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Etats-Unis : en Alabama, le droit à l'avortement en "bonne" voie d'interdiction

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Les sénateurs de l'Etat de l'Alabama viennent d'adopter l'une des lois les plus restrictives des Etats-Unis en matière d'IVG. Le texte interdit l'avortement sans exception, même en cas de viol ou d’inceste, et prévoit des peines de prison de 10 à 99 ans pour les médecins le pratiquant. La loi a été officiellement promulguée par la gouverneure, Kay Ivey.

"Toute vie est un cadeau sacré de Dieu", voilà les mots utilisés par la gouverneure de l'Alabama, Kay Ivey, dans le communiqué promulguant officiellement cette nouvelle loi sur l'IVG en Alabama. La mesure doit prendre effet dans six mois.
 

Avorter ou pratiquer un avortement est en passe de devenir de plus en plus difficile, voire impossible, aux Etats-Unis. L'Alabama vient ainsi de rejoindre la liste des Etats restreignant le droit à l'interruption de grossesse. Mardi 14 mai, le Sénat de l’Alabama a adopté un projet de loi parmi les plus restrictifs du pays.

Le texte, que le Sénat contrôlé par les républicains a transmis au cabinet de la gouverneure républicaine de l’Etat Kay Ivy en vue de sa promulgation, ne prévoit pas d’exception - ni en cas de viol, ni en cas d’inceste. Les médecins pratiquant l’avortement seront passibles de peines de prison de 10 à 99 ans, sauf en cas d’urgence vitale pour la mère ou "d’anomalie létale" du fœtus.

La jurisprudence "Roe v. Wade" en ligne de mire

L’Association de défense des droits civiques (ACLU) a annoncé son intention de saisir la justice pour empêcher l’application de ce texte. Objectif avoué de ses promoteurs : paraître devant la Cour suprême des Etats-Unis pour la convaincre de revenir sur sa décision emblématique "Roe v. Wade", qui remonte à  1973, et reconnaît le droit des femmes à avorter tant que le fœtus n’est pas viable.

Vous dites à ma fille : des hommes peuvent te violer et tu auras ce bébé si tu tombes enceinte ?
Bobby Singleton, sénateur démocrate

"Vous venez de violer vous-même l’Etat de l’Alabama", déclarait Bobby Singleton, membre démocrate du Sénat, après le rejet par les sénateurs d’un amendement demandant des exceptions à l’interdiction de l’avortement. "Vous dites à ma fille : tu ne comptes pas dans l’Etat de l’Alabama… Des hommes peuvent te violer et tu auras ce bébé si tu tombes enceinte", ajoutait-il, la voix parfois tremblante d’émotion, tandis que la sénatrice démocrate Vivan Figures interrogeait l'assemblée :  "Pourquoi voulez-vous contrôler nos corps ?

"Oui, le projet de loi sur lequel le Sénat de l’Alabama a voté aujourd’hui vise à mettre fin à pratiquement tous les avortements pratiqués dans cet État. Sous un autre angle d'attaque que les autres projets de loi contre l'avortement récents, qui condamnent l'IVG à partir du moment où le coeur du foetus bat, celui-ci criminalise les médecins qui pratiquent ou tentent de pratiquer un avortement, commente  Joyce White Vance dans le Washington Post. Le projet de loi de l’Alabama ne met pas l’Alabama en cause. Il s'attaque à la jurisprudence Roe versus Wade. Car même les lois contre l'avortement les plus strictes font des exceptions pour le viol et l'inceste. Mais celui-ci sent la Cour suprême à plein nez", écrit la journaliste.

Le 5 février 2019, Donald Trump devant le Congrès américain pour son discours sur l'Etat de l'Union (Washington)
Le 5 février 2019, Donald Trump devant le Congrès américain pour son discours sur l'Etat de l'Union (Washington)
©AP Photo/Andrew Harnik
Le 5 février 2019, dans son discours sur l'état de l'Union, Donald Trump a relancé la bataille sur l'avortement sous un nouvel angle : les interruptions tardives de grossesse. Il s'en est pris directement à une loi récemment adoptée par l'État de New York, aux mains des démocrates.

Elle "permettra d'arracher un bébé aux entrailles de sa mère juste avant sa naissance, a-t-il assuré, pour défendre la dignité de chaque personne, je demande au Congrès de voter une loi interdisant les avortements au dernier trimestre".

La nouvelle législation adoptée dans l'Etat de New York dépénalise les avortements au troisième trimestre quand la grossesse menace la santé de la mère ou quand l'enfant n'est pas viable.

300 règles anti-avortement en 4 mois

Le projet de loi avait été adopté début mai par la Chambre des représentants de l’Alabama. Depuis début 2019, vingt-huit Etats américains ont introduit plus de 300 nouvelles règles visant à limiter l’accès à l’avortement, selon un décompte de l’Institut Guttmacher qui défend le droit des femmes à l’IVG.

Ainsi le Kentucky et le Mississippi, interdisent-ils désormais les avortements dès que les battements du cœur du fœtus sont détectables, soit environ à la sixième semaine de grossesse. Tandis que, dans le Kentucky, un juge a bloqué la mise en œuvre de la loi, celle du Mississippi doit entrer en vigueur en juillet.

Des mesures comparables sont en passe d'être adoptées dans cinq autres Etats, comme l'Ohio, le Missouri et le Tennessee. La Géorgie vient d'interdire les avortements dès que les battements du coeur du foetus sont perceptibles. Cela correspond environ à la sixième semaine de grossesse, un stade où bien des femmes ignorent encore qu'elles sont enceintes...

Sur les réseaux sociaux, ces annonces font réagir. Et certains font même le rapprochement avec la série télévisée tirée du roman de Margaret Atwood, La Servante écarlate (The handmaid tale).


Pour contrer les avancées des pro-vie aux Etats-Unis, l’actrice féministe Alyssa Milano a appelé à une grève du sexe jusqu’à ce que les femmes retrouvent "le droit de disposer de leur corps".

Un appel loin de faire l'unanimité chez les féministes,  et qui a suscité beaucoup de commentaires à travers les réseaux sociaux et les médias. La comédienne a choisi d'assumer jusqu'au bout, comme elle l'a expliqué dans une tribune publiée lundi 6 mai sur CNN : "Appeler à la grève du sexe pour protester contre les restrictions de l'avortement a donné lieu à une réponse forte. Alors oui, elle était mitigée, mais cela a permis de parler de la guerre menée par le Parti républicain contre les femmes". 

Dans un tweet, elle a aussi fait part de son soutien aux  défenseur.e.s du droit à l'IVG en Alabama, qui organisent ce dimanche 19 mai un rassemblement pour protester contre la nouvelle loi. Ces derniers ont aussi reçu le soutien de la chanteuse Lady Gaga.