Terriennes

Des seins dénudés et presque libérés sur Instagram

Nyome Nicholas Williams, l’influenceuse britannique qui a fait plier Instagram sur la nudité.
Nyome Nicholas Williams, l’influenceuse britannique qui a fait plier Instagram sur la nudité.
©Instagram/@curvynyome

Les seins pourront désormais se dévoiler sur Instagram, mais à condition qu'ils soient "enveloppés"... Une victoire que l'on doit à Nyome Nicholas William, mannequin grande taille et influenceuse britannique. Le réseau social avait censuré ses clichés cet été, suscitant une nouvelle polémique, suivie d'une fervente mobilisation des internautes. 

Dénudées, libérées ! Ou presque... Le réseau social Instagram cède finalement sous la pression des internautes et annonce qu’il mettra à jour sa politique sur la nudité. Une nouvelle qui survient trois mois après qu’une photo de la mannequin "dite grande taille" Nyome Nicholas-Williams, dénudée, a été retirée de la plateforme.

Tout n'est pas totalement gagné car la décision d'Instagram est assortie de certaines conditions. "Nous n'autorisons pas le fait de se compresser les seins car c'est souvent associé à du contenu pornographique, mais nous savons que nous avons commis des erreurs dans la manière dont cela a été appliqué, notamment à l'égard de la communauté grande taille", a dit une porte-parole du réseau social dans un communiqué transmis à l'AFP.

#IWantToSeeNyome  #JeVeuxVoirNyome

La mannequin ne pouvait rester les bras croisés après qu’Instagram a censuré l’une de ses photos en juillet dernier, plaidant qu’elle enfreignait sa politique sur la pornographie et la nudité. Sur ce cliché, la mannequin taille + britannique pose partiellement nue sur un tabouret et enveloppe ses seins dans ses bras. Une image jugée pornographique par le réseau social, selon sa politique sur le serrement des seins. 

La plateforme est régulièrement accusée de pudibonderie, et surtout de manque d'objectivité dans l'application de ses règles sur la nudité. Celles-ci interdisent notamment les "gros plans sur des fesses complètement exposées" et les "mamelons de femmes découverts". Le règlement de la plateforme condamne également le "breast squeezing", soit le fait d'exercer une pression sur sa poitrine dans le but de la grossir. Instagram associe ce geste à l'imagerie pornographique.

En compagnie de sa photographe Alexandra Cameron et de la militante Gina Martin, Nyome Nicholas-Williams a décidé de monter au front et de lancer la campagne #IWantToSeeNyome.

L’objectif était de mettre en lumière l’inégalité des décisions d’Instagram envers des photos similaires. Selon la mannequin, la plateforme n’est pas aussi sévère avec les photos de femmes blanches minces dans des poses identiques ou semblables.

Lors de cette campagne, les internautes étaient invité-e-s à reposter la photographie retirée sur les réseaux sociaux en utilisant le mot-dièse #IWantToSeeNyome. La comédienne australienne Celeste Barber s’est aussi prêtée au jeu en se dénudant pour prendre une pose identique à celle publiée par une mannequin plus mince. Sa photo a également été retirée d’Instagram.

Pendant ce temps, une pétition appelant à un changement de politique sur les réseaux sociaux a été lancée sur Change.org et a récolté quelque 22 000 signatures.

Nyome Nicholas-Williams a aussi cosigné avec des vedettes une lettre ouverte dénonçant cette politique, ce qui a attiré l’attention du PDG d’Instagram, Adam Mosseri.

Tétons cachés et non pincés

La campagne #IWantToSeeNyome a porté ses fruits : la société mère Facebook a accepté de modifier sa politique sur le serrage des seins afin de garantir que tous les types de corps soient traités équitablement, et ce à compter du 28 octobre 2020.

"Le réseau social a pu modifier les conditions sur la compression des seins. Cela signifie qu'il peut faire la différence entre le fait de tenir les seins et de les presser – l'un étant une forme d'art et l'autre étant pornographique", commente Nyome Nicholas-Williams.

Avec la nouvelle mise à jour, les contenus dans lesquels une personne enlace, tient ou cache simplement sa poitrine seront autorisés. Mais la censure continuera de sévir sur les pressions exercées sur la poitrine dans un but pornographique. Pour faire la différence, le réseau social se basera sur le degré de pression exercée par les mains : sera interdit le "pliage de doigts en un mouvement de pression, ce qui entraînera un changement de forme des seins", décrit Instagram dans un communiqué. En cas de doute, les modérateurs devront laisser les photos en ligne. "Avoir des retours de membres de la communauté 'body positive' nous a aidés à comprendre les limites de cette politique et comment nous pouvions l'améliorer", a précisé la porte-parole d'Instagram.

"Espérons que ce changement de politique mettra fin à la censure des corps noirs et gros", a dit la mannequin sur Instagram. "C'est juste le début, il y a encore beaucoup de travail à faire. Instagram et Facebook font un pas dans la bonne direction", ajoute-t-elle. 

Une décision qui a aussitôt fait réagir sur les réseaux sociaux. Si la DJ française Leslie Barbara Butch salue ce changement, elle émet néammoins quelques doutes et décide de mettre au défi Instagram et Facebook. "Et si du coup on lancait un ptit challenge pour verifier tout ca ? Pour vérifier que c'est pas encore une fois du bullshit de la part de fb /insta ?", écrit-elle sur son compte Instagram, postant une photo d'elle, nue dans une piscine, la poitrine dissimulée par un ballon. "Et on verra si c'est vrai ou que des paroles en l'air. Pour nous calmer", ajoute-t-elle, avec ce nouveau mot dièse #squeezit, traduire "presse-le". Alors la nouvelle bataille sera-t-elle celle du téton compressé ou non ?