Terriennes

Des femmes démineuses en Afghanistan, une première

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Reportage M. Benn, A Fouchard - Durée : 3'49" © TV5MONDE

Longtemps la province la plus touristique de l'Afghanistan, aujourd'hui ravagée par des décennies de guerre, la région montagneuse de Bamiyan n'accueille  plus grand monde. Alors pour redorer son blason, une équipe de femmes démineuses est à pied d'oeuvre pour que cette région devienne la première du pays entièrement déminée. Une initiative de l'ONU, qui détonne, dans un pays où cette tâche est traditionnellement réservée aux hommes.

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De vastes vallées, des sommets enneigés et des montagnes, jadis paradis des randonneurs aujourd'hui inaccessibles. C'est dans ce cadre, dès les premières lueurs du jour, que commence la journée de Zohra Rezaie, l'une des toutes premières femmes démineuses d'Afghanistan.

Avant de s'élancer avec son équipe de démineuses sur les flancs de ces montagnes, piégées pendant la guerre civile des années 80, une prière s'impose. Il est 6 heures 30 du matin, le thermomètre n'affiche pas plus de 4 degrés.

Avec chacune une dizaine de kilos de matériel, il faudra plus de trente minutes d'ascension à près de 3 000 mètres d'altitude à l'équipe, avant qu'elle n'atteigne le sommet et... un drapeau rouge. Le signe qu'à partir de cet endroit, les mines antipersonnel ont pris possession du territoire.

Pendant la guerre civile, les moudjahidin avaient un poste de combat ici. Pour empêcher des attaques d'autres groupes depuis la vallée, ils ont mis des mines partout dans cette zone.

Mohammad Khaalim Salim, superviseur pour le Danish Demining Group

La rigueur est de mise, car au moins trois accidents ont eu lieu ici. Zohra enfile sa combinaison de protection et fouille la terre, centimètre par centimètre. À la moindre résistance, il faut s'arrêter. Depuis qu'elle travaille ici, cinq mines antipersonnels et des centaines de munitions ont été retrouvées.

 

La région de Bamiyan en Afghanistan
La région de Bamiyan en Afghanistan
© Capture écran Google Maps

Il faut faire attention en permanence, pour ne pas passer à côté d'une mine. C'est un travail difficile, on a pas le droit à l'erreur. Si je commets une erreur, ce sera ma dernière.

Zohra Rezaie, démineuse

Déminer est un travail long, fastidieux, et souvent solitaire. Mais ce petit groupe est devenu très soudé, car avant de pouvoir devenir démineuse, il a fallu convaincre.

Nos proches étaient surpris que l'on veuille réaliser ce métier, parce qu'on est des femmes. Mais on peut faire la même chose que les hommes : on a été formées pour être démineuses, pour travailler en sécurité, et finalement on a réussi à les rassurer.

Gulandem Musheni, démineuse

En six mois, ces femmes ont déminé plus de vingt hectares. Après leur journée de travail, c'est dans une salle de classe qu'elles se retrouvent toutes pour un cours d'anglais. Car démineuse n'est qu'une carrière temporaire pour Zohra Rezaie, qui espère "que les touristes reviendront" une fois la zone déminée.

Des majestueux lacs de Band-e Amir jusqu'aux vestiges des Bouddhas de Bamiyan, classés au patrimoine mondial de l'Unesco, la région regorge de richesses. Ces falaises et ces Bouddhas, dynamités par les talibans en 2001, pourraient grâce au travail des démineuses, redevenir l'un des joyaux d'Asie centrale les plus visités.