Terriennes

Anne Hidalgo, maire de Paris : une ambition présidentielle

La première femme maire de Paris, la socialiste Anne Hidalgo se lance officiellement dans la course à la présidentielle pour l'élection de 2022, elle l'a annoncé lors d'un meeting à Rouen, le 12 septembre 2021. 
La première femme maire de Paris, la socialiste Anne Hidalgo se lance officiellement dans la course à la présidentielle pour l'élection de 2022, elle l'a annoncé lors d'un meeting à Rouen, le 12 septembre 2021. 
©AP Photo/Michel Euler

Elle a fait de la lutte contre la pollution, sa principale ligne de front. Stationnement à prix prohibitif, voies confisquées aux voitures au profit des vélos et piétons, Anne Hidalgo est adepte des méthodes musclées. Si ses soutiens applaudissent, ses détracteurs ne lui passent rien. Une gestion à l'épreuve nationale en mai 2022 : Madame la Maire de Paris a officialisé son ambition présidentielle.

Elle l'avait pourtant répété devant les médias, "maire de Paris, oui, présidente non !"
Cela n'était plus qu'un secret de polichinelle, Anne Hidalgo a changé d'avis et décide de se lancer dans la course présidentielle du printemps 2022. 
 
"La crise climatique nous oblige à agir très vite. Je propose un plan quinquennal dans lequel nous orienterons notre industrie et notre économie, nous créerons de nouveaux emplois dans l’écologie. Cela se fera sans laisser de côté les classes moyennes et les catégories populaires", a déclaré la candidate à présidentielle dans le journal de France 2.
 
Mais si je suis candidate, ce n'est pas pour témoigner, c'est pour gagner !
Anne Hidalgo, maire de Paris, candidate à la présidentielle
"Mais si je suis candidate, ce n'est pas pour témoigner, c'est pour gagner", a-t-elle répété sur France Inter, voulant faire de sa candidature "l'objet d'un rassemblement" en créant autour d'elle "une dynamique".

 
©Editions L Observatoire
"Autour de moi j’ai une équipe de femmes et d’hommes avec des maires et des responsables d’associations qui ont éprouvé ce qu’était la transformation concrète de nos vie liée à la crise écologique. Ils l’ont fait avec le souci de ne laisser personne sur le bord du chemin", ajoute-t-elle.

En cette rentrée, Anne Hidalgo signe aussi un nouvel ouvrage, Une femme française (Éditions de l’Observatoire) dont la parution le 15 septembre coïncide avec son annonce. Dans ce livre, celle qui est née dans une famille modeste à San Fernando en 1959, en Andalousie, puis élevée dans une cité HLM de la banlieue lyonnaise, naturalisée française en 1973, devenue maire de Paris en 2014, mêle confidences intimes et propositions politiques. 

La candidate socialiste avance une proposition choc, non chiffrée, qui fait déjà débat: "Multiplier par deux au moins le traitement de toutes les personnes au contact avec les élèves" en un quinquennat "ou, pour commencer, aligner a minima le salaire des nouveaux professeurs sur le salaire médian des titulaires d’un bac +5". 

Anne Hidalgo promet un chiffrage de son programme d'ici à la fin 2021 et balaie les critiques, fustigeant un exécutif qui parle défense de la "valeur travail" mais prône la théorie du "ruissellement" qui a provoqué un "décrochement des classes moyennes et des catégories populaires qui ne peuvent plus vivre de leurs salaires".

La maire socialiste de Paris est aujourd'hui créditée de 7 à 9% d'intentions de vote.

"Hidalgobashing"

Depuis son arrivée à la tête de l'Hôtel de Ville, certain-e-s se sont amusé-e-s à la surnommer finement "La voix des barges" en référence à la piétonnisation des voies sur berges ou encore "Notre-Dame du gruyère" pour dénoncer les innombrables travaux qui balafrent Paris. Du bout des lèvres, Anne Hidalgo, première femme maire de la capitale, admet que "Oui, il y a beaucoup de travaux pas toujours bien coordonnés".

On ne lui passe rien. Des rats dodus pullulent dans les rues de la capitale ? L'édile hérite aussitôt d'un doux surnom : "ratsponsable" ! 
 

Les critiques, Anne Hidalgo en a l'habitude. L'ex-première adjointe PS du maire de Paris Bertrand Delanoë semble blindée, même si parfois elle confesse "se sentir seule". Cet "Hidalgobashing ", elle l'encaisse. Pas le choix. Encaisser ! "Un verbe qui lui va bien" grincent ses administrés. Beaucoup, en effet, disent en avoir assez de passer à la caisse. 

