Terriennes

« Devenir » de Michelle Obama, un livre de candidate à la Maison Blanche ?

Michelle Obama lors de l'une des nombreuses signatures organisées pour son livre "Devenir", à New York, le 30 novembre 2018. Les ventes aux et au Canada ont atteint 2 million d'exemplaires en seulement deux semaines de vente.
Michelle Obama lors de l'une des nombreuses signatures organisées pour son livre "Devenir", à New York, le 30 novembre 2018. Les ventes aux et au Canada ont atteint 2 million d'exemplaires en seulement deux semaines de vente.
(AP Photo/Richard Drew)

Publié le 13 novembre 2018, au même moment partout dans le monde, traduit dans une trentaine de langues, ces mémoires de Michelle Obama étaient très attendues. Cette femme ne laisse personne indifférent : ceux qui l’aiment vont aimer le livre, ceux qui la détestent y trouveront tout ce qu’ils veulent pour la critiquer. Catherine François, au Québec, l'a lu pour Terriennes. 

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C’est un livre authentique et sincère, à l’image de celle qui a marqué, avec son mari, l’histoire des États-Unis, et qui nous replonge aussi, avec une certaine nostalgie, dans ces huit années des Obama à la Maison-Blanche. Au delà des critiques parfois acerbes, mais le plus souvent laudatives, l'ouvrage a pulvérisé les deux millions d'exemplaires vendus aux Etats-Unis et au Canada réunis en seulement deux semaines. 
 

Un record annoncé haut et fort, et dans toutes les langues, sur tous les réseaux sociaux du monde par exemple ci-dessous en slovaque : " 'Becoming', l'autobiographie de l'ancienne première dame américaine Michelle Obama, est devenue un hit. L'éditeur américain Crown Publishing enregistre des ventes massives."   

Origines modestes et "boot camps" entre copines

Michelle Obama, née Robinson, vient d’un milieu modeste, des origines qui ont eu un impact majeur dans sa vie et dont elle aime se rappeler. Elle a grandi dans le quartier South Side de Chicago, qui s’est progressivement vidé de sa population blanche pour devenir de plus en plus pauvre et violent au fil des années (blanc à 96% en 1950, noir à 96% en 1981). Elle prend le temps, dans ce livre, de raconter ses origines, de décrire son environnement familial, son frère aîné Craig, avec qui elle a une relation privilégiée et une grande complicité, son père Fraser, qui se fait diagnostiquer la sclérose en plaques dans la quarantaine et qui va en mourir des années plus tard, sa mère Marian, aimante, au foyer qui va lui suivre plus tard à la Maison-Blanche, sa grande-tante Robbie, qui lui donne des cours de piano mais avec qui elle a des relations conflictuelles, son grand-père qui lui apprend l’amour du jazz et de la musique, etc.

Mes amies m’aidaient à me retrouver, comme elles l’ont toujours fait et le feront toujours.

On suit la petite Michelle à l’école primaire, puis le secondaire, avec ses copines qu’elle se fait d’années en années : l’amitié est importante pour elle, elle les développe, les cultive, et elle est fidèle en amitié. Quand elle sera à la Maison-Blanche, elle mettra en place des « boot camps » avec ses meilleures amies à Camp David, des fins de semaine entre femmes où elles ne pensaient qu’à elles et à se faire plaisir, faire du sport, se parler de leurs vies, etc. « Mes amies m’aidaient à me retrouver, comme elles l’ont toujours fait et le feront toujours. Elles me regonflaient à chaque fois que je n’avais pas le moral, que j’étais frustrée ou que je voyais moins Barack. Elles me ramenaient à la réalité quand j’en avais assez d’être jugée, de voir mes moindres faits et gestes disséqués et commentés, depuis mon choix de vernis à ongles jusqu’à mon tour de hanche. Et elles m’aidaient à tenir dans les grandes bourrasques qui me tombaient parfois dessus sans prévenir ». Fidèle en amitié Mme Obama… 

