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En Bulgarie Viktoria Marinova, journaliste violée, assassinée. Pour avoir pointé la corruption à grande échelle ?

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#JusticeForVictoria le mot dièse, hashtag, lancé par la Fédération européenne des journalites après l'assassinat et le viol de Victoria Marinova - Récit TV5MONDE, Loup Bureau, durée : 1'42"

L'assassinat et le viol de Viktoria Marinova, journaliste bulgare d'une chaîne de télévision locale, qui s'était récemment intéressée à des dossiers de corruption, n'étonne malheureusement plus, après ceux d'autres enquêtrices pugnaces, cibles privilégiées des nouvelles mafias, politiques et économiques.  Ou de prédateurs sexuels.

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Mise à jour 10 octobre 2018 : Un homme soupçonné du meurtre et du viol de la journaliste bulgare Viktoria Marinova, dans le nord de la Bulgarie, a été arrêté en Allemagne où il s'était enfui, ont annoncé mercredi 10 octobre 2018, les autorités bulgares. Elles disent exclure "à ce stade" un motif lié à la profession de la victime. Le suspect, dont l'ADN a été retrouvé sur la scène du crime, a été arrêté en Allemagne sur la base d'un mandat d'arrêt européen. Dénommé Severin Krasimirov, le suspect, un Bulgare né en 1997, était déjà recherché pour meurtre et pour viol. Il se serait enfui en Allemagne par la route via la Roumanie au lendemain du crime. « Le profil du suspect interpellé rend plus incertaine l'hypothèse d'un assassinat lié au travail de la victime », disent encore les enquêteurs bulgares. 

Le corps de Viktoria Marinova, 30 ans, responsable administrative et présentatrice sur TVN, une chaîne locale de Ruse ou Roussé ou même Roustchouk (nord du pays, proche de la frontière avec la Roumanie), avait été découvert samedi 6 octobre 2018 dans un parc de la ville. C'est le procureur régional, Georgy Georgiev qui en a fait l'annonce. La jeune  journaliste avait été frappée à la tête et étranglée, le ministère de l'Intérieur précisant qu'elle avait aussi été violée.
Une "précision" effrayante, que l'on retrouve dans d'autres assassinats récents de femmes journalistes, tel celui de la suédoise Kim Wall en août 2017... 

Elle animait une émission consacrée aux questions de société diffusée localement à Ruse, grand port des bords du Danube, à la frontière avec la Roumanie. Dans le dernier numéro de son magazine, celui du 30 septembre 2018, elle avait diffusé un entretien avec deux journalistes d'investigation réputés, le Bulgare Dimitar Stoyanov du site Bivol.bg et le Roumain Attila Biro, qui enquêtent sur des soupçons de fraudes aux subventions européennes qui impliqueraient des hommes d'affaire et des élus. Ce que note Darren McCaffrey, analyste à Euronews : "Au moment de son assassinat, Victoria Marinova, journaliste et productrice à la chaîne TVN, travaillait apparemment à une enquête sur des allégations de corruption impliquant des fonds européens."

La mort de Viktoria, la façon brutale dont elle a été tuée, est une exécution faite pour servir d'exemple
Assen Yordanov, confondateur du site Bivol.bg

Le cofondateur de Bivol.bg Assen Yordanov a confié à l'Agence France Presse avoir reçu des informations crédibles selon lesquelles les journalistes de son site étaient en danger en raison de cette enquête. 

"La mort de Viktoria, la façon brutale dont elle a été tuée, est une exécution faite pour servir d'exemple", a-t-il accusé. En Bulgarie, en Europe, et dans le monde entier, ce nouvel assassinat alarme les ornanisations professionnelles ou de défense des journalistes. Comme la Fédération européenne des Journalistes le lance par la voix de son secrétaire général Ricardo Gutiérrez : "La @EFJEUROPE demande aux autorités d'identifier et d'arrêter les responsables du meurtre horrible de la journaliste Victoria Marinova en Bulgarie."

Le dernier classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF) a placé la Bulgarie (membre de l'Union européenne depuis 207) à la 111ème place sur 180, de loin la pire de l'UE, et le pays est régulièrement mis en cause pour son environnement médiatique corrompu qui porte atteinte à la liberté d'informer.

