Terriennes

Empowerment et leadership féminin : quelles perspectives dans le monde arabe?

Des femmes défilent à Alger pour marquer la Journée internationale des droits des femmes, le lundi 8 mars 2021.
Des femmes défilent à Alger pour marquer la Journée internationale des droits des femmes, le lundi 8 mars 2021.
@Photo AP / Fateh Guidoum
Des femmes défilent à Alger pour marquer la Journée internationale des droits des femmes, le lundi 8 mars 2021.
<p>Une femme koweïtienne cherche son nom sur une liste d'électeurs dans un bureau de vote à Salwa, au Koweït, le samedi 27 juillet 2013.</p>

Empowerment féminin, leadership féminin... Autant de formules qui révèlent combien le chemin est encore long, mais qui montrent aussi que dans une société plus paritaire et égalitaire, tout le monde à y gagner, les hommes comme les femmes. Et dans le monde arabe ? Une question au centre du débat qui s'est déroulé lors des quinzièmes Rencontres économiques de l'Institut du monde arabe. Terriennes y était. 

Empowerment féminin, quelle définition ? Acceptation de soi, confiance, estime, ambition, pouvoir, "capacitation", "responsabilisation", "em-pou-voire-ment", "processus de développement d’un pouvoir"... L’empowerment est un concept né aux États-Unis au début du XXe siècle dans un contexte de luttes sociales. Il désigne la prise de pouvoir par les individus pour eux-mêmes, sans attendre une permission extérieure. En France, le terme est plus récent et surtout utilisé depuis les années 2000. Au Québec, on parle "d’autonomisation" ou "d’empouvoirement".

L’empowerment féminin, loin d’être une mode passagère, est un véritable phénomène sociétal. Il concerne les femmes et leur capacité à s’émanciper par elles-mêmes, mais il va bien au-delà de l’égalité hommes-femmes. Il concerne les femmes, et leur relations avec d'autres femmes, ou avec les hommes, en milieu professionnel et privé.

Leadership et empowerment féminin, état des lieux

L’empowerment féminin a des conséquences sur l’environnement professionnel. L’entreprise doit s’adapter à cette prise de pouvoir au féminin. On parle alors de leadership féminin. Seulement voilà, les freins à l’ascension des femmes sont encore nombreux. Côté entrepreneuriat, si les femmes sont de plus en plus nombreuses à créer leur entreprise, elles sont encore loin derrière les hommes et largement sous-représentées dans les instances dirigeantes des grandes entreprises. 

200 entrepreneures étaient réunies à Washington en septembre 2019 pour <em>She's Next, Empowered by Visa</em>, dans le cadre de l'initiative mondiale pour défendre les petites entreprises appartenant à des femmes dans le monde.
200 entrepreneures étaient réunies à Washington en septembre 2019 pour She's Next, Empowered by Visa, dans le cadre de l'initiative mondiale pour défendre les petites entreprises appartenant à des femmes dans le monde.
©Eric Kayne/AP Images for Visa
En France, les femmes ne représentent que 14,1% des dirigeants d’entreprise soit seulement 1,2 point de plus en dix ans ! Construit sur un modèle masculin, les entreprises sont donc le berceau du leadership masculin. Ainsi, les femmes ont dû apprivoiser les codes et les postures d’entreprise. Dans l’imaginaire collectif, la figure du leader est le plus souvent associée à une image de masculinité. Le leadership féminin gagne néammoins de plus en plus de terrain dans les entreprises. Leurs "faiblesses", autrefois pointées du doigt par leurs collègues masculins, sont devenues des atouts pour l’entreprise.

Coalition masculine ?

Hélas, les stéréotypes ont encore la vie dure. Une étude mondiale réalisée par le cabinet Hudson auprès de 65 000 personnes, a révélé les raisons pour lesquelles moins de femmes accèdent à des postes de leadership. L’explication principale avancée par cette étude est la "coalition masculine" au sein des comités d’entreprise favorisant le leadership masculin.

De façon inconsciente, volontaire ou involontaire, suivant des traditions culturelles innées et des pressions sociales, les femmes ne sont pas assez présentes là où elles peuvent être moteur et avoir un impact.
Chiara Corrazza, présidente du Women's Forum

On estime à 224 millions le nombre de femmes entrepreneures dans le monde, ce qui représente 35% des entreprises de l’économie globale. Cependant, uniquement 1% des financements privés ou publics sont attribués à des entreprises détenues par des femmes à l’échelle internationale. Au niveau mondial, ces inégalités pénalisent les performances économiques, conduisant à une perte d’au moins 15% du PIB global.

