Terriennes

Covid et précarité menstruelle, les étudiantes les plus touchées en France

En France, l'association Règles élémentaires organise depuis 5 ans des collectes de protections hygiéniques auprès des marques et des grandes surfaces et à l'aide de bénévoles, les distribuent gratuitement à des femmes dans le besoin. 
En France, l'association Règles élémentaires organise depuis 5 ans des collectes de protections hygiéniques auprès des marques et des grandes surfaces et à l'aide de bénévoles, les distribuent gratuitement à des femmes dans le besoin. 
©Règles élémentaires

En 2021, près de 2 millions de Françaises subissent la précarité menstruelle. Le 28 mai, Journée internationale de l'hygiène menstruelle, l’association Règles élémentaires lance une nouvelle campagne médias. Selon une enquête portant sur 6 000 personnes en France, un tiers des sondé·e·s estiment avoir besoin d’une aide financière pour se procurer des protections périodiques. 

Comme tous les jours de l’année, l'association Règles élémentaires souhaite ce 28 mai, sensibiliser à la précarité menstruelle et briser le tabou des règles. Une grande collecte nationale de produits d’hygiène intime est prévue dans plusieurs enseignes d'hypermarchés ou de produits cosmétiques. L’association se lancera sur Tik-Tok ce jour-là, avec le soutien de divers influenceurs.ceuses, un filtre Instagram sera créé pour l’occasion.

Six personnalités ont accepté de prendre part à cette opération de sensibilisation digitale pour parler des règles face caméra : la créatrice du compte Instagram “Je m’en bats le clito” Camille Aumont-Carnel, la blogueuse Emanouela, la handballeuse professionnelle et créatrice de The V Box Estelle Nze Minko, la chanteuse Pomme, l’activiste, autrice et fondatrice de la newsletter Les Glorieuses Rebecca Amsellem et l’illustrateur Thomas Gravereau.
 
"Je me suis rendu compte de la précarité menstruelle assez jeune, je suis partie de chez moi assez tôt donc j'ai dû aller acheter mes propres produits et tout naturellement en regardant les prix, je me suis vite rendu compte que dans les gammes de prix, on était pas toutes égales par rapport aux règles.", raconte la championne de handball. "J'ai toujours acheté des tampons au même titre que j'ai acheté du café même si j'en bois pas parce que j'aime pas ça et ça m'a toujours amusé de voir la réaction de mes ami.e.s qui me posaient la question 'Mais Thomas pourquoi t'as des tampons dans tes toilettes?' en mode c'est pas quelque chose de normal et pas habituel. Et j'ai toujours posé la question 'pourquoi est-ce que j'en aurais pas? Je reçois des amies qui ont leurs règles chez moi, pourquoi est-ce-que je ne pourrais pas avoir des tampons pour les dépanner? " explique Thomas Gravereau, le seul homme à témoigner dans cette vidéo. 

Un "crédit menstruel" fictif et une "absente"

Depuis sa création il y a 5 ans, Règles Élémentaires a collecté et redistribué près de 5 millions de produits qui ont bénéficié à plus de 115 000 femmes, elle a développé six antennes en France qui lui permettent « de mener un certain nombre d’actions de sensibilisation au plus près des territoires ». L’association a créé une "plateforme de mobilisation citoyenne" mettant en relation les personnes souhaitant organiser des collectes (jeunes, retraités, chef·fe·s d’entreprises, collectivités, magasins…) avec sa centaine de partenaires assurant la redistribution des produits, comme la Croix-Rouge française ou Emmaüs

Malgré tout, il s'agit encore et toujours de lutter contre le tabou des règles, et d'informer concrètement sur les difficultés financières auxquelles doivent faire front toutes ces femmes. Alors pourquoi ne pas imaginer que les banques elles-aussi seraient de la partie ? C'est l'objectif de la campagne "Le Crédit Menstruel", lancée en 2020. "Ce produit bancaire fictif d’aide au financement des protections périodiques qui accompagne les femmes tout au long de leurs vies a été imaginé afin de sensibiliser le plus grand nombre de façon ludique et décalée à la précarité menstruelle et à son impact budgétaire, qui n’est pas anodin et relève d’une forme d’injustice", explique le site de l'association. Un message relayé depuis plusieurs mois dans les médias et dans les grandes gares de France. 
 
Visuel de la campagne le "Crédit menstruel", sur un écran situé dans le hall d'une gare parisienne. 
Visuel de la campagne le "Crédit menstruel", sur un écran situé dans le hall d'une gare parisienne. 
©Regles elementaires/agence Service plan
Marquer les esprits encore et toujours... Exemple avec cette autre campagne choc : "L’Absente". Pour la première fois dans l’histoire de la télévision, une présentatrice TV est absente de l’écran au moment de présenter la météo "parce qu’elle a ses règles". Excusée par la chaîne, cette absence met en évidence une réalité, chaque jour des femmes ne peuvent se présenter sur leur lieu d’études ou de travail en raison de leurs règles car elles n’ont pas les moyens de s’acheter des produits d’hygiène intime.
 
La vidéo démarre comme n'importe quel programme. Seule différence une fois la caméra ouverte sur le plateau : personne. Puis un texte s'affiche sur l'écran, décrivant le quotidien de celles qui ne possèdent pas les moyens pour s'acheter des protections hygiéniques. 
 
Résultats de la première édition du baromètre Règles Élémentaires et Opinion Way publiés à l'occasion de la Journée mondiale de l'hygiène menstruelle

La précarité menstruelle : un sujet qui concerne tout le monde, car 20% des femmes adultes y ont été confrontées, soit 1 Française sur 5,
- un sujet qui s'est imposé dans le débat public, car 76% des Français·es le considèrent comme un sujet de santé publique alors que le terme était inconnu en 2015,
- un sujet qui reste tabou dans la société - avec un manque d'enseignement persistant -, mais aussi particulièrement en entreprise car 44% des femmes ont elles-mêmes manqué le travail ou connaissent quelqu’un qui a déjà manqué le travail à cause de ses règles.

