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Décès de la militante kenyane des droits humains Caroline Mwatha : un accident, vraiment ?

Selon la police, la militante des droits humains Caroline Mwatha, qui travaillait à Dandora, un quartier pauvre de Nairobi, serait décédée des suites d'un avortement raté.
Selon la police, la militante des droits humains Caroline Mwatha, qui travaillait à Dandora, un quartier pauvre de Nairobi, serait décédée des suites d'un avortement raté.
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Selon la police, la militante des droits humains Caroline Mwatha, qui travaillait à Dandora, un quartier pauvre de Nairobi, serait décédée des suites d'un avortement raté.
Des membres du centre de justice sociale Dandora manifestent devant la morgue de la ville de Nairobi, au Kenya, le mercredi 13 février 2019. Ils doutent de la version officielle de la mort de Caroline Mwatha.<br />
 

Le corps d'une militante des droits humains, portée disparue depuis une semaine au Kenya, a été retrouvé dans une morgue de Nairobi. Selon la police, sa mort serait due à une tentative d'avortement, interdit dans le pays. La famille de la jeune femme doute de la version des autorités et demande que toute la lumière soit faite.

Caroline Mwatha était portée disparue depuis le 6 février 2019. L'ONG Amnesty International, qui a signalé sa disparition, a rapidement fait part de ses vives inquiétudes, la militante étant engagée dans la dénonciation des exécutions extrajudiciaires pratiquées par la police kenyane.
 
Mardi 12 février, la police annonce avoir retrouvé le corps de la jeune femme dans une morgue de la capitale, Nairobi. Les autorités indiquent que les enquêtes conduites sur les causes de la mort de la jeune femme ont mis en évidence "un avortement prévu d'une grossesse de cinq mois". Or au Kenya, l'avortement est illégal, sauf si la vie de la femme est en danger. Plus de 400 000 avortements y sont cependant pratiqués chaque année, estime le gouvernement.
 
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Selon un communiqué du directeur des enquêtes criminelles George Kinoti, Caroline Mwatha aurait échangé avec un petit ami qui lui aurait envoyé 60 dollars (53 euros) pour financer un avortement. Le communiqué précise également qu'elle aurait été admise à la morgue sous un faux nom jeudi dernier et que six personnes, dont le propriétaire de la clinique, un médecin et le petit ami présumé, ont été arrêtées.
 

La famille de Caroline Mwatha et le centre de justice sociale où travaillait la jeune femme ont des doutes sur la cause annoncée de la mort de la militante. Elle dénoncait en effet la violence étatique, les brutalités policières et les exécutions extrajudiciaires impunies.
 

Une mort suspecte selon sa famille

"Caroline n'était pas enceinte, comment aurait-t-elle pu avorter ?", a déclaré son père, Stanslus Mbai. "C'est très étrange parce que j'ai regardé le corps. Elle a une coupure profonde à la cuisse et au ventre. C'est un avortement ?", a-t-il ajouté. Il a également indiqué avoir reçu un appel manqué depuis le numéro de téléphone de sa fille, alors qu'elle était déjà morte selon la police. "Beaucoup de choses clochent. C'est une tentative d'étouffement. Nous voulons la vérité et rien que la vérité", a-t-il dit, exigeant "une autopsie indépendante pour connaître la vérité".
 

Des membres du centre de justice sociale Dandora manifestent devant la morgue de la ville de Nairobi, au Kenya, le mercredi 13 février 2019. Ils doutent de la version officielle de la mort de Caroline Mwatha.<br />
 
Des membres du centre de justice sociale Dandora manifestent devant la morgue de la ville de Nairobi, au Kenya, le mercredi 13 février 2019. Ils doutent de la version officielle de la mort de Caroline Mwatha.
 
AP Photo/Khalil Senosi

Selon les médias kenyans, l'autopsie menée jeudi 14 février sur le corps de la jeune femme a conclu, comme l'affirmaient les autorités, qu'elle est décédée des suites d'un avortement clandestin.