"Actuellement ce sont majoritairement les hommes qui sont aux commandes et qui disposent des leviers du changement. De façon inconsciente, volontaire ou involontaire, suivant des traditions culturelles innées et des pressions sociales, les femmes ne sont pas assez présentes là où elles peuvent être moteur et avoir un impact", estime Chiara Corrazza, présidente du Women's Forum en préambule dau rapport Les femmes au coeur de l'économie. La France pionnière du leadership au féminin dans un monde en pleine transformation publié en janvier 2020.

Dans le monde arabe, l'inclusion reste un enjeu crucial. Malgré des progrès en matière d'accès à l'éducation, les femmes peinent encore à intégrer le marché du travail, à faire évoluer leurs carrières vers des postes à responsabilité. L'accès aux financements, à l'entrepreneuriat, ou encore à des domaines clefs comme les sciences, l'innovation, l'ingénierie et les nouvelles technologies sont autant de défis à relever dans une région où codes culturels et cadres réglementaires restent parfois des obstacles. 

Le 6 avril 2021 s'est tenue la 15ème édition des Journées économiques de l'Institut du monde arabe, en mode 100% numérique, et cette année, ce sont les femmes qui ont été mises à l'honneur. 

©<a href="https://www.imarabe.org/fr/activites/rencontres-debats/rencontres-economiques-du-monde-arabe">IMA</a>
©IMA
Pour la première table ronde des rencontres économiques de l'IMA, la thématique était Empowerment et leadership féminin : vision, enjeux et perspectives. Quatre femmes inspirantes ont pu débattre : Nadia Fettah Alaoui, ministre marocaine du Tourisme, du Transport aérien et de l'Artisanat, la princesse Intisar Al Sabah (Koweit), Salma Al Rashid, avocate au sein de l'organisation Al Nahda (Arabie saoudite), et Chiara Corazza, présidente du Women's forum.

Elles ont répondu aux questions de Terriennes :

Votre définition de l'empowerment

Nadia Fettah Aloui : Ma définition personnelle de l'empowerment, c'est être en action et non en réaction. C'est être libre et autonome. Et cela se matérialiserait par le pouvoir de diriger et de décider. Au cours des dix premières années de ma carrière, j'ai évolué dans un milieu très masculin, où l'on me faisait remarquer que je faisais un métier d'homme. J'ai alors pris des postes que d'autres ne voulaient pas.

Puis j'ai rejoint un milieu professionnel plus féminin, et là j'ai pu gravir les échelons sans trop de difficulté. Mais c'est un reproche que l'on pourrait faire souvent aux femmes : on a souvent tendance à vouloir être les bonnes élèves. On nous choisit souvent parce que travailleuses, rigoureuses. J'aimerais mettre en avant d'autres qualités, il faut aussi que les femmes soient reconnues en tant que visionnaires et stratèges. 
 
Nadia Fettah Alaoui, ministre marocaine.
Nadia Fettah Alaoui, ministre marocaine.
©Twitter/Nadia Fettah Alaoui
Nadia Fettah Alaoui est depuis 2019 ministre du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport aérien et de l’Économie sociale du Maroc, première femme à ce poste. Elle occupait le poste de Directrice générale de Saham Finances, pôle assurance du Groupe depuis 2017. Le prix CEO of the year à l’Africa CEO Forum 2018 d’Abidjan lui a été décerné.

Née d'un père ingénieur et d'une mère brillante et cultivée, mais qui n'avait pas eu les moyens de poursuivre des études car elle avait dû commencer à travailler à 17 ans. Après des études à HEC en France, elle rentre au Maroc. En 2012, elle fonde le Club des Femmes Administrateurs au Maroc, membre du réseau international "Women Corporate Directors" qui aide les femmes à accéder aux conseils d'administration et à des postes décisionnaires, et fait aussi de la sensibilisation.
Princesse Intisar al Sabah : Je vais parler de mon histoire personnelle. J'ai eu une enfance très heureuse, avec des parents aimants. Puis je me suis mariée, jeune, à 20 ans. Au bout de trois ans de cette union, j'ai été abusée, mentalement tout d'abord, puis physiquement. En y repensant bien plus tard, je me dis "Pourquoi me suis-je laisser abuser ?" Je n'en avais jamais parlé à ma famille, j'ai gardé ce secret comme une honte. Et je suis restée quatre ans de plus, pour mes enfants, pour mes proches, j'avais peur de ce qu'ils allaient dire. Enfin, j'ai fini par partir.