Paris, le 27 septembre 2015 lors de la journée sans voiture. 
Paris, le 27 septembre 2015 lors de la journée sans voiture. 
(AP Photo/Thibault Camus)

Depuis le 1er janvier 2018, ce n'est plus l'Etat mais les mairies qui décident des tarifs du stationnement et à Paris, c'est désormais une société privée qui distribue les "prunes" sur les pare-brises. Et la récolte est plutôt juteuse. Les amendes (pudiquement rebaptisées  "forfaits post-stationnement") sont passées de 17 à 50 euros, soit...  200% d'augmentation !

 
L'open bar pour tout le monde en matière de stationnement, c'est fini les gars !
Anne Hidalgo
Bingo pour les caisses de l'Hôtel de ville de Paris. Sur l'ensemble de l'année 2018, les recettes de stationnement devaient atteindre 330 millions d'euros. Un montant record certes, mais insuffisant pour combler la dette de la capitale. Au début de son mandat, il y a sept ans, celle-ci était de 4,1 milliards d’euros.

Mais si en 2019, la dette dépassait les 6 milliards, aujourd'hui elle atteint les 7 milliards. En cause : la pandémie de coronavirus. Selon Le Monde, cette dette devrait atteindre 7,1 milliards d’euros fin 2021, soit une hausse de 15% en un an. "Surtout, la durée théorique de désendettement pourrait exploser, passant de 9 à 18 ans. La faute aux emprunts massifs que la Ville s’apprête à réaliser pour boucler son budget après une décision du gouvernement n’allant pas en son sens", lit-on sur le site de Capital.fr.
 Anne Hidalgo sur un vélo le 25 octobre 2017. Une photo...  pour les photographes  ?
 Anne Hidalgo sur un vélo le 25 octobre 2017. Une photo...  pour les photographes  ?
(AP Photo/Kamil Zihnioglu)

Anne Hidalgo, maire écolo ?

Anne Hidalgo avait pourtant prévenu tout le monde : "Venir à Paris se garer n'est pas un acquis. L'occupation de l'espace public a une valeur rare. L'open bar pour tout le monde en matière de stationnement c'est fini les gars!". Hélas, la Maire de Paris ne montre guère l'exemple concernant sa propre circulation dans les rues de la capitale.

Une enquête -menée en 2018 pour un site d'informations spécialisées pour automobilistes- faisait ressortir que si elle donnait volontiers des leçons de morale en matière de transport écolo, la Maire de Paris ne montrait quasiment jamais l'exemple. Le métro ? Pour les autres ! Le vélo ? Pour la photo !, s'insurgeait ce site d'expression de la colère automobilistique.  Après deux mois d'observation quotidienne pour les besoins de cette enquête, il apparaissait que si ses trajets se faisaient presque toujours en voiture (électrique), lors de ses déplacements professionnels, elle piétinait sans gêne le code de la route (sens interdit, stationnement etc.)

" Vous demandez à vos administrés de faire ce que vous êtes incapable de faire (...) avec votre conscience écologique que personne ne nie, vous utilisez encore une voiture chaque jour, vous occupez la chaussée chaque jour, et vous faites rouler une moto, celles de vos gardes du corps. Pourquoi n'utilisez-vous pas les privilèges normalement dévolus à votre fonction pour trouver des solutions alternatives ? (...) Vous n’êtes pas « meilleure » que nous, ça nous déçoit terriblement. Si vous considérez que la fin justifie les moyens, pourquoi ne pas commencer par donner vous-même l'exemple, car tant que vous ne respecterez pas les mêmes règles que les automobilistes, l'incompréhension perdurera.", pouvait-on lire dans l'article rapportant les résultats de cette enquête. 

Pic de pollution à Paris, le 5 décembre 2016.  (AP Photo/Christophe Ena)
Pic de pollution à Paris, le 5 décembre 2016.  (AP Photo/Christophe Ena)
(AP Photo/Christophe Ena)

"Il y a urgence !"

Mais les supporters de la Maire de Paris la soutiennent mordicus dans cette croisade pour un oxygène purifié. Si on ose l'écrire, (et on ose), ils et elles roulent pour elle, faisant savoir que le stationnement des véhicules électriques est gratuit dans Paris et qu'il suffit juste de demander une autorisation sur le site de la Ville. Les véhicules électriques sont aussi autorisés à occuper sans frais les quelque 2200 anciens emplacements Autolib’ qui n’ont pas été réactivés. 
 
