Terriennes

Davos : les femmes, les grandes "gagnantes" de la pauvreté

Deux vendeuses de rue à Lagos (Nigéria), lors de la Journée mondiale de l'alimentation, le 16 octobre 2012. Dans le monde, les hommes détiennent 50 % de richesses en plus que les femmes, selon Oxfam.<br />
 
Deux vendeuses de rue à Lagos (Nigéria), lors de la Journée mondiale de l'alimentation, le 16 octobre 2012. Dans le monde, les hommes détiennent 50 % de richesses en plus que les femmes, selon Oxfam.
 
©AP Photo/Sunday Alamba

Les femmes sont les grandes perdantes de la répartition mondiale des richesses, estime Oxfam dans son rapport annuel. Peu surprenant quand on sait qu'inégalités économiques et inégalités de genre vont de pair. Pour preuve cette comparaison très parlante : les 22 hommes les plus riches du monde ont plus de richesses que toutes les femmes d'Afrique réunies, avance l'ONG, alors que l'élite économique mondiale se retrouve comme tous les ans à Davos, en Suisse.

"Les femmes et les filles sont parmi ceux qui profitent le moins du système économique actuel", estime Amitabh Behar, responsable d'Oxfam en Inde, au jour de la publication du rapport annuel de l'ONG sur l'état des richesses dans le monde.
 

"Le fossé entre riches et pauvres ne peut être résolu sans des politiques délibérées de lutte contre les inégalités. Les gouvernements doivent s'assurer que les entreprises et les riches paient leur juste part d'impôts", ajoute la responsable d'Oxfam en Inde, qui représentera l'ONG cette année au Forum de Davos.

Tout au sommet de la pyramide, des milliards de dollars se retrouvent entre les mains d'un très petit groupe de personnes, principalement des hommes.
Oxfam

Comme elle le fait traditionnellement, c'est à la veille de l'ouverture du sommet économique de Davos (World Economic Forum) que l'ONG publie son rapport annuel sur les inégalités mondiales. Ce 50ème rendez-vous de l'élite économique et politique du globe intervient après une année 2019 marquée par de grands mouvements de contestation sociale du Chili au Moyen-Orient, en passant par la France.
Selon Bloomberg, au moins 119 milliardaires - dont la fortune globale est estimée à environ 500 milliards de dollars (451 milliards d'euros) - y sont attendus.

"Tout au sommet de la pyramide, des milliards de dollars se retrouvent entre les mains d'un très petit groupe de personnes, principalement des hommes", déplore Oxfam dans son rapport baptisé cette année, "Celles qui comptent".

Des femmes manifestent dans les rues de Nairobi, au Kenya, contre les inégalités et pour réclamer la fin de l'"âge de la cupidité", le 17 janvier 2020.
Des femmes manifestent dans les rues de Nairobi, au Kenya, contre les inégalités et pour réclamer la fin de l'"âge de la cupidité", le 17 janvier 2020.
©AP Photo/Ben Curtis
©Oxfam
La richesse mondiale en chiffres ....

Selon les chiffres d'Oxfam, dont la méthodologie s'appuie sur les données publiées par la revue Forbes et la banque Crédit suisse mais reste contestée par certains économistes, 2.153 personnes disposent désormais de plus de richesses que les 4,6 milliards les plus pauvres de la planète.


La richesse des 1% les plus riches de la planète correspond à plus de fois la richesse de 90 % de la population mondiale, soit 6,9 milliards de personnes.

Les deux tiers des milliardaires tirent leur richesse d’un héritage, d’une situation de monopole ou de népotisme.

Dans le monde, les hommes détiennent 50 % de richesses en plus que les femmes.

Les 22 hommes les plus riches du monde ont maintenant plus de richesses que toutes les femmes en Afrique

En France, 7 milliardaires possèdent plus que les 30 % les plus pauvres, ils étaient 8 l’année dernière. Les 10 % les plus riches possèdent 50 % des richesses du pays.

Une économie injuste et sexiste

Selon les calculs d'Oxfam, 42% des femmes dans le monde ne peuvent avoir un travail rémunéré "en raison d'une charge trop importante du travail de soin qu'on leur fait porter dans le cadre privé/familial", contre seulement 6% des hommes.

