Terriennes

Emil Ferris et Rumiko Takahashi, deux femmes couronnées au 46ème Festival d'Angoulême

A gauche la légende du manga, la Japonaise Rumiko Takahashi, Grand Prix du festival d'Angoulême, à droite l'Américaine Emil Ferris, Fauve d'Or du meilleur album 2019.
A gauche la légende du manga, la Japonaise Rumiko Takahashi, Grand Prix du festival d'Angoulême, à droite l'Américaine Emil Ferris, Fauve d'Or du meilleur album 2019.
©DR

Les fans de manga en ont fait leur souveraine incontestée. En remportant le Grand Prix 2019 du Festival d'Angoulême, la voici officiellement couronnée par ses pairs. Elle, c'est Rumiko Takahashi. Elle devient, à 61 ans, l'une des rares femmes à décrocher cette distinction. Une autre dessinatrice a aussi été distinguée cette année, l'Américaine Emil Ferris dont l'album a reçu le Fauve d'Or. 

Rumiko Takahashi est une superstar. Pour tout.e fan de manga qui se respecte, cette dessinatrice fait déjà partie de la légende de cette littérature illustrée née au Japon. La voici désormais sur le toit du monde de la BD en Europe, l'illustre Festival de la bande dessinée d'Angoulême.

Rumiko Takahashi, 61 ans, s'est vue décerner mercredi 23 janvier 2019 le Grand prix de la ville d'Angoulême pour l'ensemble de son oeuvre, à  l’issue d’un vote réalisé auprès d’un collège d’auteurs francophones.. Elle est seulement la deuxième femme à remporter ce prix prestigieux après Florence Cestac en 2000,  Claire Bretécher avait reçu un Grand prix spécial anniversaire en 1983.

Un Fauve d'Or pour Emil Ferris

 
©Twitter
En attribuant samedi 26 janvier 2019 son Fauve d'or du meilleur album BD à Emil Ferris, le jury du 46e festival d'Angoulême a réparé un long oubli des femmes dans le palmarès du plus convoité des prix de BD.

La dessinatrice américaine, 56 ans, récompensée pour "Moi, ce que j'aime, c'est les monstres" est seulement la sixième femme récompensée par un Fauve d'or depuis la création du festival en 1974.
Réalisé avec des stylos bille et des feutres, ce roman graphique de 400 pages fait figure d'ovni dans le monde de la BD. Encensé par les critiques, il se lit comme le journal intime d'une fillette fascinée par les créatures monstrueuses.
L'auteure l'a réalisé alors qu'elle était en convalescence, suite à une maladie, et fortement handicapée. 

La dernière lauréate en date  était la Franco-iranienne Marjane Satrapi pour "Poulet aux prunes" en 2005.

Longtemps, la quasi absence de femmes parmi les Grands prix, voire parmi les nominés, avait entaché le festival d'Angoulême. En 2016, indigné par l'absence de femmes dans la sélection, Riad Sattouf avait choisi de céder sa place à des femmes dont une certaine... Rumiko Takahashi.

La consécration de la mangaka (c'est ainsi qu'on nomme les auteur.e.s de manga) japonaise intervient alors que le festival international de la BD d'Angoulême (FIBD) a décidé cette année de mettre l'accent sur le manga, un genre qui a le vent en poupe. Surnommé "Manga City", l'espace dédié au manga au festival d'Angoulême sera cette année de 2.500 m2 contre seulement 1.000 m2 l'an dernier.

Selon une étude de l'institut GfK réalisée à l'occasion du festival, le marché du manga a bondi de 11% en France en 2018. Plus de 16 millions de volumes ont été vendus l'an dernier." Le segment représente plus d'une vente de BD sur trois en France en 2018", remarque Paul-Antoine Jeanton, expert livre de GfK.

Avant Rumiko Takahashi, un seul autre mangaka, Katushiro Otomo ("Akira") avait remporté le Grand prix d'Angoulême.

200 millions d'exemplaires vendus dans le monde

La dessinatrice japonaise est l'un.e des auteur.e.s les plus lu.e.s au monde avec plus de 200 millions d'exemplaires de ses mangas vendus. Au total, toutes séries confondues, elle a publié près de 200 tomes.

Publiée entre 1978 et 1987, sa première grande série, "Urusei Yatsura" (34 tomes en vo et 18 tomes disponibles en français chez Glénat), met notamment en scène Lamu, la fille du chef d'une bande d'extraterrestres ayant eu la curieuse idée d'envahir notre planète. La série a été produite en version animée sous le titre "Lamu".

En 1980, Takahashi commence "Maison Ikkoku" (15 tomes en vo, 10 en français chez Tonkam), une grande saga romantique mettant en scène une jolie veuve de 22 ans, tenancière de la résidence Ikkoku. Une série animée inspirée du manga sera diffusée dans le monde francophone sous le titre "Juliette, je t'aime". 
 

Ranma 1/2 : le genre en question 

Mais son plus grand succès est sans conteste "Ranma 1/2" (38 tomes, Glénat), série culte démarrée également en 1987. Ce manga, cocktail détonnant de gags, quiproquos et combats d'arts martiaux, offre également une réflexion inédite et subtile sur la notion de genre. Jeune garçon, Ranma se transforme en fille au contact de l'eau froide... 
 


La directrice éditoriale de Glénat Manga, Satoko Inaba, et Florence Cestac, seule Grand Prix féminin jusqu’à aujourd’hui, saluent le couronnement d’une femme à Angoulême.
 

©Tumka/éditions

Parmi les nombreux autres ouvrages de RumikoTakahashi, citons aussi plusieurs récits repris en français par Tonkam sous les titres "Le chien de mon patron" (2004), "La Tragédie de P." (2004) et "Un bouquet de fleurs rouges" (2007).

De 1996 à 2008, elle élabore "InuYasha", sa série la plus ambitieuse et la plus éclectique -56 volumes- mêlant l'heroic fantasy et la romance, l'horreur et la fiction historique. Cette saga au long cours paraît chez Kana à partir de 2002. Sa dernière oeuvre, "Rinne" (série en 40 tomes) racontant l'histoire d'une fillette pouvant voir des fantômes, est publiée en France chez Kaze.

En lice avec l'Américain Chris Ware et le Français Emmanuel Guibert, tous deux déjà finalistes malheureux l'an dernier, elle succède à l'Américain Richard Corben. Comme lauréate du Grand prix, Rumiko Takahashi devra réaliser l'affiche de la prochaine édition et préparer une exposition rétrospective de son oeuvre. Hâte de la découvrir !