Terriennes

Fariba Adelkhah en liberté temporaire et surveillée à Téhéran

Une grande photo de la chercheuse Fariba Adelkhah, détenue depuis un an à Téhéran, a été dressée sur la façade de l'Hôtel de Ville à Paris, avec la mention : "Son combat pour la liberté est le nôtre".
Une grande photo de la chercheuse Fariba Adelkhah, détenue depuis un an à Téhéran, a été dressée sur la façade de l'Hôtel de Ville à Paris, avec la mention : "Son combat pour la liberté est le nôtre".
©youtube/Sciences-Po
Une grande photo de la chercheuse Fariba Adelkhah, détenue depuis un an à Téhéran, a été dressée sur la façade de l'Hôtel de Ville à Paris, avec la mention : "Son combat pour la liberté est le nôtre".
Fariba Adelkhah est un otage du gouvernement iranien. Elle n’a commis aucun crime", estime l'avocate iranienne et lauréate du Prix Nobel de la Paix 2003 Shirin Ebadi. 

Fariba Adelkhah en liberté ... sous condition. Les autorités iraniennes lui ont accordée une permission de sortie. Détenue en Iran depuis juin 2019, l'anthropologue franco-iranienne reste à Téhéran avec sa famille sous le contrôle d'un bracelet électronique. Elle reste sous le coup d'une peine de prison de 5 ans. "Nous continuons le combat continue pour qu'elle soit innocentée", plaide son comité de soutien. 

"Au titre des mesures sanitaires et dans le cadre d'une permission pour cause médicale, Fariba est sortie de prison samedi 3 octobre 2020 et a regagné son domicile personnel où elle est assignée à résidence, sous contrôle d'un bracelet électronique", a indiqué le comité de soutien de la chercheuse dans un communiqué.

"Cela ne change rien au fond du problème. Fariba reste prisonnière scientifique, sous le coup d'une peine de prison de cinq ans, à l'issue d'un procès inique, sur la base d'accusations ineptes", rappelle le comité de soutien de la chercheure franco-iranienne,"Nous continuons donc à nous battre pour que l'innocence de notre collègue soit reconnue et qu'elle recouvre sa liberté de recherche et de mouvement. Mais nous pouvons désormais le faire avec un peu de baume au coeur".

Chargement du lecteur...

"Elle est maintenant avec sa famille à Téhéran. On ne nous a pas encore donné une date pour son retour en prison mais nous espérons que cette libération temporaire deviendra définitive", a ajouté son avocat Saïd Dehghan.

L'appel du président Macron entendu

"Il y a un an, Fariba Adelkhah était arbitrairement arrêtée en Iran. Il est inacceptable qu'elle soit toujours emprisonnée", écrivait en juin dernier le président de la République sur Twitter. "Mon message aux autorités iraniennes : la justice commande que notre compatriote soit immédiatement libérée", ajoutait-il.

"Fariba Adelkhah est un otage du gouvernement iranien. Elle n’a commis aucun crime",  renchérissait de son côté l'avocate iranienne et lauréate du Prix Nobel de la Paix 2003 Shirin Ebadi dans une vidéo.
 

L’anthropologue franco-iranienne, spécialiste du chiisme et de l'Iran post-révolutionnaire à Sciences Po Paris, a été arrêtée le 5 juin 2019 à Téhéran en même temps que son compagnon Roland Marchal, un spécialiste réputé de l'Afrique venu lui rendre visite.

Si ce dernier a été libéré en mars, la chercheuse, née en Iran en 1959 et vivant en France depuis 1977, a été condamnée le 16 mai à cinq ans de prison pour "collusion en vue d'attenter à la sûreté nationale".

Notre article ici >En Iran, la chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah condamnée à cinq ans de prison

"Une situation compliquée"

La France, qui dénonce une condamnation "politique", n'a cessé depuis de hausser le ton envers l'Iran, par ailleurs au coeur d'un imbroglio stratégique et diplomatique international autour de son programme nucléaire.

Emmanuel Macron s'est lui-même beaucoup impliqué pour tenter de sauver l'accord garantissant le caractère pacifique de ce programme, dont le président américain Donald Trump est sorti de façon tonitruante en 2018 en rétablissant de lourdes sanctions contre l'Iran.

La détention de Fariba Adelkhah "réduit substantiellement la confiance entre nos deux pays", a averti le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. "Qu'est-ce qu'on peut faire ? De la pression !", avait-il concédé fin mai, en reconnaissant que la situation était compliquée.

Fariba Adelkhah a été arrêtée par les Gardiens de la Révolution, bras idéologique du régime et tenants d'une ligne beaucoup plus dure face à l'Occident que le président Hassan Rohani. Paris exige aussi un accès consulaire à la chercheuse, catégoriquement refusé depuis le début par les autorités iraniennes qui ne reconnaissent pas la double nationalité.

Marchandages

"Evidemment nous rêvons d'un plan B, d'un autre processus, de négociations qui permettraient à Fariba de sortir de prison même si elle doit rester en Iran et puis ensuite de pouvoir de nouveau faire ce qu'elle a fait pendant plusieurs décennies", poursuit Roland Marchal. Lui-même a fait l'objet d'un échange avec un ingénieur iranien détenu en France et dont les Etats-Unis réclamaient l'extradition. Comme Fariba Adelkhah, une quinzaine de ressortissants étrangers, souvent binationaux, sont aujourd'hui détenus en Iran, selon son comité de soutien.

"Le gouvernement iranien les garde en otage afin que, à travers elles, il puisse arriver à ses fins politiques, qu’il puisse libérer ses propres prisonniers, recevoir de l’argent ou autre", estime Shirin Ebadi. Les Etats-Unis viennent ainsi de renvoyer à Téhéran un scientifique iranien, accusé d'avoir violé les sanctions américaines, et d'obtenir le retour d'un ex-militaire de la marine américaine arrêté en 2018 en Iran.

Mais Paris n'a "rien à échanger" aujourd'hui, estime François Nicoullaud, ex-ambassadeur de France à Téhéran, jugeant en outre que la chercheuse franco-iranienne n'est pas détenue comme "monnaie d'échange pour quelque chose de précis" mais parce qu'elle dérange.
 

Faute de pouvoir organiser un rassemblement en raison de la crise du covid-19, son comité de soutien avait appelé à "e-manifester" sur un site dédié pour réclamer sa libération. Une grande photo de la chercheuse avait aussi été dressée sur la façade de l'Hôtel de Ville à Paris, avec la mention : "Son combat pour la liberté est le nôtre".