Mon empowerment à  moi, cela a été de penser à moi en priorité, de me mettre à la première place. C'est mon histoire, mais c'est aussi celle de beaucoup de femmes à travers le monde. Vous avez le droit et le devoir de vous placer en premier, voilà votre force. Aujourd'hui, je n'ai plus honte, et depuis que j'ai parlé publiquement de mon histoire, je me sens libre et forte, voilà mon empowerment
 
Princesse Sheikha Intisar Al Sabah
Princesse Sheikha Intisar Al Sabah
©Fondation Intisar
Sheikha Intisar Al Sabah, princesse de la famille royale koweitienne. Elle a créé la fondation Intisar qui a pour but d'autonomiser d'ici 2040, un million de femmes arabes. A 35 ans, après avoir été la maman à plein temps de ses 4 filles, elle entre au conseil  d'administration familial dont, au bout de 8 ans, en gravissant peu à peu les échelons, elle devient la présidente et directrice générale.

En 2011, elle lance un groupe de presse et crée plusieurs magazines consacrées au voyage, au bien-être et à la santé, s'adressant en particulier aux femmes. Elle est aussi à la tête d'une entreprise de cosmétique et de bijoux de luxe, dont une partie des recettes sont reversées à sa fondation. En 2013, elle fonde ALNOWAIR, une ONG qui aide les femmes victimes de la guerre à guérir par le théâtre, au Liban et en Jordanie. Sa fondation a aussi lancé un programme de maîtrise en thérapie par l'art dramatique dans les universités régionales, afin d'augmenter le nombre de thérapeutes par l'art dramatique dans le monde arabe.
Salma Al Rashid : L’empowerment, c'est pour moi un concept multidimensionnel. Au niveau individuel, c’est une responsabilisation : les femmes et les filles doivent pouvoir avoir le choix, en développant leurs compétences et en ayant toutes les cartes en main de façon à maîtriser leur vie et leur environnement. L’empowerment, c’est aussi, au niveau de la communauté, s’assurer que l’environnement dans lequel vivent et travaillent les femmes et les filles leur est favorable, à travers des politiques réactives et proactives contre les barrières socioculturelles qui entravent la pleine et égale participation des femmes à la société.

L’empowerment, c’est à la maison, au sein de la communauté, dans la vie publique, dans les sphères politiques et personnelles.  C’est transmettre la conviction que celles que nous voulons "empouvoirer" ont déjà, en elles, les clés pour le faire. C’est notre rôle, à nous, qui sommes en position de leur transmettre le pouvoir, de les aider à comprendre qu'elles ont des atouts en main et à les exploiter pleinement. De nous assurer qu’il existe des garde-fous, des filets de sécurité adaptés aux besoins des femmes en fonction des circonstances. C’est préparer le terrain d’un écosystème en faveur de l’empowerment en créant les conditions de l’équité.
 
Salma Al Rashid, sherpa au <em>Women 20</em>, le G20 au féminin, et porte-voix des Saoudiennes. 
Salma Al Rashid, sherpa au Women 20, le G20 au féminin, et porte-voix des Saoudiennes. 
©DR
Salma Al Rashid est avocate en chef au sein de ALNahda, fondée en 1962, qui signifie "éveil", une organisation qui travaille à l'autonomisation des Saoudiennes économiquement et socialement à travers des projets de développement. Elle a été nommée "ambassadrice sherpa " pour le Women 20, le G20 féminin. 

En 2015, cette militante mène campagne pour améliorer l'éducation civique auprès des femmes, et des hommes, lors des élections municipales dans son pays, les premières auxquelles les femmes ont pu participer, comme électrices et candidates. Porte-parole des Saoudiennes, elle participe aux tribunes internationales pour faire entendre leur voix et défendre une culture inclusive. 

Chiara Corazza : Le plus important pour moi, c'est le pouvoir de choisir, de prendre en main sa destinée. Cela passe bien entendu par l'indépendance économique. Mais c'est surtout la capacité de décider. D'avoir les cartes en main pour choisir la vie que l'on veut mener dans la société que l'on souhaite, d'avoir les clefs pour réussir et faire ce que l'on souhaite faire. C'est la capacité d'avoir une vision, une ambition, et pas seulement pour soi-même, même si ce n'est pas toujours facile, c'est ce qui est mon moteur.