Le besoin de se surpasser

C’est la question qui a guidé la jeune Michelle durant ses études et qu’elle va continuer à se poser après. C’est une battante : petite, elle n’a pas hésité à se battre avec une autre petite fille pour se faire respecter. L’envie de réussir et d’être la meilleure, de prouver qu’elle est capable d’aller là où elle veut, l’anime depuis son plus jeune âge. Un besoin inné de se surpasser, toujours et encore, de donner le maximum pour aller encore plus haut et toujours plus loin. « Avec le recul, je crois que mes parents appréciaient ma pugnacité et je leur en sais gré. C’était une flamme qui brûlait en moi et qu’ils s’employaient à entretenir » précise-t-elle.

Quand une conseillère d’orientation du lycée lui jette, sur un ton méprisant, qu’elle doute de sa capacité à intégrer l’Université de Princeton, dans le New Jersey, Michelle se braque : « Je vais te montrer ce dont je suis capable » a été sa réponse immédiate.

Femme noire dans un univers masculin et blanc

Elle intègre Princeton, université masculine et blanche à 90%, où elle va donner son 110% parce qu’elle est en minorité, ET parce qu’elle est femme, ET parce qu’elle est noire : « Ça pompe de l’énergie d’être le seul Noir dans une salle de cours ou l’un des rares non-Blancs à passer une audition pour une pièce ou à être admis dans une équipe de sport » écrit-elle.  

Elle revient souvent, dans son livre, sur le fait qu’être NOIRE et FEMME implique qu’on a encore moins le droit à l’erreur, qu’on est encore plus scrutée à la loupe, que tout travers est doublement critiqué, surtout quand on se retrouve à la Maison-Blanche. C’est d’ailleurs parce qu’elle est la première noire à devenir  « first lady » qu’elle va mettre un soin maniaque à son apparence : comment s’habiller, se coiffer, se maquiller, parce que, explique-t-elle, elle savait qu’elle n’avait aucun droit à l’erreur et que le fil sur lequel elle marchait était très mince. Pas facile d’être en permanence scrutée à la loupe, évaluée, jugée et jaugée, cela lui a d’ailleurs pesé.

Durant la première campagne électorale présidentielle de son mari, elle n’a pas été épargnée : ses détracteurs se sont fait un malin plaisir à la dénigrer en la qualifiant de « femme noire en colère » (« black angry women »), une image qui lui a longtemps collé à la peau et dont elle mettra du temps à se débarrasser.

La couleur de notre peau nous rendait vulnérables. Nous devrions faire avec durant toute notre vie

Le problème du racisme latent envers la communauté africaine-américaine est abordé de front aussi dans son livre, elle explique qu’elle y a été confrontée dès son plus jeune âge. Son frère par exemple se fait offrir un beau vélo avec lequel il va se promener dans un parc de Chicago, mais il se fait arrêter par la police qui croit, parce qu’il est noir, qu’il a volé le vélo : « La couleur de notre peau nous rendait vulnérables. Nous devrions faire avec durant toute notre vie » commente l’ex-première dame des États-Unis.

Elle analyse aussi très bien le racisme latent aux États-Unis à l’égard de la communauté afro-américaine et le clivage qui persiste au sein de la société américaine : « Depuis plus de six ans, Barack et moi avions conscience d’être, par nous-mêmes, une provocation. Alors que, dans tout le pays, les minorités s’imposaient peu à peu dans le monde de la politique, des affaires et de l’industrie du divertissement, notre famille était devenue l’exemple le plus en vue de ce rééquilibrage. Notre présence à la Maison-Blanche avait été saluée par des millions d’Américains, mais elle a aussi ravivé un sentiment de peur et de ressentiment dans un autre pan de la société. La haine était ancienne, profondément enracinée, et plus dangereuse que jamais ». Réflexion on ne peut plus juste et pertinente au regard de tout ce qu’il se passe aux États-Unis depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump…

