Terriennes

Disparition de la photographe June Newton, portraitiste sincère

June Newton, alias Alice Springs, le 23 mars 2012 à Paris, lors d'une conférence de presse à l'ouverture de la première rétrospective d'Helmut Newton en France au musée du Grand Palais. 
June Newton, alias Alice Springs, le 23 mars 2012 à Paris, lors d'une conférence de presse à l'ouverture de la première rétrospective d'Helmut Newton en France au musée du Grand Palais. 
©AP Photo/Francois Mori

Il se dégage de ses portraits un charisme sans artifice, une sincérité naturelle qui ont fait sa réputation. L'Australienne June Newton, Alice Springs de son nom d'artiste, est morte à Monte-Carlo à l'âge de 97 ans le 10 avril 2021. Elle formait avec Helmut Newton un couple de photographes soudé et artistiquement fécond.

"Nous déplorons la perte d'une personnalité exceptionnelle et d'une photographe de renommée internationale", a annoncé dans un communiqué la Fondation Helmut Newton, qui décrit son travail en ces termes : "Alice Springs fait plus que fixer sur la pellicule le physique de célébrités et de contemporains anonymes, elle capture leur charisme, leur aura... Son regard se concentre sur les visages". 

Sortir de l'ombre

C'est par hasard que June Newton commence à photographier, en 1970, à Paris, en remplaçant au pied levé son déjà célèbre mari, le photographe Helmut Newton. A ses côtés, elle a affûté son regard et acquis les rouages de la technique. Alors ce jour-là, puisqu'il est grippé, c'est elle qui va prendre les photos de la publicité pour les cigarettes Gitanes. Elle a déjà 47 ans, mais deviendra dès lors l'une des portraitistes préférées des milieux de l'art, de la mode et du cinéma. A une première exposition en solo en 1978, à Amsterdam, succèderont beaucoup d'autres dans le monde entier.

Photographe intime

Après avoir photographié pour les salons de coiffure Jean-Louis David, elle compte parmi ses clients de prestigieux magazines comme Vanity Fair, Elle ou Vogue. Sous le nom d'Alice Springs - un clin d'oeil à ses compatriotes puisque c'est aussi le nom d'une ville dans le Territoire du Nord, en Australie - elle photographie Billy Wilder, Catherine Deneuve, Nicole Kidman, Charlotte Rampling, Grace Jones ou Audrey Hepburn, en passant par Madonna et les Hells Angels.

Alice Springs excelle à fixer sur la pellicule le magnétisme de ceux et celles qui s'abandonnent à son objectif. Pour cela, elle a besoin de se sentir avec eux sur un pied d'intimité, dans son élément. C'est pourquoi elle photographiera surtout des personnes qu'elle connaît et qu'elle aime bien. Elle ne met pas en scène ; elle capture le naturel avec tendresse et délicatesse.
Les personnalités se prêtent au jeu, allant jusqu'à impliquer leur famille. Ils ont confiance en sa pudeur. "Elle prend rarement plus de deux ou trois pellicules, par crainte d'abuser de la patience des gens", disait son mari Helmut Newton. Les créateurs Castelbajac, Kenzo ou Daniel Hechter poseront pour elle avec leurs mères ; les mannequins Loulou de la Falaise ou Brigitte Nielsen avec leurs bébés.

De la scène à la photo, la femme aux trois noms

À 24 ans, June Browne n'est encore qu'une jeune comédienne australienne - June Brunell de son nom de scène, elle recevra le prix Erik Kuttner de la meilleure actrice de théâtre en 1956 - quand, dans sa ville natale de Melbourne, elle rencontre un jeune photographe qui a fui l'Allemagne pour échapper au nazisme. June et Helmut Newton se marient un an plus tard, en 1948. Il resteront ensemble pendant près de 60 ans, jusqu'à l'accident de la circulation qui, en 2004, coûte la vie à Helmut Newton, à Los Angeles.

Après la mort de son mari, June Newton a créé une fondation portant son nom à Berlin, où il avait voulu être incinéré, dans sa ville natale. Elle en était la présidente.

June et Helmut Newton ont vécu à Melbourne, Paris, Londres... En 1981, ils s'étaient installés à Monte Carlo, où la photographe est décédée.