Qui aurait pu prévoir qu'en ces premières années du XXIème siècle des hommes et des femmes auraient à se battre pour conserver un droit conquis de haute lutte dans le dernier tiers du XXème siècle et qui semblait acquis ? Sur le vieux continent comme dans le nouveau monde, sans doute galvanisés par la crise économique et les peurs que celle-ci entraine, les conservateurs se refont pourtant une santé sur le dos des droits sociaux, culturels et sexuels, en particulier ceux des femmes. De part et d'autre de l'Atlantique, les Eglises tentent de reconstruire leur influence, faisant feu de tout bois : mariage pour tous, procréation médicale assistée, avortement.
Tandis que le gouvernement espagnol tente de faire des émules au sein de l'Union européenne avec sa loi très restrictive sur les possibilités d'interruption de grossesse, l'Eglise polonaise empêche toute tentative de déverrouillage de l'interdiction d'avortement aux Polonaises, qualifie l'approche de genre "
d'idéologie mortelle pour l'humanité", des jeunes chrétiens par milliers investissent l'esplanade enneigée du Mall, face au Congrès, à Washington et "marchent pour la vie" pour soutenir toutes les actions judiciaires et les mesures légales qui depuis deux ans restreignent un droit à l'avortement, vieux de 41 ans.
Selon le Guttmacher Institute, un organisme américain qui livre des études et statistiques sur le contrôle des naissances dans le monde, 70 articles de loi restrictifs, par le biais de la gestion des cliniques, des contrats d'assurance ou encore des délais d'IVG, ont été votés par 22 Etats en 2013 et "
205 restrictions à l'avortement ont été votées en trois ans entre 2011 et 2013, contre 189 dans toute la décennie précédente (2001- 2010)".
Les Suisses sont appelés à se prononcer le 9 février 2014, à l'initiative des partis populistes, tels l'UDC (Union démocratique du centre qui comme son nom ne l'indique pas est à l'extrême droite),
pour ou contre la poursuite du remboursement de l'avortement.
Face à ce climat, les défenseur-e-s du droit à la contraception et à l'avortement lancent une mobilisation générale qui, en Europe, culminera le 1er février 2014 avec la convergence de féministes et de militants de la cause des femmes, de toute l'Espagne, de France et d'Europe, à Madrid, pour remettre aux parlementaires et ministres espagnols un texte "
Parce que je décide" contre la nouvelle loi à l'oeuvre au sud des Pyrénées.
En France, un autre assaut a été donné contre la libre disposition des femmes de leur corps, à l'occasion de l'examen par les députés du projet de loi sur l'égalité professionnelle Femmes/Hommes. La ministre Najat Vallaud-Belkacem avait supprimé dans le texte la notion de "détresse" pour une femme en quête d'une IVG, formulation "obsolète" datant de 1975, l'année où fut votée la loi Veil . Ce toilettage a déclenché une offensive lourde de la part des parlementaires de droite, réveillant les craintes de nombre de Français et Françaises, déclenchant ainsi un "buzz" vigoureux sur
Twitter, autour du #IVGmoncorpsmondroit. Une forme de contre attaque qui en rappelle d'autres : contre le harcèlement sexuel en Egypte à l'initiative de "The uprising of women in the Arab world" ou contre les agressions de femmes voilées en Suède.
Cette fois, les internautes se prennent en photo munis de pancartes affichant des déclinaisons du slogan "mon corps m'appartient".