Cette situation alarmante a conduit de nombreux observateurs à faire le lien entre le meurtre de la journaliste et sa profession.

Le représentant pour la liberté des médias à l'OSCE, Harlem Désir, s'est dit "choqué" par le meurtre d'une "journaliste d'investigation", appelant à une "enquête complète et rigoureuse". "Très préoccupée par le meurtre de Victoria Marinova de Bulgarie. Marinova est le troisième journaliste assassiné cette année dans l'Union européenne. Je suis également très  inquiète de ce qui semble être l'assassinat barbare du journaliste saoudien Ahmad Khashoggi en Arabie saoudite." a tweeté Karin Kneissl, ministre des Affaires étrangères d'Autriche.  

Une journaliste disciplinée, ambitieuse, allant jusqu'au bout et habitée par un grand sens de la justice

De nombreux professionnels des médias ont partagé leur émotion et leur colère sur les réseaux sociaux, rappelant qu'elle était la troisième journaliste tuée en un an en Europe après le reporter Jan Kuciak en Slovaquie en février et la journaliste maltaise Daphné Caruana Galizia en octobre 2017.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New York, a dit être "choqué par un meurtre barbare". 

RSF a exhorté les autorités bulgares "à faire toute la lumière sur cet acte odieux", leur demandant de placer les collègues de Mme Marinova sous protection.

"Nous sommes sous le choc. Jamais nous n'avons reçu de menace sous aucune forme", a aussi déclaré un journaliste de TVN Ruse, collaborateur de la victime, sous couvert d'anonymat. Il a ajouté que ses collègues et lui craignaient désormais pour leur sécurité.

Il a décrit Mme Marinova, mère d'un enfant, comme une journaliste "disciplinée, ambitieuse, allant jusqu'au bout et habitée par un grand sens de la justice". Elle avait notamment donné la parole à des personnes en souffrance, confrontées à des problèmes de violences conjugales, d'alcoolisme ou de handicap.

Des sources policières ont déclaré douter du lien direct entre le meurtre et la profession de la journaliste. "Son téléphone portable, ses clés de voiture, ses lunettes et une partie de ses vêtements ont disparu", a précisé le parquet local, ajoutant que le crime avait vraisemblablement été commis en plein jour. Les enquêteurs examinent toutes les pistes, liées tant à sa vie personnelle que professionnelle.

Le Premier ministre de centre droit Boïko Borissov a assuré qu'en raison des preuves rassemblées, l'élucidation du crime ne serait "qu'une question de temps".

La Bulgarie, un pays où les violences contre les femmes explosent

Selon le dernier rapport de RSF, les journalistes d'investigation bulgares sont exposés à "de nombreuses formes de pression et d'intimidation" et font face à des "oligarques exerçant un monopole médiatique et à des autorités soupçonnées de corruption et de liens avec le crime organisé". Selon l’Association des journalistes européens, basée en Bulgarie, les journalistes de médias régionaux et locaux sont particulièrement exposés.

Mais la fréquence des cas de violences contre les femmes est également un phénomène préoccupant dans le pays. Une étude d’Eurobaromètre montre que la Bulgarie se range en première position au sein de l’UE pour ce qui est des stéréotypes des genres. Et le pays n'a pas adhéré à la Convention d'Istanbul (2011) sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, un non sujet semble-t-il pour les autorités de Sofia. 

Deux veillées en hommage à la journaliste sont prévues le 8 octobre au soir à Sofia (la capitale) et Ruse. Pour les journalistes bulgares, les coupables n'ont même pas cherché à effacer leurs traces. Façon de prévenir d'autres intrépides qui voudraient se frotter à eux. 

"Au revoir, Vicky. tu es partie quelque part, mais tu restera toujours avec nous" peut-on lire en hommage sur le site de TVN Ruse, la chaîne de télévision qui employait Viktoria Marinova. Et le hashtag, mot dièse, #JusticeForVictoria a été lancé par ses consoeurs et confrères jounalistes européens, repris bien au delà du vieux continent. "Absolument horrible" conclut l'un d'entre eux.