Terriennes

Espagne, le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez à l'épreuve de la parité : 11 femmes et 6 hommes !

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Récit de notre partenaire RTBF - 1'50"

Le gouvernement espagnol constitué le 6 juin 2018 après la chute du conservateur Mariano Rajoy est le plus féminin que l'Espagne ait jamais connu. Qui plus est, les femmes y occupent des postes de premier plan.  Même s'il est promis à un avenir bref, ce choix est salutaire, pour l'Espagne et au delà. 

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Le hasard est parfois ironique : à une semaine d'intervalle, deux grands pays du Sud de l'Europe présentaient leurs nouveaux gouvernements, constitués à l'occasion de crises politiques. L'Italie devait composer avec une alliance des extrêmes, droite et gauche, autoproclamées anti-système ; tandis qu'en Espagne le parti conservateur chutait après de graves affaires de corruption au sommet de l'Etat. Les conséquences en terme de parité ont été diamétralement opposées : le mouvement 5 étoiles - M5S (gauche populiste) et la Ligue (extrême droite) proposaient à Rome une formation de 18 ministres, dont seulement cinq femmes, tandis que le chef de file du Parti socialiste espagnol annonçait un cabinet  pro-européen et majoritairement féminin. 

Côté italien, les cinq femmes ont été assignées à des fonctions plutôt "féminines" de la Santé - Giulia Grillo, de la Fonction publique - Giulia Bongiorno, des Affaires régionales - Erika Stefani, et du Sud - Barbara Lezzi, un seul ministère "régalien" leur étant octroyé, celui de la Défense - Elisabetta Trenta. Manifestement, le premier ministre Guiseppe Conte a été plus attentif à l'équilibre politique qu'à celui des genres. 

Les ministres italiennes de la Fonction publique et de la Défense pourront échanger en tout cas avec leurs homologues espagnoles. 
Parce qu'en Espagne, en revanche, pour la première fois, les hommes seront en droit de réclamer plus de parité. Avec deux tiers de femmes, le socialiste Pedro Sánchez Pérez-Castejón a sans doute voulu marquer les esprits. 

Le gouvernement le plus féministe d'Europe

Ce qui frappe dans ce nouveau gouvernement espagnol n'est pas seulement le nombre majoritaire de femmes, mais aussi leur place dans la hiérarchie. Si la présidence du Conseil reste entre les mains d'un homme, la vice-présidence, essentielle dans les rouages constitutionnels de la péninsule ibérique échoit à une femme, María del Carmen Calvo Poyato, qui assurera aussi les charges de porte-parole, celles des relations avec les Cortes (le parlement) et ... l'Egalité.  Cela revient à signifier que l'égalité entre les genres devient l'un des principaux axes de travail de cet exécutif.  

"La composition de ce gouvernement est le reflet du meilleur de la société espagnole, paritaire, intergénérationnel et ancrée dans l'Union européenne", a commenté Pedro Sánchez Pérez-Castejón, assez fier de lui de secouer une société encore vécue comme ultra machiste par les Espagnoles. En témoignent les défilés massifs et spontanés après la requalification d'un viol collectif en abus sexuel (avril 2018), la grève générale et très suivie du 8 mars 2018, ainsi que les manifestations qui l'ont accompagnée. 

Pedro Sanchez a aussi choisi de placer des femmes à des postes centraux, en particulier aux manettes économiques, au point que la presse espagnole se demande si le Conseil des "ministros" (ministres au masculin) ne devrait pas être rebaptisée des "ministras" (au féminin). 
Le conseil des "Ministras" (des ministresses pourrait-on dire quoique le mot ministre soit épicène en français) titre la Razon... Tandis que El Correo se félicite de ce "gouvernement le plus féministe d'Europe"... Voire du monde
Le conseil des "Ministras" (des ministresses pourrait-on dire quoique le mot ministre soit épicène en français) titre la Razon... Tandis que El Correo se félicite de ce "gouvernement le plus féministe d'Europe"... Voire du monde
L'ancienne procureure antiterroriste Dolores Delgado arrive à la Justice et l'ancienne juge de la Cour suprême Margarita Robles à la Défense. Isabel Celaa sera chargée de l'Education, Magdalena Valerio du Travail, Carmen Montón de la Santé, Meritxell Batet i Lamaña pour la Politique territoriale et de la Fonction publique, Teresa Ribera Rodríguez de la transition écologique, María Reyes Maroto Illera à l'Industrie, au Commerce et au Tourisme.

Les femmes aux finances et à l'économie, le nerf de la guerre

Le socialiste a surtout choisi deux femmes pour diriger son équipe économique qui, selon sa promesse de la semaine dernière, "devra avoir pour priorité principale de respecter les engagements européens" en matière de déficit public. Aux côtés de Nadia Calviño à l'Economie, Maria Jesus Montero prend le portefeuille des Finances. Assumant déjà cette responsabilité au gouvernement régional de l'Andalousie, elle avait ainsi dû pratiquer dans sa région les coupes claires dans les dépenses publiques ordonnées par le gouvernement conservateur.

Mieux que la Finlande ou l'Islande, c'est dire

Sur les réseaux sociaux, il y a d'abord les enthousiastes, comme celle-ci : "64,7% du nouveau gouvernement de Sanchez est composé de femmes ministres, cela dépasse même les pays nordiques comme la Finlande, chefs de file dans #OlaFeminista et #Gender equality."
"Entre le gouvernement des vieux conservateurs de Rajoy et le gouvernement des femmes et de la jeunesse progressiste de Pedro Sanchez, il n'y a pas photo. Allez, Pedro !!" se réjouit cet autre... 
Mais bien sûr, il y aussi les grincheux, à commencer par ceux qui veulent que la parité soit... strictement paritaire. Comme si habituellement, dès qu'il y a quelque 30% de femmes dans un gouvernement, où que ce soit, les commentateurs ne saluaient pas l'avènement de la parité. Et lorsque la proportion serait inversée, ce ne serait plus paritaire ? "Ce n'est pas un gouvernement paritaire, il y a plus de femmes que d'hommes. Si nous copions la logique des féministes progressistes que vous aimez tant, nous devrions maintenant demander 50% d'hommes, n'est-ce pas ?" s'énerve cet internaute. 
Tandis qu'un autre s'agace de ce qui ne serait qu'anecdotique : "On présente cela comme quelque chose de grand toutes ces femmes que Pedro Sanchez a mis dans leur gouvernement ! Mais personne ne parle des quatre autres ministères qu'il a créés.....ce que les dépenses publiques signifient pour nous.... Ils commencent déjà à gaspiller...."
On suggère donc à ces deux âmes masculines blessées par tant de futilité de méditer cette phrase, d'un homme, auteur de polars à succès, qu'il signait San Antonio. Frédéric Dard disait : « Je ne comprends pas les femmes de vouloir être les égales de l’homme, alors qu’elles lui sont tellement supérieures ! C’est de la modestie au fond. »

Suivez Sylvie Braibant sur Twitter > @braibant1