Or, entre ménage, cuisine et collecte de bois et d'eau dans les pays du Sud, "la valeur monétaire du travail de soin non rémunéré assuré par les femmes âgées de 15 ans ou plus représente au moins 10.800 milliards de dollars chaque année, soit trois fois la valeur du secteur du numérique à l'échelle mondiale", estime l'ONG.

Une femme vend des fleurs et des bonbonnes d'eau à Sangam, en Inde, le 4 janvier 2020.
Une femme vend des fleurs et des bonbonnes d'eau à Sangam, en Inde, le 4 janvier 2020.
©AP Photo/Rajesh Kumar Singh

Parmi les mères de famille monoparentale qui travaillent, plus d’une sur quatre est pauvre.

Les inégalités économiques s'appuient aussi sur des inégalités de genre.
Pauline Leclère, porte-parole d'Oxfam France

"Les femmes sont en première ligne des inégalités à cause d'un système économique qui les discrimine et les cantonne dans les métiers les plus précaires et les moins rémunérés, à commencer par le secteur du soin", insiste Pauline Leclère.

"Les inégalités économiques s’appuient aussi sur des inégalités de genre", estime Pauline Leclère sur le site 20 minutes. "Partout dans le monde, dans les pays en voie de développement aussi bien qu’en France, ce travail de soin, peu ou non rémunéré, est assuré de façon disproportionnée par des filles et des femmes. C’est du temps qu’elles ont en moins pour s’éduquer, participer à des activités politiques et sociales, prospérer économiquement", précise-t-elle.

Des femmes jordaniennes cousent des jeans pour le marché américain dans une usine de confection du village de Kitteh, dans le nord de la Jordanie (le 20 mai 2015). L'usine a créé des emplois dans une région où ils étaient jusu'ici largement réservés aux hommes, les femmes restant chez elles.<br />
 
Des femmes jordaniennes cousent des jeans pour le marché américain dans une usine de confection du village de Kitteh, dans le nord de la Jordanie (le 20 mai 2015). L'usine a créé des emplois dans une région où ils étaient jusu'ici largement réservés aux hommes, les femmes restant chez elles.
 
©AP Photo/Raad Adayleh

L'ONG milite pour des systèmes de fiscalité plus progressistes ainsi que pour une lutte efficace contre l'évasion fiscale, "ou encore, en particulier en France, par la suppression des niches fiscales qui bénéficient disproportionnellement aux grandes entreprises sans bénéfice pour l’économie", ajoute Pauline Leclère dans cet entretien. Pour elle, il faudrait réinvestir l'argent ainsi récupéré dans les services publics, ce qui permettrait de "rééquilibrer la responsabilité du travail de soin qui incombe le plus souvent aux filles et aux femmes". La lutte contre les inégalités femmes-hommes dans le monde du travail est une des priorités mise en avant de ce rapport 2020, comme le précise la responsable France d'Oxfam, qui prône notamment une "augmentation significative du congé paternité afin de limiter le 'risque maternité' discriminant les femmes sur le marché du travail".

"Notre modèle économique défaillant a mis un pouvoir et une richesse considérable entre les mains d’une élite fortunée, notamment en exploitant le travail des plus pauvres, en première ligne desquels les femmes et les filles, et en violant leurs droits de façon systématique", lit-on encore sur le site d'Oxfam France.

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<div class="item-date">Dessin de Chappatte dans Le Temps, le 19 septembre 1998.</div>
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Dessin de Chappatte dans Le Temps, le 19 septembre 1998.
©Chappatte/LeTemps

L'ONG pointe particulièrement la situation en France : "les femmes occupent 78 % des emplois à temps partiel et 70 % des CDD et des intérims. Les femmes occupent 95 % des emplois d’assistant-e-s maternelles, d’employé-e-s de maisons, d’aides à domicile, d’aides-ménagères et de secrétaires. Lorsque des politiques d’austérité viennent affaiblir les services publics, les femmes sont les premières à en payer le prix".

En France, Oxfam demande à Emmanuel Macron de prendre des mesures pour enrayer la précarité des femmes, notamment "en valorisant les rémunérations dans les métiers à prédominance féminine notamment dans les métiers du soin". Un débat au coeur du mouvement de contestion actuel contre la réforme des retraites : l'ONG milite pour la suppression "des systèmes de décote pour les carrières incomplètes" et le retour à "un calcul de la pension basé sur les meilleures années pour prendre en compte la réalité de l’emploi des femmes, notamment les carrières hachées".