Terriennes

Et pourquoi pas une femme à la tête de l'OMC ?

A gauche, Amina Mohamed, 58 ans, ancienne cheffe de la diplomatie kenyane et actuelle ministre des Sports, et à droite, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, toutes deux sont candidates au poste de patronne de l'OMC, instance mondiale jusqu'ici toujours dirigée par des hommes. 
A gauche, Amina Mohamed, 58 ans, ancienne cheffe de la diplomatie kenyane et actuelle ministre des Sports, et à droite, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, toutes deux sont candidates au poste de patronne de l'OMC, instance mondiale jusqu'ici toujours dirigée par des hommes. 
©facebook/Wikipédia

C'est inédit dans l'histoire de l'Organisation mondiale du commerce. Sur huit candidats, deux femmes africaines sont en bonne place pour devenir la future patronne de l'illustre instance, jusqu'ici toujours dirigée par des hommes. Amina Mohamed, 58 ans, actuelle ministre des Sports kényane, et Ngozi Okonjo-Iweala, 66 ans, ancienne ministre nigériane et ancienne directrice générale de la Banque mondiale. 

En 25 ans d'existence, l'Organisation mondiale du commerce a toujours eu un homme à sa tête. Cela pourrait changer ... 

Depuis le départ surprise du Brésilien Roberto Azevêdo, le 30 août 2020, qui a démissionné "pour raisons familiales", un an avant la fin prévue de son mandat, la course à la succession va bon train. Parmi les huit candidats, trois femmes sont en lice, la Kényane Amina Mohamed, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala et la Sud-Coréenne Yoo Myung-hee. Nombre d'observateurs concentrent leur regard sur les deux candidates africaines, qui auraient des chances de percer ce plafond de verre, jusqu'ici vierge de toute fissure. Pour représenter le continent africain, les deux candidates sont encore en concurrence avec l'Egyptien Abdel-Hamid Mamdouh.

Si les statuts de l'OMC ne prévoient pas de rotation géographique pour son directeur général, des voix s'élèvent pour dire que c'est au tour d'un Africain ou d'une Africaine d'occuper le poste. Depuis sa création en 1995, l'OMC a été dirigée par six hommes : trois Européens, un Néo-Zélandais, un Thaïlandais et un Brésilien.

"La diversité est une force"

Amina Mohamed
Amina Mohamed
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Pour Amina Mohamed, l'OMC ne pourrait que bénéficier d'être un reflet plus fidèle de tous ceux qui contribuent aux échanges mondiaux. "Une personne compétente (pour ce rôle) peut venir de n'importe quelle partie du monde", confie lors d'un entretien accordé à l'AFP l'actuelle ministre des Sports et de la Culture, et ancienne cheffe de la diplomatie kenyane.

"Cette idée que la compétence, l'expertise, le savoir et le savoir-faire ne viennent que de certaines régions du monde, n'est pas quelque chose de convaincant aujourd'hui", affirme-t-elle. Et d'ajouter : "sa date de péremption est dépassée".

C'est formidable d'avoir des femmes dans ce rôle, parce que cela montre que nous acceptons que des femmes occupent des postes de dirigeantes, que nous reconnaissons les femmes dans ce rôle et que leur contribution est importante.
Amina Mohamed

Amina Mohamed connaît bien l'OMC pour y avoir occupé d'importantes fonctions. Elle a été la première femme à présider le Conseil général de l'organisation en 2005 et elle était déjà candidate à la direction générale lors du précédent changement de mandat. "On ne peut plus prétendre que 60% (de la population mondiale) n'a pas l'expérience ou les connaissances requises pour diriger une organisation", dit-elle encore. Elle est convaincue qu'une femme à la tête de l'OMC serait une bonne chose : "il est indispensable que nous ayons des femmes parmi la hiérarchie des organisations internationales."

