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En Jordanie, Lina Khalifeh enseigne aux femmes l'auto-défense contre les violences sexuelles

Etudiante de 21 ans, Taima s’entraine avec Lina Khalifeh depuis plusieurs mois.
Etudiante de 21 ans, Taima s’entraine avec Lina Khalifeh depuis plusieurs mois.

A 33 ans, Lina Khalifeh est à la tête du centre SheFighter, la première école dédiée aux sports de combat et à l’auto défense pour femmes en Jordanie. Cette championne des arts martiaux apprend aux Jordaniennes à se défendre contre un fléau qui ronge son pays : la violence envers les femmes. 

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Une dizaine d’enfants pratiquent leurs techniques de combat au son d’une forte musique techno devant les miroirs aux contours roses qui tapissent les murs du centre. Sur les tatamis centraux, Taima Jaber, une jeune étudiante vêtue de son uniforme d’entrainement, des pantalons noirs et un pull rose avec l’inscription « SheFighter » sur la poitrine, attend Lina Khalifeh pour débuter son entraînement du jour. « Toutes sortes de femmes suivent mes cours. Certaines n’ont jamais fait de sport, d’autres sont de grandes sportives. Nous permettons même à des mères de s’entrainer avec leurs enfants pour qu’elles n’aient pas à les laisser à la maison », explique d’emblée Lina en rejoignant ses élèves sur les tapis roses.

C'est un lieu pour les femmes. Elles y apprennent à avoir confiance en elles, grâce à l'utilisation des arts martiaux.
Lina Khalifeh, fondatrice de "SheFighter", ceinture noire de taekwondo

 
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Images : Union pour la Méditerranée. Le récit de Lina Khalifeh s’inscrit dans le cadre du projet « Femmes d’avenir en Méditerranée (FAM) », promu par l’Union pour la Méditerranée (UpM)
Avec près de 20 ans d’expérience dans les arts martiaux et une ceinture noire de taekwondo, Lina Khalifeh est une véritable précurseur dans son pays. C’est à l’école de son oncle, à Amman, que Lina, adolescente, a découvert sa passion pour les arts du combat. Elle a continué à parfaire ses techniques en représentant la Jordanie lors de nombreuses compétitions internationales ainsi qu’en voyageant au Canada et aux États-Unis. « J’ai vu des amies être victimes de harcèlement sexuel et être complètement sans défense, ne sachant pas comment réagir ni comment regagner de la confiance en elles. Je voulais aider », raconte Lina.
Taima s’entraine à soulever un pneu, une technique utilisée par Lina à fin de gagner de la force musculaire.
Taima s’entraine à soulever un pneu, une technique utilisée par Lina à fin de gagner de la force musculaire.

Changer les mentalités par les arts martiaux

« J’ai confiance en moi et je sais maintenant que je pourrais me défendre. Lina nous apprend à être forte et à ne jamais nous sous-estimer », confie Taima qui s’entraîne au centre depuis plusieurs mois. En plus des arts martiaux et des techniques d’auto-défense, Lina donne de nombreux séminaires sur l’auto-défense. Harcèlement sexuel, violence domestique, abus, la championne d’arts martiaux aborde sans tabou des sujets qui sont généralement passés sous silence dans sa société. 

En plus de son studio, Lina visite des écoles et même des orphelinats à fin d’enseigner aux femmes comment éviter les situations abusives aussi bien à la maison que dans la rue. « Nous voulons que les femmes aient confiance en elles », affirme Lina.

Malgré tout, la jeune entrepreneure refuse d’être qualifiée d’activiste. Elle n’est, selon elle, qu’une réaliste, et croit que le changement ne viendra qu’en s’attaquant directement aux problèmes. « Ce n’est pas toujours facile de parler de sujets aussi délicats puisque notre société ne reconnait souvent même pas le problème. Je reçois cependant énormément de soutiens et de commentaires positifs à la fin de mes conférences », avoue-t-elle. 
Les dessins réalisés par les jeunes élèves de Lina.
Les dessins réalisés par les jeunes élèves de Lina.
Avec le succès de SheFighter, Lina s'engage pour un second centre à Amman et veut étendre son expertise à d’autres pays du Moyen-Orient tels que l’Égypte, le Liban et les Émirats arabes unis. SheFighter avait même été sélectionné par le programme suédois She Entrepreneur en tant que l’une des meilleures entreprises à vocation sociale au Moyen-Orient.  Elle a même été invitée à présenter son programme devant la famille royale de Suède.
 
Précisions de la rédaction de Terriennes : le reportage photos ci-dessous date de 2014 tandis que l'entretien vidéo avec Lina Khalifeh et l'une de ses élèves a été réalisé début 2018  dans le cadre du projet de coopération régionale « Femmes d’Avenir », impulsé par l'Union pour la Méditerranée et dirigé par Science Po Paris