Terriennes

Etats-Unis : Nancy Pelosi redevient le troisième personnage de l'Etat

Nancy Pelosi détient sa revanche, et s'apprête à donner le premier coup de marteau de son retour au perchoir, comme "speaker", tout juste élue nouvelle présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, jeudi 3 janvier 2019, Washington. 
Nancy Pelosi détient sa revanche, et s'apprête à donner le premier coup de marteau de son retour au perchoir, comme "speaker", tout juste élue nouvelle présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, jeudi 3 janvier 2019, Washington. 
©AP Photo/Carolyn Kaster
Nancy Pelosi détient sa revanche, et s'apprête à donner le premier coup de marteau de son retour au perchoir, comme "speaker", tout juste élue nouvelle présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, jeudi 3 janvier 2019, Washington. 
La démocrate Nancy Pelosi, 78 ans, élue cheffe de la majorité à la Chambre basse, retrouve son statut de femme la plus puissante de la politique américaine.

Nancy Pelosi, le retour. La représentante démocrate de l'Etat de Californie retrouve le perchoir en tant que cheffe de la majorité à la chambre des représentants. Elle redevient ainsi le troisième personnage de l'Etat, après le président et le vice-président. En résumé, la plus puissante femme de Washington. 

On entendrait presque la musique du générique de la série américaine House of Cards, ponctuée par le bruit de talons aiguilles de Claire Underwood claquant sur le marbre des couloirs de la Maison Blanche. Mais non, ici, le bureau ovale reste bel et bien occupé par un président, et c'est Donald Trump lui-même, qui, en paralysant le budget à cause de son projet de mur anti-migrants à la frontière mexicaine, signe le scénario de ce nouvel épisode de la vie politique américaine. 

Des bruits d'escarpins résonnent néammoins, d'un ton triomphal et cette fois dans les couloirs du Capitole. Ce sont ceux de Nancy Pelosi, star démocrate rompue aux rouages de la nébuleuse politicienne de Washington. Le 116e Congrès américain s’est réuni pour la première fois jeudi 3 janvier 2019 : 435 nouveaux élus à la Chambre des représentants, désormais contrôlée par les démocrates (dont un record d'élues femmes retrouvez ici notre article> Elections de Midterms aux Etats-Unis : les femmes font la différence), et 100 élus au Sénat, qui reste sous contrôle républicain. Nancy Pelosi a obtenu 220 voix, contre 192 pour le candidat des républicains, Kevin McCarthy. 
 
Promettons que lorsque nous ne serons pas d’accord, nous nous respecterons et nous respecterons la vérité.
Nancy Pelosi
"Nous ne nous faisons pas d’illusions, notre travail ne sera pas facile, a-t-elle déclaré , Mais promettons que lorsque nous ne serons pas d’accord, nous nous respecterons et nous respecterons la vérité." Elle a prêté serment entourée de ses petits-enfants et des enfants d’autres élus venus assister à la cérémonie.
(Assurer un avenir prometteur à nos enfants et à nos petits-enfants doit être au cœur de toutes nos activités au Congrès. #ForThePeople)

A 78 ans, elle peut savourer sa revanche. Première femme à l'occuper en 2007 (jusqu'en 2010, ndlr), la voici donc de retour au perchoir. Elue cheffe de la majorité, majorité désormais démocrate de la chambre basse du Congrès, elle redevient l'oratrice (speaker) de la chambre des représentants, ce qui la positionne à la troisième ligne des personnes qui dirigent le pays.
 

Pour reprendre le titre de femme la plus puissante de la politique américaine, Nancy Pelosi a fait honneur à sa réputation d'habile stratège, en écrasant sans faire de vagues la fronde dans ses rangs démocrates. Elle aura désormais besoin de tout ce sens tactique pour tenir tête au tempétueux président républicain.

Nancy Pelosi, le 2 janvier 2019, face à une meute de journalistes, à l'issue de son entrevue avec le président Trump, à la Maison Blanche (Washington, Etats-Unis)
Nancy Pelosi, le 2 janvier 2019, face à une meute de journalistes, à l'issue de son entrevue avec le président Trump, à la Maison Blanche (Washington, Etats-Unis)
©AP Photo/Evan Vucci


Sans doute quelque peu jaloux de ne pas être au centre de toutes les attentions depuis quelques heures, c'est en tout cas ainsi que les médias l'ont interprété, Donald Trump n'a pas hésité à faire irruption alors que Nancy Pelosi donnait sa première conférence de presse, officiellement pour la féliciter ... 

"Madame Speaker"

Voilà qui donne une idée de ce qui attend la nouvelle "Speaker". Cela dit, ses proches n'ont aucun doute sur ses capacités à se défendre. "Personne n'a jamais gagné en pariant contre Nancy Pelosi", a affirmé sa fille, Alexandra sur CNN. "Elle est du genre à vous arracher la tête sans que vous vous rendiez même compte que vous saignez", a-t-elle ironisé.

Donald Trump et Nancy Pelosi n'en sont pas à leur première joute. Le républicain en a fait un épouvantail de campagne électorale, qu'il cite à l'envi pour dénoncer l'establishment démocrate et les maux de Washington. D'autres conservateurs dénoncent l'"arrogance" de cette épouse d'un homme d'affaires millionnaire.

