Terriennes

En France, une étudiante sur 20 déclare avoir déjà subi un viol, selon une enquête

Une enquête menée par les étudiant-e-s pour les étudiant-e-s entre avril et décembre 2019 témoigne d'une omniprésence des violences sexistes et sexuelles dans le milieu étudiant. (Ici, une manifestation contre le viol et violences sexuelles en juillet 2020 à Paris)
Une enquête menée par les étudiant-e-s pour les étudiant-e-s entre avril et décembre 2019 témoigne d'une omniprésence des violences sexistes et sexuelles dans le milieu étudiant. (Ici, une manifestation contre le viol et violences sexuelles en juillet 2020 à Paris)
©AP Photo/Francois Mori

Une étudiante sur vingt dit avoir été victime de viol, une sur dix d'agression sexuelle. Voilà parmi les principaux constats d'une enquête menée l'an dernier dans une cinquantaine d'universités et grandes écoles, et initiée par les étudiant-e-s. Près de 10 000 jeunes, plus de jeunes femmes que d'hommes, ont répondu à ce questionnaire en ligne. Les résultats montrent l'ampleur et l'omniprésence des violences sexuelles dans le milieu universitaire. 

L'objectif était d'évaluer l'ampleur du phénomène. L'objectif a été rempli bien au-delà de toutes les estimations. En France, la culture du viol fait des ravages, et surtout dans le milieu universitaire et étudiant. 

Cette enquête a été réalisée par l'Observatoire étudiant des violences sexuelles et sexistes dans l'Enseignement supérieur, qui s'est constitué en mai 2019. Un questionnaire, diffusé en ligne entre avril et décembre 2019 auprès des étudiants d'une cinquantaine d'universités, prépas, grandes écoles, BTS, DUT, a reçu 10.381 réponses, majoritairement de femmes (76%).

"Conscients d’une sous-déclaration probable des cas, pour laquelle de multiples raisons peuvent être envisagées, notre collectif étudiant a pris l’initiative de se constituer en Observatoire Étudiant des Violences Sexuelles et Sexistes dans l’Enseignement Supérieur", précisent les auteurs de l'étude, "même si la méthode choisie a été conçue et validée par un groupe de travail interprofessionnel, cette enquête reste avant toute chose une initiative étudiante". 

Les questions ont été élaborées au sein d’un groupe de travail réunissant des étudiant-e-s, des professionnels de santé -infirmière, psychiatre -, sociologue, ainsi qu'expert en consulting et spécialiste en communication.  "L’objectif est de favoriser l’appropriation de la notion de violences sexuelles et sexistes par les étudiantes et étudiants et de libérer la parole étudiante sur le sujet", est-il écrit dans ce rapport publié ce lundi 12 octobre.

"Est-ce qu'on est les seuls à avoir vécu ça ou est-ce qu'on en fait un problème global qu'il faut analyser?", fut à l'origine de cette enquête, comme le précise l'une de ses initiatrices, Iris Maréchal sur Brut
 

Effet de groupe, alcool, impunité 

Parmi les principaux enseignements, une étudiante sur 20 (5%) dit avoir été victime de viol. Une étudiante sur 10 (11%) a été victime d’agression sexuelle. C'est aussi le cas de 5% des hommes, selon cette étude. 4% des répondant-e-s déclarent avoir été victimes de viol, dont certains plusieurs fois, pour être précis, sur 9 605 réponses concernant le viol, 217 déclarent avoir été "victime une fois" et 99 "victime plusieurs fois" .

Au total, 34% des étudiants déclarent avoir été victimes ou témoins de violences sexuelles : pour 24% d’entre eux, les violences ont été subies sous l’emprise de l'alcool. Ces violences physiques sont plutôt commises en soirée ou en week-end hors du campus : c’est le cas pour 56% des viols.

L'effet de groupe (20%), l’impunité (18%), la consommation excessive d’alcool (18%) et le manque d’éducation des étudiants (18%) sont les causes de violence les plus souvent énoncées dans le questionnaire.

