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Etats-Unis : Bill Cosby jugé coupable

Bill Cosby au premier jour de son procès, à Norristown, près de Philadelphie (Etats-Unis).
Bill Cosby au premier jour de son procès, à Norristown, près de Philadelphie (Etats-Unis).
©David Maialetti/The Philadelphia Inquirer via AP, Pool

A 80 ans, Bill Cosby, jugé pour agression sexuelle au tribunal de Norristown, près de Philadelphie (est des Etats-Unis), a donc été reconnu coupable ce 26 avril 2018. Au cours de ces dernières années, le créateur et acteur de la série "The Cosby Show" était mis en cause par une soixantaine de femmes, mais un seul dossier, dont les faits n'étaient pas prescrits, avait été retenus. Retour sur un naufrage. 

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Mise à jour 26 avril 2018 : Bill Cosby jugé coupable 

L'acteur américain Bill Cosby a donc été déclaré coupable le jeudi 26 avril 2018 d'agression sexuelle sur Andrea Constand en 2004 par un jury populaire de Pennsylvanie, au terme de près de trois semaines de procès.
C'est un coup très dur pour le comédien de 80 ans, qui a été reconnu coupable des trois chefs d'accusation et risque, en théorie, 15 à 30 ans de prison.

Bill Cosby ou l'hstoire d'un amour collectif déçu

"Dans un verdict qui semble destiné à marquer une étape importante dans le mouvement #MeToo contre les agressions sexuelles, l'acteur et comédien Bill Cosby, qui fut tant aimé, a été condamné par un jury de Pennsylvanie pour avoir drogué et agressé l'une de ses conquêtes en 2004." commente le Guardian, à peine la nouvelle tombée ce 26 avril 2018. 

Le jury a rendu sa décision après moins de deux jours de délibération. Le procès qui s'était tenu pour les mêmes accusations en juin 2017 s'était achevé par un vice de procédure et un jury sans majorité.

Lors d'une conférence de presse, l'avocate des accusatrices a sobrement commenté : "Finalement, les femmes sont crues". Tandis que celui de la vedette du petit écran déchue a lancé : "Le combat n'est pas terminé". Face aux effets de l'affaire Weinstein, Tom Mesereau, le défenseur de Bill Cosby avait d'ailleurs tenté de dépeindre Andrea Constand, la plaignante principale, comme une "menteuse pathologique", qui aurait inventé une agression pour faire chanter le célèbre comédien.

Les réactions affluent sur les réseaux sociaux, comme celle-ci qui pointe du doigt l'actuel président républicain des Etats-Unis : "Aujourd'hui est un grand jour de justice pour les femmes agressées par Bill Cosby, mais n'oublions pas le prédateur sexuel à la Maison-Blanche et les 20 femmes qui n'ont pas obtenu justice." Tandis que d'autres rappellent ses accointances passées avec les Clinton démocrates, qui étaient ses plus grands fans... 


En juin 2017, c'était un Bill Cosby, alors tourné vers le jury qui s'était déjà présenté, au tribunal de Norristown, près de Philadelphie. De lui, il ne fallait visiblement pas attendre le moindre mot. Dans les rares interviews accordés à la presse depuis le début du scandale, l'ex-star de la télévision américaine avait prévenu qu'il refuserait de parler lors de ces audiences. Peut-être cela pourrait-il changer, selon son entourage.

En attendant ce possible changement de stratégie, ce que l'on sait, c'est que l'essentiel de ce procès repose sur le témoignage d'une seule personne. Andrea Constand, citoyenne canadienne de 44 ans, est la seule pour laquelle les faits ne soient pas prescrits pénalement.

Des faits qui remontent à 2004. Elle accuse Bill Cosby de l'avoir agressé sexuellement, lors d'une visite au domicile de l'acteur, dans la banlieue de Philadelphie. Pour parvenir à ses fins, l'humoriste l'aurait incitée à boire du vin et à ingérer des pilules. Le mélange l'aurait rendue, selon elle, incapable de résister.

Interrogé en 2005, Bill Cosby avait reconnu lui avoir donné alcool et pilules, sans lui dire ce qu'elles contenaient, et s'être ensuite livré à des attouchements. Mais pour lui, il s'agissait d'une relation consentie, l'acteur insistant sur le fait que la jeune femme n'avait, à aucun moment, manifesté sa désapprobation.

Un témoignage troublant de similitudes

Ces accusations résonnent avec les propos tenus lundi à l'ouverture du procès par Kelly Johnson. Une témoin dont la plainte n'a pas été enregistrée pour ce procès. Elle est venue raconter comment en 1996, l'acteur s'est, selon elle, livré à des attouchements, après lui avoir fait absorber une pilule et du vin, dans le bungalow d'un hôtel californien. Elle raconte s'être réveillée, "allongée sur le lit, Bill Cosby derrière elle, avec de la lotion sur une main, lui faisant toucher son pénis".

Un récit plus que troublant, et surtout très similaire à celui qui fait l'objet des actuelles poursuites contre l'ex-star de la télé, basées sur la plainte d'Andréa Constand.

Kelly Johnson était l'assistante du comédien à l'époque, elle explique qu'elle était alors très intimidée, et qu'elle n'avait pas osé fuir de la chambre d'hôtel. Elle fut licenciée quelques temps après "l'incident" pour faute professionnelle.
 
J'avais un secret concernant la plus grande célébrité au monde, à l'époque. J'avais peur, très peur Kelly Johnson, témoin
Le principal avocat de Bill Cosby, Brian McMonagle, a cherché à discréditer ce premier témoignage, accusant Kelly Johnson d'avoir fait évoluer sa version des faits. Il a cité abondamment des déclarations datant de 1996 et faites dans le cadre d'une procédure contre son employeur, qui contredisent des éléments du récit fait en 2015, lors d'une conférence de presse.

D'après l'avocat, elle y donne notamment une autre date pour l'incident du bungalow (1990), très éloignée de celle donnée en 2015 (1996). Kelly Johnson a expliqué ne pas se souvenir des déclarations qu'elle avait faites à l'époque.

"J'avais peur", explique-t-elle, "voila pourquoi je n'ai pas voulu en parler". "Je détenais un secret sur la plus grande célébrité de la planète du moment, et c'était juste moi".
 

Procès ultra-médiatique(sé)

Le temps fort de ce procès qui mobilise tous les médias américains cette semaine sera sans nul doute celui d'Andrea Constand, dans les tout prochains jours.

L'épouse de Bill Cosby n'est pas venue à l'audience, mais parmi ses soutiens, on notera la présence de celle qui jouait sa fille dans la série, Keshia Knight Pulliam. "Je suis venue pour le soutenir parce que c'est ici que vous examinez les faits, ici que la vérité éclate", a-t-elle déclaré. 
 

Le procès doit durer deux semaines. S'il est reconnu coupable, Bill Cosby pourrait être condamné à passer, au minimum, dix ans derrière les barreaux. Pour cet octogénaire, cela équivaudrait probablement à finir ses jours en prison. En cas de relaxe, cette mise en cause pour délits sexuels devrait le poursuivre jusqu'à la fin de sa vie, car d'autres procédures sont encore en cours au civil.