Terriennes

Des tampons gratuits contre la précarité financière liée aux règles : l’Ecosse à l'avant-garde. Et ailleurs ?

L'Ecosse devient le premier pays au monde à fournir gratuitement des protections hygiéniques à ses étudiantes.
L'Ecosse devient le premier pays au monde à fournir gratuitement des protections hygiéniques à ses étudiantes.
(c) Pixabay

Le 24 août 2018, le gouvernement écossais devenait le premier à fournir gratuitement des protections hygiéniques aux étudiantes. Deux mois plus tôt, le 28 juin 2018, c’est son homologue anglais qui ouvrait le débat sur le coût de ces produits spécifiquement féminins, après l'interpellation d'une députée sur ce sujet encore tabou. 

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En réaction au coût trop élevé des protections hygiéniques, entraînant une inaccessibilité à ces produits considérés comme de première nécéssité, le Royaume-Uni n'avait pas tardé à réagir à l'interpellation de la députée travailliste Danielle Rowley sur la "précarité menstruelle". La secrétaire d’Etat chargée des Femmes et de l’Egalité, Victoria Atkins, avait annoncé aussitôt que « le gouvernement de Theresa May était déterminé à supprimer la TVA sur les protections hygiéniques quand nous quitterons l'Union européenne (fin mars 2019, ndlr), ce qui aidera (à réduire) les coûts des protections hygiénique ». Mais il n'était pas question de gratuité... 

A relire sur le coup d'éclat de Danielle Rowley :
Femmes en politique : les députées, aussi, ont leurs règles

Une première nationale 

En Ecosse, pour lutter contre la précarité liée aux règles, le gouvernement va plus loin et vient de lancer un projet « free-tampons » (tampons gratuits), afin de permettre aux 395 000 étudiantes du pays de recevoir des protections hygiéniques gratuites. 

Le dispositif avait déjà été testé à Aberdeen, une ville au Nord de l’Ecosse, où les femmes qui n’avaient que de faibles revenus avaient accès gratuitement à des serviettes hygiéniques et tampons. L’ancienne secrétaire du cabinet pour les communautés, la sécurité sociale et les égalités, Angela Constance, avait affirmé que « Le projet-pilote à Aberdeen nous a aidés à comprendre les obstacles que rencontrent certaines personnes dans leur accès aux produits d'hygiène périodique. Au total 1 082 femmes et jeunes filles ont participé et nous ont aidé à identifier les différentes façons de rendre les produits gratuits facilement disponibles pour qui en a besoin ».
Un projet qui s’élèverait à un coût de 5,2 millions de livres, soit 5,7 millions d’euros.

Un sujet encore tabou

Des protections hygiéniques trop chères et pas assez accessibles, un sujet encore tabou puisqu’il touche les femmes dans leur intimité. 
Un hashtag (mot dièse) a été le moteur d’une campagne sur les réseaux sociaux. Derrière #periodpoverty - pauvreté financière liée à l'accès aux protections hygiéniques -, une campagne de collecte de produits d’hygiènes dont des serviettes et tampons, lancée à l’origine au Royaume-Uni, s’est étendue aux Etats-Unis. Period Poverty est une référence au manque d’accès aux produits d’hygiène dû à de faibles ressources financières. C’était le cas en Angleterre où une étude menée par Plan International UK révèle qu’au Royaume-Uni, une femme sur 10 a déjà rencontré des difficultés pour s’acheter des protections hygiéniques et 12% d’entre elles ont déjà eu recours à des protections hygiéniques fabriquées à partir de vêtements en raison de question d’accessibilité.

La précarité menstruelle, une définition en images : 

Des initiatives locales qui voient le jour

Si au niveau national, l’Ecosse reste le premier gouvernement à distribuer gratuitement des protections hygiéniques, certaines initiatives locales voient le jour. C’est le cas notamment aux Etats-Unis. Le 25 mai 2016, un projet de loi qui visait à mettre fin aux taxes sur les tampons et les serviettes hygiéniques avait été approuvé par les législateurs new-yorkais et avait reçu le soutien du gouvernement. En Avril dernier (2018), le gouverneur Andrew Cuomo annonçait sur Twitter l'accès gratuit aux protections hygiéniques gratuites pour les étudiantes des écoles publiques :
D’autres villes aux Etats-Unis, comme Nashville (Tennessee) ont lancé sur les réseaux sociaux un appel aux dons pour les produits hygiéniques, en mentionnant le hashtag #periodpoverty.
"Nous en sommes encore au processus de collecte de protections hygiéniques pour le projet Nashvile et chaque donation compte. Notre but est d'éveiller les consciences de la communauté  en fournissant aux filles des écoles publiques de Nashville des protections hygiéniques. S'il vous plaît, donnez autant de produits hygiéniques que vous pouvez cette semaine. Il y a des boîtes situées à l'entrée pour les déposer."

Et en France, où en est-on ?

En 2015, après des mois de protestation de la part de collectifs féministes, le gouvernement français avait décidé d’abaisser le taux de la TVA sur le prix des protections hygiéniques, de 20% à 5,5%. Ces protections étant considérées comme de première nécessité.

Aujourd'hui en France, pas d’accès gratuit aux protections hygiéniques au niveau national, mais certaines initiatives voient le jour. C’est le cas d’une mutuelle (La Mutuelle des Etudiants) qui a choisi de rembourser à hauteur de 20 à 25 euros l’achat de protection hygiéniques, le 19 avril 2018.