrir quelques séries télé, fictions ou basées sur des faits réels, dont les héroïnes sont, sans aucun doute, peu ordinaires. A vous de voir !

Unorthodox

La quête de liberté d'une jeune juive dans un milieu ultra-orthodoxe 

Etsy n'a pas 20 ans lorsqu'elle est mariée à Yanky, encore plus jeune qu'elle. Une union arrangée par une tante et une mère dans le droit fil des traditions qui régissent la vie à Williamsburgh, un îlot ultra-orthodoxe de Brooklyn, à New York. Privée d'éducation et de toute autonomie, Etsy n'est pas heureuse. Elle veut jouer du piano, vivre libre et que ses enfants grandissent épanouis.

Après des mois d'efforts, de rapports sexuels douloureux et traumatisants, elle tombe enceinte. C'est le déclencheur. Son enfant n'aura pas cette vie. Elle décide de s'enfuir pour Berlin, où vit sa mère qui, avant elle, a échappé à l'asphyxie de son milieu. Débarrassée de la perruque avec laquelle les juives orthodoxes dissimulent une chevelure qu'aucun homme ne saurait voir, Esty fait peau neuve et c'est une jeune femme au look androgyne qui erre au gré de rencontres bienveillantes, fait face à ses peurs - du jambon, d'Internet, des lesbiennes - et découvre un nouveau champs des possibles. Son époux a beau se lancer à sa poursuite, jamais il ne sera question pour elle de revenir en arrière.

Cette série est inspirée d'une histoire vraie, le récit autobiographique de Deborah Feldman (Unorthodox : The Scandalous Rejection of My Hasidic Roots, Simon and Schuster, New York 2012), déjà rencontrée dans le documentaire Female Pleasure de Barbara Miller. Le tournage s'est en grande partie déroulé à Berlin, dans des décors reconstitués pour les scènes intérieures, incroyablement réalistes et finement éclairées. A noter aussi la précision des costumes traditionnels et la performance d'interpréter une série en grande partie en langue Yiddish. Enfin, il faut saluer la justesse d'interprétation de l'actrice Shira Haas, âgée de 24 ans, d'origine israélienne, véritable révélation avec laquelle il faudra sans nul doute compter désormais sur la scène cinématographique. 

Self-made

La vie extraordinaire de Madam C. J. Walker en 4 épisodes

Une série inspirée de l'histoire vraie d'une icône de la culture afro-américaine, Sarah Breedlove, alias Madam C. J. Walker : comment une blanchisseuse sans ressource, née de parents esclaves, va franchir les barrières pour construire un empire commercial dans les produits de beauté pour les femmes noires et devenir une figure symbolique de l'afro-féminisme.

Comme beaucoup de femmes noires à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, Sarah perd ses cheveux, abîmés par la malnutrition, le stress, la maladie et les produits violents en vogue à l'époque. Mais Sarah était née pour lutter. Elle décide de fabriquer elle-même un fortifiant pour les cheveux, et imagine des moyens pour le distribuer et le faire connaître. A mesure que son empire se développe, elle recrute d'autres femmes et les forme pour représenter ses produits et reprendre son image - en 1917, elles sont 20 000 à avoir pris leur indépendance en travaillant pour Madam C. J. Walker, entre-temps devenue la première femme millionnaire par elle-même , engagée dans la défense des droits des femmes et des Afro-Américains à travers les associations qu'elle finance.

Incarnée et co-produite par l'actrice Octavia Spencer (Oscar de la meilleure actrice pour un second role dans La couleur des sentiments), cette héroïne, aussi ambitieuse que fragile, taille sa route dans une société raciste, mais aussi machiste, au sein même de la communauté noire, où elle a bien du mal à convaincre le lobby des entrepreneurs masculins à investir dans son projet d'usine à produits cosmétiques. La série aborde aussi le thème de l'homosexualité : Madam C. J. Walker va, après bien des réticences, accepter celle de son unique fille. Inspirante et puissante, Self Made traite de l'aspect politique de la question des cheveux des femmes noires et de leur émancipation actuelle à travers les mouvements tels que les "Nappy girls", qui militent pour les cheveux naturels.