L’alcool n’est jamais la cause des violences et n’excuse aucun acte, l’agresseur est toujours responsable de ses actes.
Extrait rapport Observatoire Étudiant des Violences Sexuelles et Sexistes dans l’Enseignement Supérieur

Ces violences sont principalement le fait d'étudiants. "Il s’agit donc souvent du cercle d’amis proches et de personnes connues de la victime", souligne le rapport. 2 faits sur 3 sont commis par des étudiants de genre masculin en ce qui concerne les viols et les violences sexuelles sans alcool. 3 faits sur 4 sont commis par des étudiants de genre masculin lorsqu’il s’agit de contact physique non désiré ou de violences sexuelles dans un contexte alcoolisé. 

"Des actions doivent être menées afin de faire comprendre aux étudiantes et étudiants que l’alcool n’est jamais la cause des violences et n’excuse aucun acte, l’agresseur est toujours responsable de ses actes", préconisent les auteurs de l'enquête.

Les répondants sont majoritairement des personnes s’étant déclarées femmes à 76,3%, contre 23,7% s’étant déclarées hommes. "La surreprésentation des femmes dans l’échantillon est surprenante au vu de la taille de l’échantillon et de leur proportion dans la population étudiante globale. Cela montre sans nul doute que les femmes se sentent plus préoccupées par les violences sexuelles et sexistes et souhaitent plus échanger sur cette problématique que les hommes", lit-on dans le rapport.

Les résultats de cette étude montrent que les étudiants les plus réceptifs sont les troisième, quatrième et cinquième années, soit des étudiants qui ont déjà une certaine expérience de la vie étudiante. "Cela implique probablement de réfléchir à la façon de sensibiliser les étudiantes et étudiants en début de cursus avec l’aide de ces étudiantes et étudiants plus conscients des problématiques", conclut le rapport.

Pratiquement 1 étudiant sur 5 ne connaît pas la distinction entre agression sexuelle et viol.

©Observatoire étudiant sur les violences sexuelles

Vers une prise de conscience du sexisme

35% des hommes questionnés considèrent leur établissement comme égalitaire contre 27% des femmes. 71% des répondants considèrent que le contexte général ainsi que les traditions de leur établissement d’enseignement supérieur ne sont pas parfaitement égalitaires au regard du genre des individus. Les femmes ont plus tendance à considérer le contexte général de leur établissement comme sexiste que les hommes.

Et la proportion de répondants qui considèrent leur établissement comme sexiste augmente significativement avec les années d'études. "Nous faisons l’hypothèse que les étudiantes et étudiants (...) prennent conscience de la réalité des violences sexistes au fur et à mesure de leur vie étudiante", soulignent les auteurs de l'enquête. 58% des étudiantes et étudiants en première année considèrent que le contexte de leur établissement n’est pas égalitaire, 77% des étudiantes et étudiants en 5ème année et en doctorat. 55% des étudiantes et étudiants en première année considèrent que les traditions de leur établissement sont sexistes, 79% des étudiantes et étudiants en 5ème année.

Les dispositifs mis en place par les établissements pour faire face à ce type de situations sont méconnus, souligne enfin le rapport. Plus d’un quart des répondants ne savent pas s’il en existe dans leur établissement et 18 % considèrent qu’il n’en existe aucun.

Les réponses des étudiantes et étudiants montrent bien qu’il est difficile d’en parler et notamment auprès des établissements scolaires. 3 victimes ou témoins sur 4 n’ont pas informé leur établissement des violences et la raison est régulièrement le sentiment que cela n’aurait servi à rien ou n’aurait pas été écouté.
 

Le contexte étudiant, propice à toutes les violences ?

Les résultats de l’analyse des réponses au questionnaire sont alarmants et témoignent d’une omniprésence des violences dans le contexte étudiant, conclut le rapport de cette enquête.

"La violence verbale, les LGBTQI+phobies et les contacts non-désirés semblent être les violences les plus fréquentes et les plus banalisées auxquelles les étudiantes et étudiants font face : plus d’une personne sur deux a été victime ou témoin de violence verbale (58%), près d’une personne sur deux a été victime ou témoin de contact physique nondésiré (48%), 40% des répondants ont été témoins ou victimes de propos LGBTQI+phobes", est-il précisé.

"Maintenant qu'on a montré qu'il y avait un problème, clairement, l'inaction n'est plus une option", lance Iris Maréchal, l'une des étudiantes à l'origine de cette enquête, la première d'une telle ampleur rapportant la parole de près de 10 000 étudiant-e-s en France.