L'autobiographie de Michelle Obama a été traduite dans le monde entier, comme en français ou en arabe (pour la France, éditions Fayard, 520 pages, 24€50)
L'autobiographie de Michelle Obama a été traduite dans le monde entier, comme en français ou en arabe (pour la France, éditions Fayard, 520 pages, 24€50)

La rencontre avec Barack, « cet homme exceptionnel »

On va se le dire : le livre prend une toute autre tournure dès que le mot Barack y apparaît. Car il est intéressant de voir le regard que porte Michelle sur son homme. Elle explique comment ce jeune stagiaire dont elle était la tutrice alors qu’elle travaillait dans un grand cabinet d’avocats de Chicago l’a progressivement séduite par son charme tout à fait irrésistible, son intelligence, son érudition, sa personnalité, sa désinvolture, son inébranlable confiance en lui et en son avenir, et cette complicité intellectuelle qui s’est développée de jour en jour entre eux.

« Barack était un garçon sérieux qui ne se prenait pas au sérieux. Il avait des manières désinvoltes, mais un esprit puissant (…) Cet homme constituait un mélange irrésistible de douceur et de rationalité » raconte Michelle. « Je me suis prise à admirer Barack pour sa confiance en lui et son sérieux. Il était rafraîchissant, non conformiste et d’une étrange élégance. Mais pas une seconde je n’ai pensé que nous pourrions sortir ensemble ».

Je peux t’embrasser ? m’a-t-il demandé. Alors je me suis penchée vers lui, et tout a été clair

Elle résiste pendant plusieurs semaines, parlant de lui comme d’un ami et un « frère d’armes », elle, la femme rationnelle qui avance dans sa vie comme un bulldozer sur un chantier. Mais elle ouvre les vannes à partir du moment où ils échangent leur premier baiser après avoir mangé une glace par une chaude soirée d’été à Chicago. « Je peux t’embrasser ? m’a-t-il demandé. Alors je me suis penchée vers lui, et tout a été clair ».  Ce qui est clair, c’est que ce baiser a changé la vie de Michelle : Barack va la faire dévier de cette trajectoire toute tracée qu’elle suivait méthodiquement étape après étape depuis des années. Il va l’emmener dans des sphères où elle n’aurait jamais envisagé aller et elle va aussi lui permettre d’y aller, dans ces sphères.

Ils sont très différents l’un de l’autre mais ils se complètent : il est solitaire, c’est un intellectuel et un idéaliste, il a confiance en lui et en ses idées. Elle est sociale, pragmatique, elle se remet sans cesse en question et se demande toujours si elle est et va être à la hauteur. Il est bordélique, elle est « une maniaque du détail et de l’ordre », elle est ponctuelle comme une horloge, il a du mal à gérer son temps, etc.

Pour l’anecdote, elle raconte que « Barack fait partie de ceux qui ont besoin d’un trou, d’un petit terrier bien clos où lire et écrire sans être dérangé ». Une sorte de sanctuaire donc dans lequel il allait se réfugier, peu importe où ils habitaient, mais Michelle exigeait qu’il y ait une porte pour y accéder car elle ne voulait pas voir le fouillis que le dit trou contenait.

Le mariage, cette pomme de discorde

Pendant deux ans, ils vont s’aimer à distance : Barack finit son université à Harvard, Michelle travaille dans son bureau d’avocats, où elle n’est pas heureuse du tout d’ailleurs. Elle a eu le temps de réaliser que la pratique du droit, ce n’est pas pour elle, trop théorique, ascétique, surtout dans la branche du droit des affaires et des entreprises dans laquelle travaille son cabinet. Elle veut s’impliquer au sein de la communauté, travailler davantage avec les gens et pour les gens, et elle est prête à abandonner les avantages financiers conférés par le statut  d'avocat aux Etats-Unis, pour se réaliser professionnellement. C’est ainsi qu’elle va décrocher un emploi au sein de la mairie de Chicago.

