Terriennes

Droits humains : les femmes à l'honneur à Genève avec le #FIFDH

<em>"Si les droits humains pouvaient également se nourrir de complexité, des identités diverses, des frontières changeantes, du mouvement ? Et si, au lieu de sauter dans le vide, nous tentions l’envol ? " </em>écrit Isabelle Gattiker, la directrice du FIFDH<br />
 
"Si les droits humains pouvaient également se nourrir de complexité, des identités diverses, des frontières changeantes, du mouvement ? Et si, au lieu de sauter dans le vide, nous tentions l’envol ? " écrit Isabelle Gattiker, la directrice du FIFDH
 
(capture écran programme FIFDH)

Le  plus important festival sur les Droits Humains dédie son édition 2018 aux femmes. Films, rencontres, tables rondes, l'édition 2018 du FIFDH offre un diagnostic exact sur la liberté et ses multiples violations dans le monde. Il ouvre ses portes ce vendredi 9 mars à Genève. Précipitez-vous !

dans
"Pendant 10 jours, nous faisons ensemble le pari de rendre l’intelligence plus séduisante que la bêtise, la complexité stimulante et le questionnement attirant. Nous tiendrons le cap de l’exigence, de l’écoute, de l’émerveillement et de la pensée du monde tel qu’il pourrait
être..." écrit franco Isabelle Gattiker, Directrice générale du  Festival du Film et Forum international sur les droits humains (FIFDH) pour présenter cette cuvée 2018.

Le ton est direct.
La jeune directrice est à la tête d'un navire qu'elle sait solide.
"La programmation démontre une volonté d’atteindre de nouveaux publics qui voient s’ouvrir devant eux de nouvelles perspectives de réflexion et d’action" note Michaëlle Jean, la  Secrétaire Générale de la Francophonie.

Le public, d'ailleurs, ne s'y trompe pas.
L'un des secrets du succès du festival (+ de 34000 festivaliers, une hausse de 53 % en quelques années) est sans doute sa décentralisation.

Le Festival s'étend ajourd'hui dans 57 lieux répartis à travers la Suisse romande et le Grand Genève : théâtres,
Isabelle Gattiker
Isabelle Gattiker
universités, musées, écoles, maisons de quartier, mais aussi prisons, hôpitaux et centres d’hébergements collectifs de personnes migrantes. On est loin du bunker cannois avec ses marches moquettées ! La grande proximité du public avec les réalisateurs, témoins et autres activistes peut expliquer également la popularité de l'évènement.

Au FIFDH, les mots n'ont pas de cravates. Seule l'âme humaine se pare d'un smoking et la frime, on l'aura compris, reste au garage.

"C'est un moment de réveil politique précise Isabelle Gattiker. On veut mélanger tout le monde, les activistes, les ONGs, les jeunes,  les personnes de la campagne ou des communes genevoises, toutes les personnes qui, d'ordinaire,  n'ont pas accès aux festivals de cinéma. Cette année, on a aussi ouvert le festival à une prison pour femmes où un jury remettra un prix officiel, remis lors de la cérémonie de cloture."
<em>"La liberté n’est pas donnée elle doit être gagnée par chaque génération"</em> écrit Barbara Hendricks, marraine du FIFDH
"La liberté n’est pas donnée elle doit être gagnée par chaque génération" écrit Barbara Hendricks, marraine du FIFDH
FIFDH

"Les droits humains, une notion vivante"

Pour célébrer les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le Festival s’associe au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.  "Plus que le fait de commémorer cette déclaration, nous avons envie de la célébrer. Nous voulons montrer que les droits humains sont quelque chose de toujours en mouvement, une notion que chacun peut s'approprier,questionnner, redéfinir. C'est une notion vivante".
Le public est donc invité à poster ses réactions sur Twitter et Instagram aux thématiques débattues en utilisant #standup4humanrights et #fifdh18. Par ailleurs,
 un «mur digital » récupérera les contributions qui seront projetées sur les écrans du Festival au début de chaque séance.

Barbara Hendricks et Chimamanda Ngozi Adichie

Cette année, Barbara Hendricks, Leila Alaouf, Aïssa Maïga et douze femmes de Genève
Chimamanda Ngozi Adichie
Chimamanda Ngozi Adichie
(capture d'écran)

seront aux côtés de l'écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie pour une lecture publique autour de son livre-phénomène Chère Ijeawele, déjà traduit en 43 langues.

"Beaucoup de gens sont mal à l’aise avec l’idée qu’il existe des femmes qui ne s’excusent pas pour la place qu’elles occupent dans le monde. C’est mon cas." confiait-elle en janvier dernier à Libération, lors de son passage à Paris. 
"Mes livres sont vendus au bord de la route, dans les bouchons à Lagos, entre les mouchoirs et les tee-shirts ! " ajoutait-elle, fièrement.

