Terriennes

#EggHeadChallenge : afficher "sa tête d'oeuf" contre le cancer

Poster sa photo, le crâne dénudé à côté d'un simple oeuf : voilà le #eggheadchallenge, pour permettre aussi aux personnes atteintes de cancer de partager leur différence, en  contribuant ainsi à s’accepter la maladie. 
Poster sa photo, le crâne dénudé à côté d'un simple oeuf : voilà le #eggheadchallenge, pour permettre aussi aux personnes atteintes de cancer de partager leur différence, en  contribuant ainsi à s’accepter la maladie. 
©Instagram
Poster sa photo, le crâne dénudé à côté d'un simple oeuf : voilà le #eggheadchallenge, pour permettre aussi aux personnes atteintes de cancer de partager leur différence, en  contribuant ainsi à s’accepter la maladie. 
Lancé début janvier, le #eggheadchallenge a créé sur les réseaux sociaux une véritable communauté de femmes qui luttent contre le cancer, et permis de recueillir des fonds pour la recherche.

Le challenge de la tête d'oeuf. Dis comme ça, cela semble être un énième défi stupide lancé sur les réseaux sociaux ... Cette fois, il s'agit de recueillir des fonds pour la recherche sur le cancer mais aussi de permettre à des malades de s'assumer pendant leur chimiothérapie. L'idée est partie d'un oeuf, le plus célèbre de la planète, celui aux plus de 55 millions de like sur Instagram. 

Voilà une idée qui aurait sans doute plus à Mr René Magritte ! Un simple oeuf devient une véritable star mondiale, le voici alors détourné pour la bonne cause. Ainsi est né le #EggHeadChallenge.
 

#eggheadchallenge : des crânes d'oeuf contre le cancer

A l'origine de ce défi : Amélie Porrès. Cette Toulousaine se bat contre le cancer du sein, elle a 33 ans. Fidèle instagrammeuse, elle voit passer cette photo d'oeuf et surtout ses quelques 55 millions de mentions J'aime. Cet oeuf bat tous les records sur Instagram :  il devient l'image la plus "likée" de l'histoire de ce réseau social.

 


Ce record "stupide" provoque chez elle comme une révélation, comme elle l'explique dans ce post publié sur son compte : "Imaginez si tous les gens qui ont liké cette photo avaient reversé 1€ à la recherche contre le cancer (...) Voyons combien de like pour une tête en mode crâne d’œuf… Soutenons la recherche contre le cancer, soutenons les malades et honorons ceux qui sont partis bien trop tôt…  ce monde est fou!!! ". La voici alors en selfie, le crâne nu, à côté dudit oeuf. En deux semaines, par dizaines, centaines, des personnes luttant contre la maladie elles aussi, partagent des montages photos similaires. Amélie a même reçu des photos de femmes vivant aux Etats-Unis.

Une cagnotte en ligne

L'histoire n'en reste pas là, qu'à de simples posts avec des photos. La blogueuse Laura Bour (connue pour Les lubies de Laura), elle-même atteinte d'un cancer (de l'ovaire, comme elle nous l'a confié elle-même), prend le relais en créant une cagnotte sur le thème "1 suffit". Les  fonds récoltés permettront de financer les recherches pour tous les cancers, au bénéfice de l'association l'ARC.

En 20 jours, près de 4 000 euros ont été récoltés. Et surtout, c'est une communauté de combattantes qui a pu voir le jour, comme le déclare Laura Bour. Une manière aussi de permettre aux femmes sous chimiothérapie de se montrer, aux yeux de tou.te.s, et du plus grand nombre, sans complexe.


"Aujourd’hui, j’aime à croire que si un œuf idiot peut mobiliser tellement de gens, une cause digne de ce nom le peut aussi. Nous avons donc décidé, avec celles que j’appelle affectueusement 'mes soeurs de combat' de lancer une cagnotte pour la recherche contre le cancer et de faire le test " , écrit la blogueuse sur son compte Instagram.

C’est également l’occasion de montrer que l’on peut vivre la maladie avec autodérision, et d’encourager les malades à s’assumer tels qu’ils sont.
Laura Bour, blogueuse
Interrogée par Terriennes, elle nous en dit plus sur le #EggChallenge : "Il représente le pouvoir des réseaux sociaux, de ce que l’on peut accomplir si l’on concentre tous nos efforts au même endroit. C’est pour cette raison que de notre côté, nous avons monté le #EggHeadChallenge, pour montrer que les réseaux sociaux peuvent aussi faire des grandes choses pour la bonne cause, notamment pour la recherche contre le cancer. C’est également l’occasion de montrer que l’on peut vivre la maladie avec autodérision, et d’encourager les malades à s’assumer tels qu’ils sont".

Une solidarité sur la Toile qu'on ne trouve pas ailleurs

La jeune femme a bien voulu aussi nous confier comment elle avait vécu cette expérience lorsqu'elle a appris sa maladie, et si elle s'était senti isolée: "Bien sûr que l’on se sent isolée. Quand on a 27 ans, on croise pas beaucoup de jeunes de son âge en cancérologie. C’est pour cette raison qu’on a chacune commencé à partager sur la toile de notre côté et que, de fil en aiguille, on s’est trouvées pour monter une communauté. On a eu besoin de trouver sur la toile ce qu’on ne trouvait pas ailleurs."
 
Beaucoup de personnes pensent à tort qu’un cancer du sein, c’est presque rien de nos jours !
Laura Bour
Le cancer du sein est aujourd'hui une maladie dont on parle "plus facilement". Son avis est partagé. "Pour ma part, j’ai (eu) un cancer de l’ovaire et il est vrai que la parole est beaucoup plus ouverte sur le cancer du sein. Beaucoup de choses sont mises en place pour ce cancer, notamment car c’est le cancer féminin le plus répandu. Mais il y a toutefois un côté un peu marketing que je n’apprécie pas trop, notamment lors d’Octobre Rose. Il y également beaucoup de problèmes au niveau de la communication. On ne parle que très rarement du cancer du sein métastatique (dont on ne guérit pas !) et beaucoup de personnes pensent à tort qu’un cancer du sein, c’est presque rien de nos jours. Dans les cabinets des médecins, sur les affiches, on ne voit que des femmes âgées. Or, un cancer du sein, ça peut arriver très jeune, même à 20 ans. Il faut donc en être conscient et il faut qu’il y ait un vrai changement au niveau de la communication à ce niveau (en incitant notamment les femmes, mêmes jeunes, à l’auto-palpation)."Le crâne rasé, elle connait. Elle nous raconte : "J’ai perdu mes cheveux avec les chimios. Je l’ai plutôt mal vécu, notamment la perte des cils et des sourcils qui vous fait un peu une tête à la E.T. En 2016, on ne trouvait pas encore beaucoup de boutiques de turbans de chimio adaptées aux jeunes. Je me suis retrouvée chez le perruquier à regarder des modèles très « mamie ». Je pense que ça a beaucoup contribué à ce mal-être. J’ai mis du temps à accepter ce rappel de la maladie. Depuis, de jolies marques ont vu le jour, propulsées par de jeunes ex-malades talentueuses, notamment la marque Entrenoue, lancée par Fanny Rosa Viegas, qui se veut une marque de turbans tendance sans connotation maladie, sur-mesure et adaptés aux patientes".

Voilà pourquoi le #EggHeadChallenge n'est pas un hashtag comme les autres, "Il a aussi pour vocation d’aider les femmes à s’assumer telles qu’elle sont et à montrer que la beauté ne s’arrête pas à des cheveux".