Barack va la soutenir dans ce changement de carrière. La question du mariage arrive assez rapidement entre eux : elle y tient mordicus, lui, beaucoup moins conformiste, n’en voit pas l’utilité. Le sujet est délicat dès qu’ils l’abordent, Michelle est une femme de tête qui n’aime pas qu’on lui résiste ou qu’on la contrarie.

Un soir, de sortie dans leur restaurant préféré, il lui joue un coup pendable : il attaque la conversation en lui répétant qu’il ne voyait vraiment pas le besoin de se marier. Elle riposte illico, et ils débattent âprement de la question durant tout le repas. Quand arrive le dessert, Michelle découvre un anneau dans son assiette et Barack met le genou à terre dans le restaurant en lui faisant ENFIN sa demande. Il l’a bien eue ! « Bien, a-t-il dit avec désinvolture. Voilà qui devrait te clouer le bec ». Facétieux ce Barack… Ils se sont mariés en 1992, un gros mariage, avec quelque 300 personnes, et une très belle fête

L'entrée en politique : Barack contre Michelle 

La politique titille Barack depuis un petit moment déjà, alors quand, en 1996, l’opportunité se présente de devenir sénateur de l’Illinois, il n’y résiste pas. Michelle est contre. Elle n’aime pas la politique, pour ne pas dire qu’elle la déteste viscéralement. Elle croit que son mari n’a pas la carapace d’un politicien et qu’il va « se faire dévorer tout cru ».

Mais Barack est un grand idéaliste qui veut essayer de faire avancer les choses et d’améliorer la vie de ces concitoyens : « C’était un homme bon qui voulait contribuer à la bonne marche du monde » écrit-elle. 

Michelle Obama raconte dans ce livre ce dilemme auquel elle sera rapidement confrontée avec son mari : accepter de soutenir les candidatures successives de Barack à différents postes politiques alors qu’elle sait tous les sacrifices que cela va lui imposer à elle, femme professionnelle, indépendante et fière revendicatrice de cette indépendance, et à leur famille. «  Dans un monde idéal (dans mon monde idéal en tous cas), Barack deviendrait quelque chose comme responsable d’une fondation, une activité où il pèserait sur des sujets importants et rentrerait dîner à la maison tous les soirs » avoue-t-elle. Et certainement pas un politicien. A chaque occasion qui s’est présentée à lui au cours de sa carrière de politicien, il lui demandait : « qu’est-ce que tu en penses, Miche ? »… Elle écrit : « Je n’en pensais jamais rien de bon. (… ) Vous aurez sans doute constaté que mes réticences n’ont eu strictement aucun effet ».

L'alarme de l'horloge biologique

Devenu sénateur de l’Illinois en novembre 1996, Barack va monter les marches du pouvoir assez rapidement. En parallèle à cette carrière, Michelle subit des fécondations in vitro pour tomber enceinte de Malia (et de Sasha aussi). Elle raconte les frustrations intenses qu’elle ressentait à porter seule le poids de cette épreuve car son homme siégeait loin de Chicago durant la semaine. Dans le reportage ci-dessous, on l'entend raconter encore et encore, cette terreur de l'horloge biologique à laquelle elle fut confrontée : "Nous avons fait appel à un conseiller matrimonial pour apprendre à parler de nos différences. L'horloge biologique est une réalité dont j'ai pris conscience à 35 ans. La pire des choses pour nous les femmes c'est de ne pas savoir comment notre corps fonctionne.

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Récit de F. Beaudonnet, pour notre partenaire France TV - Durée 1'44

Condition de femme difficile, d'autant plus qu'elle devait partager son mari avec la politique, cette "maîtresse" intraitable. Après la naissance de leurs deux filles, c’est Michelle qui porte le poids de la famille sur ses épaules, toute la logistique avec leurs filles, tandis qu'elle mène sa carrière en parallèle. Ils ont dû aller consulter un thérapeute pour reprendre un nouveau souffle dans leur couple. Elle prend soin toutefois de dire à quel point, malgré ses absences répétées, Barack Obama prenait bien soin d’elles et de ses filles et que quand il était avec elle, il était tout à fait là.