Dans ses rangs mêmes, cette habituée des rouages de la politique a reçu de dures critiques lors des dernières élections parlementaires de novembre, lorsqu'une jeune garde progressiste a renié son autorité en allant jusqu'à jurer de ne pas voter pour elle comme "speaker". Mais en acceptant de limiter la durée de son mandat et en distribuant plusieurs postes à responsabilités, elle a su finalement convaincre un nombre suffisant de rebelles.

"Auréolée de la victoire de son parti aux midterms, Nancy Pelosi a l’expérience pour elle. La députée aux quinze mandats a déjà occupé la fonction de speaker face à des présidents des deux partis, George W. Bush et Barack Obama. Mais alors que la nouvelle Chambre qui siégera dès ce jeudi s’est diversifiée et rajeunie, la démocrate souffre de son image de figure de l’establishment", écrit la correspondante de Libération aux Etats-Unis, Isabelle Hanne.

Je ne me sens pas forcément haïe. Je me sens respectée. On ne me critiquerait pas si je n'étais pas efficace.
Nancy Pelosi
"Je ne me sens pas forcément haïe. Je me sens respectée. On ne me critiquerait pas si je n'étais pas efficace", a-t-elle confié dans un entretien récent au magazine Elle.

"Je me vois comme une législatrice experte", notamment en grande partie responsable du passage houleux de la grande réforme de la santé de Barack Obama, et qui sait aussi facilement lever des millions de dollars pour les candidats démocrates aux élections parlementaires. "C'est pour ça que les républicains me craignent", lache-t-elle. Interrogée sur son rôle en tant que femme politique et d'exemple à suivre, elle répond: "Je dis tout le temps aux femmes: ce n'est pas un jeu sans gain. Le succès d’une femme n'empêche pas celui des autres. C’est l’inverse. Le succès de chaque femme aide d’autres femmes. "

Une modérée qui défend l'IVG et les minorités

Nancy Pelosi pourra, à la tête de sa majorité, bloquer le programme du président Trump. Avec, comme bataille immédiate, leur opposition sur le mur à la frontière mexicaine censé endiguer l'immigration clandestine.


(@realdonaldtrump a donné aux démocrates une excellente occasion de montrer comment nous gouvernerons de manière responsable et que nous adopterons rapidement notre plan visant à mettre fin à l'irresponsable #TrumpShutdown - juste le premier signe de l'avenir de notre nouvelle majorité démocratique résolue à travailler pour le peuple)

Plus important, la probabilité d'une procédure de destitution contre Donald Trump augmente grandement alors que les démocrates pourront ouvrir des enquêtes parlementaires sur les soupçons de collusion entre l'équipe de campagne du milliardaire et la Russie lors de la campagne présidentielle de 2016.

La septuagénaire s'est dite opposée à cette procédure d'"impeachment", expliquant que la question ne ferait que mobiliser les partisans du président. Mais un revirement n'est pas exclu, surtout si des éléments concrets à charge apparaissent. Et elle devra aussi faire face aux tiraillements au sein de ses troupes sur ce sujet.

Considérée comme une modérée dans sa circonscription de San Francisco, elle défend avec ferveur la protection des minorités sexuelles et du droit à l'avortement.

Mère de cinq enfants, Nancy D'Alesandro est née le 26 mars 1940 à Baltimore dans une famille italo-américaine catholique. Son père et son frère ont été maires de cette grande ville. Diplômée du Trinity College de Washington, elle s'installe ensuite à San Francisco avec son époux, Frank Pelosi, qui fait fortune. Elle gravit les marches du parti démocrate et remporte à 47 ans sa première élection à la Chambre. En 2003, elle devient la patronne de la minorité démocrate. Pour réussir dans le monde politique américain, dit-elle, il faut être capable de "prendre des coups".

Comme ce dernier en date. Révélation du journal Hawaii reporter, racontant ses vacances de Noël passées dans une suite de luxe d'un hôtel à 10 000 dollars de l'archipel. Le journal ajoute quelques détails "Le Four Seasons Resort Hualalai décrit son site luxueux et ses aménagements luxueux sur son site Web: «Glorieusement revitalisé, ce paradis tropical naturel offre plus que jamais à explorer - avec un spa récemment agrandi, des restaurants en bord de mer, des boutiques de mode et de nouvelles suites de luxe, en plus de Signature de Jack Nicklaus. Situé sur la côte exclusive Kona-Kohala de Big Island, ce complexe hôtelier saisit l'essence du design, de la culture et de la tradition hawaïennes." Le même article relate aussi des vacances "dispendieuses" de la famille Obama dans la région.

Sur Twitter, d'autres internautes s'amusent de ce retour gagnant de la démocrate à son poste de speaker, en la voyant à la fois en Mary Poppins, volant dans le ciel accrochée à son parapluie ...
 

... ou en top model (hot) hautement cuissardée, défilant en enchaînant une chorégraphie chaloupée de "voguing" (style de danse urbaine née dans les années 70 dans les clubs gays, baptisée aussi danse des fiertés, ndlr) sur un podium la menant tout droit, ou presque, au Capitole.