Publié en septembre 2018
Publié en septembre 2018
©L'Observatoire Edition
Autolib ? Anne Hidalgo refuse d'assumer l'échec cuisant de ce partage de voitures électriques arrêté en catastrophe en 2018. Elle préfère que le chapeau soit porté par Vincent Bolloré, le milliardaire concepteur du projet : "C’était un service en déclin et déficitaire. Verser des millions d’euros, comme le demandait l’opérateur, c’était hors de question. D’autres opérateurs sont arrivés pour nous dire qu’ils avaient des systèmes de free floating qui fonctionnaient. " confie-t-elle au journal Le Monde. 

Pour asseoir son engagement écologique, Anne Hidalgo publie en septembre 2018 Respirer (Editions de l’Observatoire) où elle écrit : "On ne mourra pas demain de la pollution. On en meurt aujourd'hui. Elle est déjà la troisième cause de mortalité en France après l'alcool et le tabac. Il y a urgence. Il ne se passe pas  une journée depuis mon élection sans que je me répète : "il y a urgence".

Reste, malgré tout, des situations absurdes. Les jours de pluie, il n'est pas rare de trouver des véhicules d'urgence (pompiers, police, SAMU etc.) bloqués en surface, englués dans des bouchons monstrueux alors qu'à quelques mètres à peine, en contrebas, les 3,3 km de voies sur berges rive droite sont vierges de tout joggeurs, du moindre promeneur avec parapluie ou d'un simple cycliste.

La Jeanne d'Arc des particules

  Leonardo Di Caprio et Anne Hidalgo à Paris pour la première du film  <em>Avant Le Deluge</em> le 17 octobre 2016.
  Leonardo Di Caprio et Anne Hidalgo à Paris pour la première du film  Avant Le Deluge le 17 octobre 2016.
(AP Photo/Francois Mori)
Véritable Jeanne d'Arc qui veut bouter hors de Paris ces armées de particules  fines, vicieuses et mortelles, Anne Hidalgo "assume" son impopularité.
Dans son Respirer, elle écrit : " J'ai choisi de faire face. D'accepter cette culpabilité mais de refuser qu'elle m'aveugle ou me paralyse. J'ai choisi d'en faire le moteur de mon action. Si nous sommes coupables d'aujourd'hui, alors nous sommes responsables de demain. (...) Et le premier des grands défis de la ville de Paris, celui qui conditionne tous les autres, c'est le défi climatique. Nous avons perdu trop de temps en controverses. "
 

Ses détracteurs soulignent que posséder un véhicule n'est pas le fait d'égoïstes pollueurs, amateurs gourmands de particules fines. Il y  a aussi les livreurs, médecins, infirmières, taxis qui se retrouvent otages de ces bouleversements. Selon eux, malgré ces mesures de choc, la pollution n'aurait guère diminué. Et les enfants avalent ces nouveaux pics de pollution et souffrent de bronchiolites en série. Ses ennemis soutiennent, en brandissant de multiples rapports, qu'elle s'est tout simplement déplacée en surface.

Anne Hidalgo ne cille pas. Elle a fait sienne la devise de Paris : "fluctuat nec mergitur " (" ballottée par les flots, mais ne sombre pas")Elle assure que l'automobiliste n'est pas son ennemi sauf s'il roule en diesel, "l’amiante du XXIsiècle" dit-elle.

Un accueil pour les femmes SDF

Force est de lui reconnaître une formidable pugnacité ainsi qu'une réelle empathie concernant la détresse des femmes condamnées à vivre dans les rues de la capitale. Elles sont de plus en plus nombreuses, et composent entre 12 et 17% des personnes sans abri à Paris, selon les associations. 

Sous son impulsion, l'Hôtel de Ville de Paris a ouvert une halte pour accueillir des femmes sans domicile fixe. Lors de l'inauguration de cet espace, le 11 décembre 2018,  Anne Hidalgo avait accueilli les vingt-cinq premières femmes avec ces mots : " Bienvenue, vous êtes chez vous". Ce lieu est géré par le Samu social, il fait partie du programme de la mairie de Paris pour lutter contre la grande exclusion, la Grande cause de la mandature. Une cinquantaine de femmes peuvent y dormir, et 75 accueillies en journée. La halte dispose d'un vaste espace de 750 m2, aménagé au sein de deux salons prestigieux de l'Hôtel de Ville ; la salle des Prévôts et celle des Tapisseries.

Cette fois, plus question de "Notre dame des barges" ou de "ratsponsable".
N'en déplaise à ses nombreux adversaires, aucun de ses prédécesseurs n'avaient pris une telle initiative avant elle.