Chacune de ces campagnes avait laissé une petite cicatrice à mon âme, et à notre couple. J’avais peur qu’une campagne présidentielle ne nous porte le coup de grâce.

Lors de l’ascension tout à fait fulgurante de Barack jusqu’à l’investiture démocrate en 2008, Michelle est derrière lui alors que tout, en elle, refuse de s’engager sur cette voie. « Quelle serait la conséquence d’une campagne présidentielle ? (…) Barack et moi avions déjà vécu cinq campagnes en onze ans, et chacune m’avait obligée à batailler un peu plus dur pour m’accrocher à mes priorités. Chacune de ces campagnes avait laissé une petite cicatrice à mon âme, et à notre couple. J’avais peur qu’une campagne présidentielle ne nous porte le coup de grâce. (…) Il voulait se présenter. Il le voulait, et moi pas. (…) Je voulais Barack pour notre famille. Tous les autres semblaient le vouloir pour notre pays. (…) En définitive, j’ai dit oui parce que je pensais que Barack pourrait être un grand président. (…) J’ai dit oui parce que je l’aimais et que j’avais confiance dans sa capacité d’agir ».

A la Maison-Blanche, une vie sous haute surveillance

Michelle Obama qualifie la Maison-Blanche d’hôtel de luxe qui n’a qu’un seul client, mais elle en parle aussi comme d’une prison dorée. Elle a du mal, dans les premiers mois de leur nouvelle vie présidentielle, à s’adapter aux contraintes de sécurité que lui imposent le statut de son mari et son statut de première dame. Ils ne peuvent plus aller nulle part sans un cortège de voitures blindées et une armée de gardes du corps. Leurs deux filles sont elles aussi protégées en tout temps, ce qui fait parfois culpabiliser leur maman, qui tente par tous les moyens possibles de les préserver de ces contraintes et de leur offrir la vie la plus normale possible.

« Pendant les premiers mois à la Maison-Blanche, j’éprouvais le besoin d’avoir un œil sur tout » avoue-t-elle : Michelle Obama est, ce que l’on appelle au Québec, une « germaine » ou, en bon anglais, une « control freak » : cette femme aime avoir le contrôle sur son environnement et elle a du mal à lâcher prise en laissant d’autres qu’elle gérer des pans importants de sa vie et de la vie de sa famille. Elle a dû s’y résigner pendant ces huit années donc. Elle raconte avec plaisir les rares fois où elle a réussi à  s’échapper de ce carcan, comme aller faire des courses incognito dans un supermarché avec des lunettes noires sur le nez et une casquette sur la tête ou d’aller faire du ski avec un équipement qui lui permettait de rester anonyme sur les pistes. Bien sûr, elle était toujours accompagnée de membres des services secrets durant ces escapades mais l’escorte était allégée, et elle, elle en était ravie.

Michelle Obama raconte aussi le mal qu’elle a eu à trouver sa place dans l’année suivant l’élection de son mari : elle veut éviter d’avoir un rôle trop politique comme l’avait fait Hillary Clinton lors des mandats de Bill Clinton – ce qu’on lui avait fortement reproché - mais elle ne veut pas non plus être une potiche qui inaugure des chrysanthèmes. Elle va donc se trouver des causes qu’elle va porter avec conviction en mettant en place différents programmes : défendre une alimentation saine et combattre l’obésité infantile, bannir la malbouffe des cafétérias des écoles, encourager l’exercice chez les enfants, mais aussi venir en aide aux familles des militaires américains. Des enjeux de société qui rejoignent le militantisme social et communautaire qu’elle a toujours défendu. « J’avais enfin trouvé une façon de montrer celle que j’étais » écrit-elle.