Son dernier ouvrage sera lu par des femmes dans leur langue maternelle, soit 15 langues en tout. Chimamanda Ngozi Adichie traduira et lira l’un des chapitres dans sa propre langue maternelle, l’igbo. L’événement sera mis en scène par l'artiste genevoise Nalini Menamkat, et s'achèvera avec une rencontre avec l’auteure.
"Parmi les 700 films qui nous arrivent et ceux que nous regardons lors de nos prospections, nous en choisisons dix dans la compétition "documentaires de création", 8 catégorie fiction  et 10 grands reportages, soit 28 films " détaille Isabelle Gattiker.
  La comédienne Vanessa Redgrave présentera aussi son premier film en tant que réalisatrice, Sea Sorrow, tourné en Italie, en Grèce, à Calais et à Londres. Il a été montré en sélection officielle lors du dernier Festival de Cannes.
A 80 ans, l'actrice britannique évoque le parcours douloureux des migrants qui cherchent asile en Europe.
Parmi les autres temps fort du Festival (mais y aura-t-il des temps faible ?) nous retiendrons aussi la prise de parole de Luisa Ortega Diaz, Procureure générale contrainte à l’exil pour avoir dénoncé la terreur instaurée par Nicolás Maduro, le président Vénézuélien.
Impossible de tout dévoiler ici.
Il faut prendre son temps et parcourir le programme de cette 16ème édition, riche en thématiques diverses.
Mentionnons la venue de Cécile Allegra, lauréate du Prix Albert Londres, qui présentera en première mondiale Libye - Anatomie d’un crime... ou les ravages du viol comme arme de guerre , y compris sur les hommes. 
Leo Kaneman, fondateur du FIFDH et président d’honneur a choisi pour sa carte blanche un débat "Femmes israéliennes et palestiniennes pour la Paix" . "Les mouvements de la société civile sont porteurs d’une lueur d’espoir. Un de leurs objectifs est d’éradiquer la haine et la peur de l’autre." affirme-t-il. Angela Yantian, représentante et activiste du Women Wage Peace et  Amanda Alarja, psychologue palestinienne échangerons sur le sujet le dimanche 11 mars.
Image extraite du film "Le silence des autres" de  <br />
e Almudena Carracedo et Robert Bahar.<br />
 
Image extraite du film "Le silence des autres" de  
e Almudena Carracedo et Robert Bahar.
 
Nul besoin d'être fortuné pour assister au festival. Bon nombre de projections, de rencontres et de débats sont en accès libre et même diffusés sur internet. "Dès qu'on sort du centre-ville, la moitié des projections sont gratuites" signale la Directrice.
Signalons enfin cette initiative généreuse qui émane de l'association suisse des auteurs de bande dessinée (SCAA). Elle organise une expo-vente  de dessins et de planches de BD. L’intégralité des bénéfices sera versée à l’association SOS MEDITERRANÉE Suisse qui vient en aide aux migrants.

Que peut-on faire ? Comment agir ?

Mais quid de l'efficacité du festival ? Quel apaisement peut-il apporter à celles et ceux qui souffrent ?  "Tout cela donne une voix à ceux qui n'en ont pas. Ainsi l'avocate égyptienne Azza Souleimane, à qui le Festival est dédié et qui ne peut venir parce qu'elle est interdite de sortie du territoire, eh bien nous l'entendrons lors de la remise du prix Martine Anstett.  C'est aussi le cas pour les victimes du franquisme avec la projection du film "Le silence des autres".   Une des obsessions que nous avons à chaque fois au Festival, c'est se dire : que peut-on faire ? Comment agir ?".
A quoi reconnait-on une éditon réussie ? "Il y a d'abord la présence de jeunes, qui  est très importante, le fait qu'on en parle,  notamment sur les réseaux sociaux, quand les associations viennent et font signer des pétitions. Il y a une dimension politique extrêmement forte pour le Festival. Je suis aussi très curieuse de ce que peuvent dire les invités. Les défenseurs (es) des droits humains qui viennent  débattre, très souvent, reprennent des forces au Festival. Je pense au docteur Muckwegé, venu il y a deux ans. En partant après deux jours passés à Genève, il m'a dit : "J'étais épuisé avant d'arriver à Genève. je n'en pouvais plus. Et maintenant, j'ai repris de l'énergie pour les cinq prochaines années !" Et c'est bien cela. On ne veut pas être un festival déprimant et triste, on veut donner la force, le courage et l'envie de changer les choses !"

Le Festival du film et forum international sur les droits humains ouvrira sa gigantesque paupière du 9 au 18 mars 2018 à Genève mais aussi à travers toute la Suisse romande.