Il faut se montrer, car si on n'est pas visible, on ne compte pas ! 
Chiara Corazza

Prendre sa place politique, et cela passe par la confiance en soi. Et puis, ça passe aussi par les réseaux. C'est la force des autres qui nous donne de la force ! La solidarité et la sororité contribuent à l'empowerment. Depuis que je suis toute petite et que je veux changer le monde, avec mes deux soeurs, le défi pour moi c'était de dépasser ma timidité, mon horreur de prendre la parole en public, mon horreur de devoir me montrer. Je suis quelqu'un qui aime agir dans l'ombre, cachée, mais je me suis rendue compte que ce n'était pas possible. Il faut se montrer, car si on n'est pas visible, on ne compte pas ! 

Chiara Corazza est née à Rome. Ancienne journaliste, et professeure, elle a parcouru la planète pour promouvoir l’attractivité du "Grand Paris". De Pékin à Los Angeles, a rencontré tous les puissants pour faire venir les investisseurs en Ile-de-France. De nationalités britannique et italienne, elle est la Directrice Générale du Women’s Forum for the Economy & Society depuis 2017. Cette mère de deux enfants porte, dans le cadre du forum, la voix des femmes à travers le monde.
Elle est aussi membre du conseil d’administration de la RATP, de la compagnie d’assurance APRIL et de l’AIWF (Arab International Women’s Forum).  En 2018, elle est nommée représentante de la France de la Businesss Women Forum Leader’ Taskforce, chargée de préparer des recommandations aux chefs d’Etats du G20. Christine Lagarde lui a remis le titre de Chevalier de la Légion d’honneur en 2009.​
 

Leadership : plus facile ou plus difficile pour les femmes du monde arabe ? 

Nadia Fettah Alaoui : Il y a des progrès pour encourager les femmes à l'emploi et aux postes à responsabilité, mais on est vraiment loin du compte. Je voudrais parler d'éducation : il y a encore, dans le monde entier, des millions de fillettes qui ne peuvent pas aller à l'école. Il y a encore énormément de choses à faire, en particulier pour les jeunes femmes du milieu rural, et au niveau des études supérieures. On va dire que, traditionnellement, les Marocaines sont plutôt destinées à être femmes au foyer, mais malgré tout, dans les universités et dans les grandes écoles, la proportion des jeunes femmes est en train de progresser.
 
Selon les chiffres de 2018...
Plus de 60 millions de filles n’ont pas accès à l’éducation dans le monde
500 millions de femmes ne savent pas lire
Plus de 150 pays ont des lois discriminatoires à l’égard des femmes

Pour améliorer le leadership féminin, il faut qu'il y ait suffisamment de femmes ayant le niveau d'éducation et de formation pour pouvoir accéder à ces postes. Au Maroc, au niveau des ingénieurs, nous sommes quasimment à la parité, c'est encourageant. Maintenant, à travers le monde et dans le monde arabe, il y a encore de nombreux pays qui continuent à appliquer des lois discriminatoires envers les femmes. Il faut aussi travailler sur l'inclusion financière des femmes. Au Maroc, par exemple, on accepte que ce soient elles les cheffes du foyer ; en revanche, on va se cacher derrière notre culture et parfois derrière notre religion pour leur refuser bien d'autres positions de leadership qu'elles méritent.  

Princesse Intisar Al Sabah : Au Koweit, et ce depuis des années, les filles ont de meilleurs résultats que les garçons à l'entrée dans l'éducation supérieure. Si bien que le gouvernement a introduit des quotas de garçons dans les écoles de médecine et d'ingénieurs. Sinon, nous aurions 80 % à 90 % d'ingénieures et de femmes médecins ! Donc on sait recourir aux quotas... pour les garçons ! Mais toujours pas pour les filles. Les hommes ont réclamé, alors que les femmes n'ont jamais exigé de quotas pour être représentées dans toutes les sphères de la société.

Les Koweitiennes excellent à l'école et à l'université, c'est à l'entrée sur le marché du travail qu'apparaît le plafond de verre.
Princesse Intisar Al Sabah

Les Koweitiennes excellent à l'école et à l'université, c'est à l'entrée sur le marché du travail qu'apparaît le plafond de verre. Et pourtant, la première femme au monde à la tête d'une agence de presse nationale (Kuna, ndlr) était une Koweitienne ; la première femme major d'université était aussi une Koweitienne... Les succès individuels sont nombreux, mais ils ne font pas bloc. Ces femmes extraordinaires inspirent, mais le plafond de verre est encore solide.

