Terriennes

Femmes 2018 : Anne Hidalgo passe au vert ...et Paris voit rouge (5/10)

Anne Hidalgo le 13 septembre 2018 à San Francisco pour le Global Action Climate
Anne Hidalgo le 13 septembre 2018 à San Francisco pour le Global Action Climate
(AP Photo/Eric Risberg)

Stationnement à des prix prohibitifs, voies confisquées au profit des vélos et piétons, amendes salées, Anne Hidalgo est adepte des méthodes fortes pour combattre la pollution et ses particules fines. Si ses soutiens applaudissent, ses détracteurs ne lui passent rien. A Paris, la Maire est rarement à la fête. 

On la surnomme finement "La voix des barges" en référence à la piétonnisation des voies sur berges ou encore "Notre-Dame du gruyère" pour dénoncer sa politique des innombrables travaux qui balafrent momentanément Paris. 
Du bout des lèvres, Anne Hidalgo,  première femme maire de la capitale, admet que "Oui, il y a beaucoup de travaux pas toujours bien coordonnés".
On ne lui passe rien.
Des rats dodus pullulent dans les rues de la capitale ? L'édile hérite aussitôt d'un doux surnom : "ratsponsable" ! 
Beaucoup lui reprochent également d'avoir la larme sélective.
Le 27 mars 2016, un attentat-suicide tuait 72 personnes (parmi lesquels  29 enfants et 6 femmes) à Lahore, au Pakistan. Immense émotion planétaire. Mais l'onde de choc n'atteindra pas l'Hôtel de ville. Certains espéraient que la Tour Eiffel s'illuminerait en vert, aux couleurs du drapeau pakistanais, en guise de soutien. Espoir déçu. A ce moment-là, le célèbre monument était encore habillé en noir-jaune-rouge, aux couleurs de la Belgique. Le pays voisin avait été frappé par un attentat cinq jours plus tôt.
Et Anne Hidalgo se contentera d'un sobre tweet  : 
 
Les critiques, Anne Hidalgo en a l'habitude.
L'ex-première adjointe PS du maire de Paris Bertrand Delanoë semble blindée, même si parfois elle confesse "se sentir seule".
Cet "Hidalgobashing ", elle l'encaisse. Pas le choix.
Encaisser ! "Un verbe qui lui va bien" grincent ses administrés.
Beaucoup, en effet, en ont marre de passer à la caisse. 
Paris, le 27 septembre 2015 lors de la journée sans voiture. 
Paris, le 27 septembre 2015 lors de la journée sans voiture. 
(AP Photo/Thibault Camus)

200% d'augmentation !

Depuis le 1er janvier 2018, ce n'est plus l'Etat mais les mairies qui décident des tarifs du stationnement et à Paris, c'est désormais une société privée qui distribue les "prunes" sur les pare-brises. Et la récolte est plutôt juteuse. Les amendes (pudiquement rebaptisées  "forfaits post-stationnement") sont passées de 17 à 50 euros, soit...  200% d'augmentation !
 
L'open bar pour tout le monde en matière de stationnement, c'est fini les gars !
Anne Hidalgo
Bingo pour les caisses de l'Hôtel de ville de Paris.
Sur l'ensemble de l'année 2018, les recettes de stationnement devraient atteindre 330 millions d'euros. Un montant record certes, mais insuffisant pour combler la dette de la capitale. 
Au début du  mandat d’Anne Hidalgo, en 2014, celle-ci était de 4,1 milliards d’euros. En 2019, la dette dépassera les 6 milliards. A titre d'exemple, cela équivaut à six fois le montant de l'investissement étranger en Wallonie.
Anne Hidalgo avait pourtant prévenu tout le monde : "Venir à Paris se garer n'est pas un acquis. L'occupation de l'espace public a une valeur rare. L'open bar pour tout le monde en matière de stationnement c'est fini les gars!".
Hélas, la Maire de Paris ne montre guère l'exemple concernant sa propre circulation dans les rues de la capitale.
 