Lors du deuxième mandat de son mari, elle lance aussi un programme pour soutenir les jeunes filles dans leur accès à l’éducation partout dans le monde « Let girls learn ». Michelle Obama est une féministe convaincue et elle a toujours activement milité pour le développement des jeunes filles, qu’elles soient américaines ou autres. Et puis il y a son fameux potager bio dans les jardins de la Maison-Blanche, une initiative dont elle se dit particulièrement fière...


A retrouver sur Michelle Obama à la Maison Blanche dans Terriennes :
Michelle Obama, celle qu’on regrettera

Donald, une « petite brute » qui n’est pas son ami

Est-ce que les Trump l’ont préservé, ce potager, et mangent-ils les légumes et les fruits qui y poussent ? Elle ne le dit pas. Elle raconte en revanche qu’elle en voudra toute sa vie à Donald Trump d’avoir été partie prenante de la campagne affirmant que Barack Obama n’était pas né aux États-Unis, car les déclarations qu’il vociférait à droite et à gauche avaient mis en danger sa famille.

On se souvient aussi du  discours enflammé de Michelle après la publication, durant la campagne présidentielle de 2016, de la fameuse vidéo dans lequel il se vantait d’agresser les femmes (le fameux « grab their pussy ») : « Je tremblais de rage après avoir entendu cet enregistrement. (…) J’ai reçu les propos de Trump comme un coup de plus. Je ne pouvais pas laisser passer ça. (…) Devant une foule électrisée, j’ai clairement dit ce que je pensais (…) J’ai exprimé ma rage et ma peur, mais aussi ma conviction que, avec cette élection, les Américains étaient conscients de la vraie nature du choix qu’ils avaient à faire. J’ai mis tout mon cœur dans ce discours. Puis je suis rentrée à Washington, priant d’avoir été entendue ».

Elle n’a pas été entendue par assez de gens visiblement, car la suite, on la connaït. Michelle raconte son immense déception et son sentiment de désarroi absolu quand Trump a été élu président : elle se demande « ce qui a poussé tant de femmes, en particulier, à rejeter une femme candidate exceptionnellement qualifiée, pour choisir un misogyne comme président ». Deux ans plus tard, la question continue de se poser…

A retrouver sur ce sujet dans Terriennes : 
Michelle Obama "glacée jusqu'à la moelle" par Donald Trump​

Je suis une personne ordinaire qui s’est retrouvée embarquée dans une aventure extraordinaire

A partir du moment où Barack Obama s’engage en politique, Michelle va y entrer elle aussi, même si c’est à reculons. Car elle se retrouve en campagne électorale elle aussi, à faire des discours, serrer des mains, rencontrer des gens, les convaincre de voter pour son mari, etc. Elle raconte toutes ces expériences dans ce livre en expliquant que paradoxalement, malgré sa haine viscérale de ce milieu, elle a beaucoup aimé ces rencontres. Et qu’elle a tenu, toujours, à dire ce qu’elle pensait, à être franche et sincère dans ses discours, à refuser la langue de bois dont tant de politiciens se servent.

C’est cette sincérité et cette authenticité qui expliquent probablement en partie la très grande popularité de Michelle Obama. Son livre est traversé de ce même souci de sincérité. « Je suis une personne ordinaire qui s’est retrouvée embarquée dans une aventure extraordinaire » analyse-t-elle. Elle se dit fière également d’avoir passé ces huit années à la Maison-Blanche sans qu’aucun scandale majeur n’éclate sur eux et leur entourage immédiat, ils savaient qu’ils n’avaient pas droit à l’erreur ni à aucun écart et elle le dit : « Jusqu’au bout, nous nous étions astreints, et avions astreint les gens qui travaillaient pour nous, aux plus hauts standards d’éthique et de probité ». Cela n’a pas été le cas durant l’administration Clinton, et ne parlons pas des Trump…

Ce sandwich au fromage raillé par la critique...