Ce plafond de verre, nous nous l'infligeons souvent nous-mêmes. Moi aussi, j'ai mis du temps à comprendre que j'étais la première en cause. Ma réflexion et mon ambition ne se heurtent pas au plafond de verre - elles se le construisent. Cela fait des millions d'années que les femmes s'entendent dire qu'elles sont inférieures aux hommes. Il faut maintenant apprendre à se mettre en avant. J'estime à 50 % la part des barrières que nous nous mettons à nous-mêmes, et à 50 % la part des autres facteurs qui entravent les femmes.

Plusieurs évolutions peuvent permettre de faire bouger les lignes. Tout d'abord, les femmes doivent s'unir ; en collaborant, nous pouvons faire des miracles. Ensuite, les universités doivent appliquer des quotas dans toutes les disciplines : 50 % d'hommes, 50 % de femmes. Et surtout, les femmes doivent exiger la parité au gouvernement, au Parlement et dans les corps diplomatiques. Au Koweit, les femmes représentent près de 50 % de la main-d'oeuvre, mais elles ne sont que quelques-unes dans des positions de leadership.

Salma Al Rashid : Avoir le droit de conduire ne suffit pas ! La période actuelle est véritablement cruciale pour les femmes en Arabie saoudite. Le pays vit des transformations sans précédent, axées sur une diversification de l'économie qui ne peut se réaliser qu'avec la pleine participation des femmes. Un tiers des objectifs pour 2030 ont un aspect social, avec les femmes au coeur de la stratégie de prospérité, portées par une forte volonté politique d'agir et de réformer.

La société saoudienne commence juste à récolter les fruits de cette évolution. La représentation des femmes va croissante et elles sont de plus en plus présentes dans les positions de leadership, dans tous les secteurs. Elles sont désormais 20 % au Conseil de la Choura, 50 % au Conseil de la commission pour les droits humains. Récemment, nous avons aussi nommé des ambassadrices et des ministres femmes.
Dans le secteur privé, la bourse est dirigée par une femme, comme l'une de nos plus grandes banques. 

A l'occasion de Women20, l'an dernier, un processus participatif a permis d'identifier les priorités des Saoudiennes de tout le royaume. Résultats : 39 recommandations de mesures destinées à accélérer l'empowerment des femmes, à commencer par leur pouvoir de décision dans des domaines aussi divers que le numérique, la politique, l'entrepreunariat, l'autonomie financière... 8 de ces 39 recommandations portaient sur la prise de décision dans le secteur public et privé. La volonté politique d'éliminer les barrières discriminatoires légales envers les femmes est essentielle. Cela fait, les barrières culturelles et sociales suivront.

Chiara Corazza : Il y a énormément de femmes modèles dans le monde arabe, paradoxalement. En Algérie, par exemple, vous avez près de 50% de femmes dans les STEM, ces métiers qui donnent la clef des changements du monde en cours. En Arabie saoudite, vous avez plus de 60% de femmes ingénieures, et 65% dans les Emirats. Au Koweit, il y a des femmes patronnes de banque et dans la finance. En même temps, on retrouve les mêmes problèmes qu'ailleurs : 52% de la force de travail est représenté par le travail des femmes, qui contribuent à 34% des richesses dans le monde.
 
Dans le monde arabe, 1 start-up sur 3 est fondée ou dirigée par une femme. Ce secteur étant très jeune, les stéréotypes de genre traditionnellement liés aux STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques)  n’y sont pas prévalents. Ainsi, dans certains de ces pays, les femmes représentent jusqu’à 57% des diplômés des domaines des STEM, avec un record de 65% de femmes ingénieures aux Emirats Arabes Unis.
L'égalité dans le monde économique créerait 240 millions d'emplois et ajouterait 28 trilliards au PIB mondial d'ici 2025 ! Quel gaspillage ! Le Women's forum n'oppose pas les femmes et les hommes, mais constate que les Etats avec une gouvernance à majorité féminine ont surperformé de 34% pendant la crise sanitaire !

Le problème n'est pas le manque de compétence, le problème ce sont les stéréotypes, conscients ou inconscients, qui persistent dans le monde entier. Exemple : dans les pays du G7, selon notre enquête, 1 personne sur 4, homme ou femme, est convaincue que le cerveau des femmes est différent de celui des hommes... Autre chiffre très choquant : 53% des femmes et hommes pensent encore qu'aujourd'hui, on ne peut pas être une bonne mère et mener une carrière en même temps... Ce sont les mentalités qu'il faut changer ! C'est important de faire venir les filles, mais aussi de les garder dans les entreprises. Donc oui aux quotas qui font sens, en préparant le vivier.