Les Espionnes racontent

Rencontres avec des agentes de la guerre froide

Et si James Bond était une femme ? Des États-Unis à l’URSS en passant par Israël, la websérie d'animation d'Arte Les espionnes racontent nous emmène à la rencontre de six ex-espionnes de la guerre froide au fil de six épisodes de quelques minutes sous forme de films d'animation. Ludmila, Geneviève, Martha ou Gabriele ont joué un rôle décisif dans l'histoire du XXe siècle. Etre une femme, dans l'espionnage, c'est aussi un atout.

Loin de l'image sulfureuse d'une Mata Hari davantage courtisane qu'agente du gouvernement, les grandes espionnes du XXe siècle étaient des femmes discrètes, cultivées, sportives et de consciencieuses professionnelles qui se sont distinguées par leurs compétences dans un univers dominé par les hommes. Mais elles étaient, et son encore, avant tout profondément humaines, des femmes dont la vocation et la manière de mener leurs mission furent intimement liées à la condition féminine. Toutes étaient mues par un impérieux besoin de reconnaissance, une même soif de justice. 

Why Women Kill

Trahisons, mensonges et émancipation

Trois femmes : Beth-Ann, Simone et Taylor. Trois époques : 1962, 1984 et 2019, une même maison. Une maison ? Plutôt une imposante et grande demeure, située dans une banlieue cossue américaine. Le décor est planté et si l'on précise que le réalisateur n'est autre que le créateur de l'icônique Desperate Housewives, Marc Cherry, vous comprendrez vite qu'ici encore, il faut s'attendre à ce que les héroïnes sortent du destin qu'on leur avait tracé pour aller, qui sait, jusqu'au meurtre... La question va se poser jusqu'au dixième et dernier épisode de cette première saison de When Women Kills, diffusée depuis mi-mars sur M6 en France, (et aussi en replay) et déjà en Belgique depuis janvier. 

Beth-Ann est l'exemple même de l'épouse "modèle" des sixties, docile et aux petits soins pour son mari Rob. Jusqu'au jour où elle apprend par sa nouvelle voisine que celui-ci la trompe. Trahison ultime pour la jolie rousse (une lointaine cousine de la "desesperate" Bree Van de Kamp ?), tirée à quatre épingles, qui va peu à peu s'approprier les rouages de la manipulation en devenant l'amie et confidente de la maitresse. 

On quitte les couleurs pastels pour les paillettes des années 1980, et retrouver la savoureuse Lucy Liu, incarnant une Simone outrageusement sexy dans ses robes à larges épaulettes. Dans un décor clinquant, elle va tout faire pour éviter que le scandale n'entache sa réputation. Par un.e ami.e anonyme, elle reçoit des photos "compromettantes" montrant son troisième mari en bonne compagnie, masculine. Elle se console dans les bras du fils d'une voisine, à la rechercher d'un bonheur perdu au fil de ses mariages. Il y a de la Gabrielle Solis en elle... Mais ira-t-elle jusqu'à tuer ? 

Aujourd'hui, couple contemporain, bobo, quasi-cliché. Taylor est une jeune femme noire, puissante et émancipée. Avocate de renom, militante et bisexuelle assumée, elle vit une relation libre avec son compagnon, scénariste en mal d'inspiration. Jusqu'au jour où elle décide de ramener son "plan Q" à la maison. A la fois ingénue et sulfureuse, la belle Jade vient former un ménage à trois qui risque de tourner à un jeu dangereux... Taylor, si éprise de liberté, se retrouve prise à son propre piège... jusqu'au crime ?

Pourquoi les femmes tuent ? Pas sûr que cette série y réponde, mais le public s'est laissé prendre au jeu : les premiers épisodes ont rassemblé plus de 4,5 millions de télespectateur-trice-s en France. Une saison 2, déjà dans les tuyaux, devrait être retardée en raison de la pandémie.