Depuis leur départ de la Maison-Blanche, elle a retrouvé son mari à temps plein, et savoure aussi le retour à une certaine simplicité de vie (tout est relatif, les mesures entourant les ex-présidents et leur famille sont presqu’aussi importantes que les présidents en exercice). Elle raconte ainsi, au début du livre, son plaisir simple à se faire un « grilled cheese » toute seule dans sa cuisine après ses huit années passées à la Maison-Blanche.

Si certains critiques ont raillé l’anecdote, il faut plutôt y lire le bonheur d’une femme qui retrouve une vie plus normale après deux mandats dans les plus hautes sphères du pouvoir. On peut facilement se mettre à sa place et imaginer que oui, se faire un vulgaire sandwich au fromage dans sa cuisine peut procurer ce sentiment de liberté après ces années à ne pas mettre les pieds dans une cuisine et à ne pas mettre un pied dehors sans une armée de garde du corps derrière !

Quand on est première dame, l’Amérique se révèle à vous dans tous ses extrêmes

Certains ont aussi reproché aux Obama d’avoir déjà touché 65 millions de dollars en avance pour la publication de ces mémoires et de celles, à venir, de Barack. Ou de se faire payer des petites fortunes quand ils vont donner des conférences à droite et à gauche. Soit ! Mais il ne faut pas oublier non plus ces années sacrifiées au service de la nation, tant pour lui que pour elle et leur famille. Et ils ne sont pas les seuls à écrire leurs mémoires ou à donner des conférences pour partager leur expérience.

« Quand on est première dame, l’Amérique se révèle à vous dans tous ses extrêmes » écrit Michelle Obama dans les premières pages de son livre. Elle le conclut en livrant un message d’espoir même si ces extrêmes donnent violemment de la voix et si on la sent passablement ébranlée par la situation actuelle aux États-Unis : « Et, au bout du compte, voici ce que j’ai à dire : accueillons-nous les uns les autres ».

Michelle Obama prend aussi bien soin de préciser que non, elle n’a pas du tout l’intention de se présenter un jour à la présidence de son pays. Et pourtant, ses fans la suivent à la trace, pressés d'aller à sa rencontre et de repartir avec un livre dédicacé... Comme ces jeunes femmes de l'association Girls Inc of Holyoke du Massachusetts destinée à rendre "toutes les filles fortes, intelligentes et audacieuses" : "Deux bus sont maintenant partis de @GirlsIncHolyoke et nous voilà en route pour Boston avec 100 filles fortes, intelligentes et audacieuses pour voir la fabuleuse Michelle Obama de Becoming."

Après la présentation de son "Devenir" aux Etats-Unis, Michelle Obama s'est envolée pour Londres avec le même succès, à la rencontre de ces jeunes femmes "en devenir" qu'elle apprécie tant : "En 2009, après un peu plus de deux mois à la Maison-Blanche, j'ai été époustouflé par une visite à @EGA_School à Londres. C'est un jour qui a façonné ce que je suis devenue comme Première Dame. Aujourd'hui, j'y suis revenue et je suis repartie tout aussi optimiste. #IAmBecoming".  
Le 5 décembre Michelle Obama devait venir à Paris, puis poursuivre sa tournée à Berlin. Mais elle a annoncé renoncer pour pouvoir assister, le 5 décembre, aux funérailles nationales de l'ancien président républicain George Bush (le père) décédé le 30 novembre. Elle a tenu à s'en expliquer sur son compte twitter : "Il est important pour moi de me joindre à la famille Bush pour célébrer la vie exemplaire du président George H.W. Bush. Cela m'empêchera malheureusement de me rendre à Paris et à Berlin. J'ai été profondément touchée par l'enthousiasme que suscite mes mémoires, et je travaille à reporter mon voyage à l'année prochaine."