"C'est formidable d'avoir des femmes dans ce rôle, parce que cela montre que nous acceptons que des femmes occupent des postes de dirigeantes, que nous reconnaissons les femmes dans ce rôle et que leur contribution est importante", insiste la candidate.

Candidate surprise

La désignation de l'ancienne ministre des Finances du Nigeria, Ngozi Okonjo-Iweala, a créé la surprise en juin dernier, le président nigérian Muhammadu Buhari la préférant finalement au candidat Yonov Frederick Agah, jusque-là favori. 

Si l’OMC n’existait pas, il faudrait l’inventer !
Ngozi Okonjo-Iweala

Aujourd'hui âgée de 66 ans, elle a été la première femme à occuper les fonctions de ministre des Affaires étrangères et ministre des Finances (à deux reprises) au Nigeria. Dans ce dernier poste, elle a dirigé les négociations avec le Club de Paris qui ont abouti à l’annulation de 30 milliards de dollars de la dette du Nigeria. Après 25 ans passés au sein du groupe de la Banque mondiale, elle accède au poste de directrice générale de l’organisation en 2007, poste qu'elle occupe jusqu'à 2011.

Ngozi Okonjo-Iweala
Ngozi Okonjo-Iweala
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"Si l’OMC n’existait pas, il faudrait l’inventer", a-t-elle lancé lors d’une conférence de presse organisée le 15 juillet à Genève, juste après son grand oral devant les 164 membres de l’Organisation mondiale du commerce, comme le rapporte le magazine Jeune Afrique

Face aux critiques sur son profil plus financier que commercial, la candidate nigériane met en avant la combinaison de son expérience d’économiste du développement, de ministre et de négociatrice pour "rebâtir la confiance" en l’OMC. "Tout au long de ma carrière, j’ai été impliquée dans des négociations difficiles avec des enjeux politiques élevés, notamment des négociations d’allègement de la dette avec les clubs de Paris et de Londres", se félicite-t-elle.

"Pour ses soutiens à Genève, elle est tout simplement la candidate dont l’institution, en pleine tourmente, a besoin pour améliorer sa réputation", explique l'hebdomadaire bruxellois Politico, cité sur le site du Courrier International. "Loin de la polarisation hostile entre Washington et Pékin qui a mis l’OMC à l’arrêt ces derniers mois", poursuit le site d’information, l’institution embrasserait "le 'siècle Africain' tant vanté".

Consensus féminin ? 

D'où qu'il ou elle vienne, le ou la prochain.e chef.fe de l'OMC aura fort à faire dans un contexte de crise : économique à cause de la pandémie, mais aussi de confiance dans le multilatéralisme bien fondé de la libéralisation du commerce mondial, le tout sur fond de guerre commerciale entre les deux premières puissances économiques mondiales, la Chine et les Etats-Unis.

Ce qu'il faut, c'est un dirigeant qui "comprenne les enjeux, soit prêt à les faire avancer et à rapprocher les pays membres en bâtissant du consensus", explique de son côté Amina Mohamed.

Refaire la preuve de l’utilité du gendarme du commerce mondial pour l’ensemble des pays membres, en particulier sur le volet de la santé, crucial en temps de pandémie, voilà ce que promet pour sa part Ngozi Okonjo-Iweala, se présentant comme étant "une femme d’action".

La procédure de désignation du chef de l’OMC n’est pas une élection, mais un mécanisme consensuel qui fonctionne par élimination. Une "troïka", composée du président du Conseil général (organe de décision suprême qui rassemble les membres de l’OMC), du président de l’organe de règlement des différends et du président de l’organe d’examen des politiques commerciales, supervise ce processus de sélection. Après une première phase de consultation, cette "troïka", composée uniquement d'hommes, donc, va se charger d’éliminer progressivement les candidat.e.s qui recueillent le moins d’adhésions. Va-t-elle décider d'adresser au monde un puissant message en faisant le choix historique d'une femme africaine ?