86% des Français·es sont favorables à l'accès gratuit à des protections de qualité pour toutes les personnes dans le besoin et dans toutes les structures publiques (auquel 76% des Françaises sont favorables).

73% des répondant·es souhaitent que le secteur privé crée des environnements de travail sans tabou et accueillants pour toutes les personnes qui ont leurs règles avec la mise à disposition de protections d’hygiène intime gratuites dans les entreprises

 

Prise de conscience politique et des avancées

Environ 1 500 distributeurs de protections périodiques gratuites devraient être installés sur les lieux de vie et d’étude des étudiant.e.s en France dès la rentrée prochaine, selon les annonces du gouvernement. "Nous travaillons notamment depuis plusieurs mois et années avec le ministère de la Justice, ce qui nous a permis d’obtenir la gratuité de cinq références de produits d’hygiène intime dans toutes les prisons et établissements pénitentiaires qui accueillent des femmes depuis la rentrée 2020. Ensuite, on a obtenu en février 2020 une expérimentation de gratuité de protections d’hygiène intime pour les plus démunies, qui a été reconduite pour 2021 avec un budget de 5 millions.", se réjouit Tara Heuzé-Sarmini, fondatrice et directrice générale de Règles Élémentaires, sur le site de carenews.com.
 
Au mois de décembre 2020, Emmanuel Macron annonçait des mesures concrètes pour lutter contre la précarité menstruelle à une heure de grande audience devant des millions de Français·es, une première historique pour un Président. "Parce que, quand on voit des femmes qui sont dans la très grande précarité, qui sont à la rue, elles vivent tout ce que vit un homme, d'épuisement physique, de réduction de votre durée de vie, de maladie qu'on contracte, d'humiliation, et elles vivent en plus deux chose, en effet la précarité menstruelle le fait d'avoir des règles dans la rue et de ne pas pouvoir acheter de quoi se protéger et de quoi être digne dans la journée, et puis le viol.", déclarait le chef de l'Etat, le 4 décembre 2020, sur le média en ligne Brut. Quelques jours plus tard, un budget de 5 000 000€ dédié à la lutte contre la précarité menstruelle était voté.

"Aujourd’hui, ce que l’on demande, c’est vraiment la généralisation de la gratuité dans tous les lieux clés accueillant du public en situation de fragilité : les foyers d’hébergement, les hôpitaux, les établissements scolaires… Nous appelons également à une plus grande sensibilisation dès le plus jeune âge sur le sujet des règles et les risques d’une mauvaise hygiène menstruelle et de la précarité menstruelle. Enfin, nous souhaitons une massification de l’installation de distributeurs de protections périodiques dans les lieux privés (comme les bureaux, restaurants, aéroports...) et publics (dans la rue, le métro…), pour que les règles soient visibles et deviennent un non-sujet", ajoute encore la fondatrice de l'association.

(Re)lire notre article >Précarité menstruelle en France : des protections gratuites pour les étudiantes

Covid et précarité : les étudiant.e.s les plus impacté.e.s

Dès le début de la crise sanitaire en mars 2020, la communauté étudiante a été l’une des plus impactées par la pauvreté. Pour rappel 20% des étudiant.e.s vivent sous le seuil de pauvreté. Pour la moitié de cette population estudiantine, une autre charge existe: celle de la précarité menstruelle.

Au vu du manque de données sur ce phénomène, par la FAGE (la Fédération des Associations Générales Etudiantes (FAGE)), l’Association nationale des étudiants sages-femmes (ANESF) et l’Association fédérative des étudiant·e·s picto-charentais·e·s (Afep) ont mené une enquête auprès de plus de 6 000 étudiant·e·s afin de visibiliser un sujet aux enjeux économiques, sociaux et politiques bien trop souvent passé sous silence. Les résultats publiés en février sont sans appel. 
 

Le coût des règles peut aller jusqu’à 20 euros pour la moitié des sondé·e·s à cause des dépenses liées — protections, mais aussi anti-douleurs ou encore linge de rechange. Au terme de cette enquête, des chiffres et témoignages révélateurs d’une réelle détresse sont ressortis: 1 étudiant.e.s sur 10 déclare fabriquer ses propres protections faute de moyens financiers (bouts de tissus, coton, …),  13% des répondant.e.s déclarent avoir dû faire un choix entre des protections menstruelles et des produits de première nécessité (nourriture, gel douche), et 7 % se disent en précarité menstruelle. 

Les conséquences de la précarité menstruelle sont nombreuses, comme le montre encore ce sondage. Tout d’abord il y a un fort impact sur la scolarité des personnes menstruées puisque. Comme le révèle l'enquête, 6 personnes sur 10 déclarent avoir déjà manqué les cours, leurs stages, de peur d’avoir des fuites ou de manquer de protections. Les conséquences sont aussi sanitaires : des étudiant.e.s portent leurs tampons, leurs serviettes plus longtemps que recommandé faute d’en avoir en assez grande quantité, s’exposant à des risques sanitaires comme le syndrome du choc toxique, des cystites, des infections, etc. 

Fin janvier 2020, l'Ecosse est devenu le premier pays au monde à voter la gratuité des protections périodiques. Début mai 2021, l'antenne irlandaise d'une grande enseigne de grande distribution décidait de distribuer gratuitement à l'aide de coupons, une boite de serviettes gratuites à ses clientes.