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Elections au Québec : la politique municipale se féminise

Campagne de l'<a href="https://www.facebook.com/umqfemmes/">Union des Municipalités du Québec</a> - Femmes et gouvernance.
Campagne de l'Union des Municipalités du Québec - Femmes et gouvernance.
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Il va falloir dire "mairesse" dans cinq des dix plus grandes villes du Québec, qui seront désormais dirigées par des femmes : c’est le résultat des élections municipales du 7 novembre 2021. Une percée historique, des avancées notables, mais qui n’ont pas encore gagné les petites municipalités de la province.

Elles s’appellent Valérie Plante à Montréal – réélue haut la main pour un deuxième mandat -, Catherine Fournier à Longueuil, France Bélisle à Gatineau, Évelyne Baudin à Sherbrooke et Julie Dufour à Saguenay.

Ces cinq femmes vont prendre les rênes de cinq des dix plus grandes villes du Québec, établissant ainsi une parité au niveau municipal. Des dizaines de ville de taille moyenne ont aussi élu des mairesses : "Donc ça fait 10 villes sur les 22 plus grandes villes du Québec de plus de 50 000 habitants qui sont maintenant dirigées par des femmes, c’est un grand bon en avant, c’est assez extraordinaire," déclare Thérèse Mailloux, présidente de l’organisme Femmes, Politique et Démocratie.

Dans son discours de victoire, Catherine Fournier, la nouvelle et jeune mairesse de Longueuil s’est dit "très fière et émue de faire partie de cette vague [féminine] historique… J’espère que ça va faire ses petits sur l’ensemble des scènes politiques au Québec", dit-elle. La mairesse de Sherbrooke, Évelyne Beaudin, a renchéri : "On va l’avoir fait ! Une première femme à la mairie. Regardez les petites filles autour de vous, les petites filles qui veulent faire de grandes choses et qui, maintenant, auront des modèles dans toutes les sphères".

Le président de l’Union des municipalités du Québec et maire de Gaspé, Daniel Côté, parle d’une avancée historique : "J’ai hâte d’avoir les statistiques finales, mais j'ai l'impression que si on n'est pas en zone paritaire, on doit vraiment en être extrêmement proche, pour la première fois de l'histoire du Québec".

La parité, ou presque, dans la moitié des municipalités

En fait, depuis 2005, la représentation des femmes au sein des municipalités québécoises n’a cessé d’augmenter, tant dans les postes de maire que dans ceux de conseiller municipal : la province compte maintenant 239 mairesses, soit 23,1%, et 2420 conseillères municipales, soit 37,9%. En 2017, il y avait 18,8% de mairesses, et 34,5% de conseillères. Après ce scrutin du 7 novembre, on peut même parler de zone paritaire pour 48% des conseils municipaux, alors qu’en 2005, c’était seulement un conseil sur cinq. Et le nombre de femmes qui se sont présentées cette année a doublé par rapport au scrutin de 2017.

C’est tout un changement, porté par d’autres valeurs, d’autres visions de la ville, qui a séduit l’électorat.
Thérèse Mailloux, présidente de Femmes, Politique et Démocratie

Beaucoup de ces mairesses et conseillères municipales sont également de jeunes femmes, Catherine Fournier a 29 ans et la plus jeune mairesse a même 21 ans ! Il y a aussi un renouveau générationnel dans la représentation municipale au Québec, Stéphane Boyer, le nouveau maire de Laval, grande ville de banlieue au nord de Montréal, a 33 ans. "Alors oui, c’est tout un changement, comme un changement de garde porté par d’autres valeurs, d’autres visions de la ville et ça a séduit l’électorat", estime Thérèse Mailloux.

Montreal Gazette du 8 novembre 2021, lendemain des élections municipales au Québec.
Montreal Gazette du 8 novembre 2021, lendemain des élections municipales au Québec.

L’effet "Valérie Plante"

Quand elle a été élue, en octobre 2017, à la mairie de Montréal, Valérie Plante a fait exploser un premier plafond de verre : elle est devenue la première femme à diriger la métropole québécoise.

Pour Thérèse Mailloux, cette victoire a clairement eu un impact sur la percée des femmes lors de ce scrutin du 7 novembre 2021 : "A l’époque, en 2017, il y avait peu de femmes élues dans les grandes villes, donc cette victoire a envoyé un signal, un symbole que c’était possible. Et on a vu au cours de la campagne électorale plusieurs candidates se regrouper en conférence de presse pour dire qu’elles avaient une vision commune et différente de comment gérer une ville, comme s’occuper davantage de logement, du bien-être de la population, donc ça tranche par rapport à une vision plus administrative de la gestion d’une ville".

Ecologie, logement, diversité

Ces mairesses ont notamment parmi leurs priorités la transition écologique et la lutte contre les changements climatiques dans leurs villes, mais aussi trouver des solutions pour la crise du logement qui frappe la majorité de ces grandes villes du Québec. Rien qu’à Montréal, on estime que quelque 100 000 ménages montréalais n’arrivent pas à se loger décemment, la mairesse Plante promet d’ailleurs de faire construire 60 000 logements sociaux et abordables pour venir en aide à ces ménages. Et dans les grandes villes, ces mairesses ont dans leur équipe des candidat-es issu-es de la diversité, donc non seulement il y a eu féminisation mais aussi diversification.

Petites municipalités : encore très masculines

Si l’on se réjouit de ces percées historiques des femmes dans les grandes villes du Québec, il faut néanmoins relativiser : dans les petites municipalités, de moins de 5000 habitants - il y en a plus de mille dans la province -, les conseils municipaux sont encore majoritairement masculins et ce sont très majoritairement des hommes aux commandes. Seulement 23% sont des femmes. Et plus de 80% des maires élus sans opposition étaient des hommes, la majorité en étaient à leur deuxième voire troisième mandat.

Dans les petites municipalités, où il n’y a pas ou peu de partis politiques, il reste difficile pour les femmes de se présenter comme candidate indépendante.
Thérèse Mailloux, présidente de Femmes, Politique et Démocratie

"Le problème, c’est que dans ces petites municipalités, où il n’y a pas ou peu de partis politiques, il reste difficile pour les femmes de se présenter comme candidate indépendante. On est en présence de deux mondes, la fracture est évidente entre les grandes villes et les petites municipalités," explique Thérèse Mailloux. L’organisme Femmes, Politique et Démocratie propose plusieurs solutions pour remédier à cette problématique, dont imposer une parité dans les conseils municipaux de ces petites municipalités. Et c’est au gouvernement québécois de réformer la loi électorale pour imposer cette mesure. "On y travaille depuis plusieurs années sinon on ne voit pas comment on va arriver à la parité tellement ça évolue lentement, on ne peut pas laisser aller les choses telles quelles," conclut Thérèse Mailloux.