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Effet #MeToo en France : hausse des plaintes pour agressions sexuelles

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C'est l'une des avancées promises pour combattre les violences faites aux femmes, le développement d'unités médico-judiciaires comme celle qui est de Paris Est présentée dans ce reportage de notre partenaire FranceTV - Durée : 4'43"

C'est l'un des premiers effets visibles de cette année 2017 si particulière. En France, les plaintes pour viols et agressions sexuelles ont fortement augmenté l'an dernier, aiguillonnées par l'affaire Weinstein et le mot dièse #MeToo qui ont libéré la parole des femmes victimes, selon les chiffres publiés le 25 janvier 2018 par le ministère de l'Intérieur.

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On ne le rappellera jamais assez : en France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups d'un proche. Et si cela arrive, c'est aussi parce que les signes avant-coureurs ne sont pas toujours décelés. Les femmes peinent encore à dénoncer des situations de violence qui leur font honte et des proches qu'elles craignent ou qu'elles aiment… Une estimation indique que seules 14% de celles qui débarquent aux urgences osent porter plainte. Mais avec le développement de services d'écoute, d'unités médico-judiciaires dans les hôpitaux où elles sont prises en charge, cette inhibition pourrait reculer. Dans un établissemnt de l'Est de Paris, la proportion des plaintes est ainsi passée à 30%, grâce à la mise en place d'une structure d'accueil... 

Et donc, en 2017, la courbe change : les statistiques du ministère de l'Intérieur montrent une augmentation des plaintes pour viols et agressions sexuelles, de respectivement 12% et 10% par rapport à 2016. L'envolée est particulièrement sensible au quatrième trimestre (+31,5%), avec probablement la révélation de faits anciens. 

C'est à la page 99 du rapport remis en ce début d'année 2018 "Insécurité et délinquance 2017 - Premier bilan statistique" qu'est présentée cette hausse spectaculaire. Qui ne signifie pas forcément que les agressions sexuelles sont plus nombreuses, mais surtout que les femmes en France ont moins honte et moins de freins à porter plainte contre leurs agresseurs, que ces derniers soient passer à l'acte à l'abri des murs de la cellule familiale ou en dehors. 

87% des victimes d'agressions sexuelles sont des femmes, et des adolescentes surtout... 

Le document du ministère de l'Intérieur revient sur une première synthèse, analysée au mois de décembre 2017 : "en moyenne, chaque année entre 2008 et 2016, un peu plus de 220 000 personnes âgées de 18 à 75 ans résidant en France métropolitaine – soit environ 0,5 % de la population – ont déclaré avoir été victimes de violences sexuelles (viols, tentatives de viols et attouchements sexuels). Plus de 80 % d’entre-elles sont des femmes (184 000 victimes par an en moyenne) et 35 % ont entre 18 et 29 ans (78 000 victimes par an en moyenne). Environ 120 000 victimes (53 %) déclarent avoir subi un viol ou une tentative de viol. Enfin, plus de trois victimes sur dix vivent sous le même toit que leur agresseur au moment de l’enquête.
Et c’est entre 12 et 18 ans que les filles sont les plus exposées aux agressions sexuelles...

Plus loin, on apprend aussi que, pour parodier Le Cid de Corneille, "la valeur n'attend point le nombre des années". Malheureusement. Un auteur sur dix a moins de 13 ans. Un "portrait robot" de l'agresseur est ainsi esquissé :  "En 2017, les forces de sécurité ont mis en cause 22 300 personnes, quasiment tous des hommes, pour des crimes ou des délits de violences sexuelles ou de harcèlement sexuels. Ces auteurs présumés se répartissent dans pratiquement toutes les tranches d’âges, depuis les très jeunes jusqu’aux plus âgés. En effet, un auteur sur dix a moins de 13 ans (ces jeunes étant le plus souvent impliqués dans des violences contre des mineures) et 7 % ont plus de soixante ans. 86 % des auteurs présumés sont de nationalité française."

Nord/Sud, villes/campagnes - géographie de la violence sexuelle dénoncée

Le nombre d’infractions enregistrées par habitant ne diffère pas beaucoup entre les petites et les grandes agglomérations, mais sont moindres dans les campagnes que dans les villes. Est-ce parce que dans les zones rurales la parole peine plus à se libérer, ou bien la violence y est-elle moindre ? "Pour les viols comme pour les agressions sexuelles, les taux d’incidence (nouveaux cas dans une période donnée, ndlr) enregistrés par les forces de l’ordre sont un peu moins élevés dans les zones rurales et les petites villes qu’ailleurs. Sur les trois dernières années, ils ne sont en revanche pas significativement différents entre les moyennes et les grandes agglomérations : le nombre de viols et d’agressions/harcèlements sexuels enregistrés pour 1 000 habitants est sensiblement le même dans les agglomérations de 10 000 à 20 000 habitants que dans l’agglomération parisienne."

Une carte montre aussi la géographie des violences sexuelles faites aux femmes en France : le Nord détient la palme de celles-ci, et une décroissance s'opère au centre, et encore plus au Sud, à l'Est et en Bretagne. Mais rappelons encore une fois qu'il s'agit de faits déclarés, ce qui en ce domaine où le silence reste roi, ne recouvre peut-être pas toutes les réalités.
 
Ministère de l'Intérieur - France

Interrogé le 25 janvier 2018 sur les ondes de la radio Europe 1, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a estimé que cette hausse spectaculaire était la conséquence de "l'effet Weinstein": "On voit une envolée des plaintes qui ont été déposées. Mais le phénomène avant ces plaintes existait et on avait remarqué une montée des violences intrafamiliales. Avec ou sans affaire Weinstein, on hésite moins à déposer plainte", a nuancé le ministre.
 
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