 Anne Hidalgo sur un vélo le 25 octobre 2017. Une photo...  pour les photographes  ?
 Anne Hidalgo sur un vélo le 25 octobre 2017. Une photo...  pour les photographes  ?
(AP Photo/Kamil Zihnioglu)
Il y a un an, une enquête (menée pour un site d'informations spécialisées pour automobilistes) faisait ressortir que si elle donnait volontiers des leçons de morale en matière de transport écolo, la Maire de Paris ne montrait quasiment jamais l'exemple. Le métro ? Pour les autres ! Le vélo ? Pour la photo !
Après deux mois d'observation quotidienne pour les besoins de cette enquête, il apparaissait que si ses trajets se faisaient presque toujours en voiture (électrique), lors de ses déplacements professionnels, elle piétinait sans gêne le code de la route (sens interdit, stationnement etc.) 
Les auteurs du papier prirent la plume.
Et le ton était cinglant : " Vous demandez à vos administrés de faire ce que vous êtes incapable de faire (...) avec votre conscience écologique que personne ne nie, vous utilisez encore une voiture chaque jour, vous occupez la chaussée chaque jour, et vous faites rouler une moto, celles de vos gardes du corps. Pourquoi n'utilisez-vous pas les privilèges normalement dévolus à votre fonction pour trouver des solutions alternatives ? (...) Vous n’êtes pas « meilleure » que nous, ça nous déçoit terriblement. Si vous considérez que la fin justifie les moyens, pourquoi ne pas commencer par donner vous-même l'exemple, car tant que vous ne respecterez pas les mêmes règles que les automobilistes, l'incompréhension perdurera."
Pic de pollution à Paris, le 5 décembre 2016.  (AP Photo/Christophe Ena)
Pic de pollution à Paris, le 5 décembre 2016.  (AP Photo/Christophe Ena)
(AP Photo/Christophe Ena)

"Il y a urgence"

Mais les supporters de la Maire de Paris la soutiennent mordicus dans cette croisade pour un oxygène purifié. Si on ose l'écrire, (et on ose) ils roulent pour elle.
Ils font savoir que le stationnement des véhicules électriques est gratuit dans Paris et qu'il suffit juste de demander une autorisation sur le site de la Ville. Ils rappellent que les véhicules électriques sont aussi autorisés à occuper sans frais les quelque 2200 anciens emplacements Autolib’ qui n’ont pas été réactivés. 

Autolib ? Anne Hidalgo refuse
  Leonardo Di Caprio et Anne Hidalgo à Paris pour la première du film  <em>Avant Le Deluge</em> le 17 octobre 2016.
  Leonardo Di Caprio et Anne Hidalgo à Paris pour la première du film  Avant Le Deluge le 17 octobre 2016.
(AP Photo/Francois Mori)
 d'assumer l'échec cuisant de ce partage de voitures électriques arrêté en catastrophe en 2018. Elle préfère que le chapeau soit porté par Vincent Bolloré, le milliardaire concepteur du projet : "C’était un service en déclin et déficitaire. Verser des millions d’euros, comme le demandait l’opérateur, c’était hors de question. D’autres opérateurs sont arrivés pour nous dire qu’ils avaient des systèmes de free floating qui fonctionnaient. " confie-t-elle au journal Le Monde. 

Pour asseoir son engagement, Anne Hidalgo  publie en septembre dernier Respirer (Editions de l’Observatoire) où elle écrit : "On ne mourra pas demain de la pollution. On en meurt aujourd'hui. Elle est déjà la troisième cause de mortalité en France après l'alcool et le tabac. Il y a urgence. Il ne se passe pas  une journée depuis mon élection sans que je me répète : "il y a urgence".

Les râleurs peuvent râler. Les voici presque contraints d'utiliser les transports en commun. Paris vaut bien une laisse.

Reste, malgré tout, des situations absurdes.

Les jours de pluie, il n'est pas rare de trouver des véhicules d'urgence (pompiers, police, SAMU etc.) bloqués en surface, englués dans des bouchons monstrueux alors qu'à quelques mètres à peine, en contrebas, les 3,3 km de voies sur berges rive droite sont vierges de tout joggeurs, du moindre promeneur avec parapluie ou d'un simple cycliste.

La Jeanne d'Arc des particules

Véritable Jeanne d'Arc qui veut bouter hors de Paris ces armées de particules  fines, vicieuses et mortelles, Anne Hidalgo "assume" son impopularité.
Dans son livre, elle écrit : " J'ai choisi de faire face. D'accepter cette culpabilité mais de refuser qu'elle m'aveugle ou me paralyse. J'ai choisi d'en faire le moteur de mon action. Si nous sommes coupables d'aujourd'hui, alors nous sommes responsables de demain. (...) Et le premier des grands défis de la ville de Paris, celui qui conditionne tous les autres, c'est le défi climatique. Nous avons perdu trop de temps en controverses. "
 
Anne Hidalgo et Arnold Schwarzenegger avant leur entretien sur la coopération dans la lutte contre le changement climatique, à la mairie de Paris, le vendredi 28 avril 2017.<br />
 
Anne Hidalgo et Arnold Schwarzenegger avant leur entretien sur la coopération dans la lutte contre le changement climatique, à la mairie de Paris, le vendredi 28 avril 2017.
 
(AP Photo/Francois Mori)

Ses détracteurs soulignent que posséder un véhicule n'est pas le fait d'égoïstes pollueurs, amateurs gourmands de particules fines. Il y  a aussi les livreurs, médecins, infirmières, taxis qui se retrouvent otages de ces bouleversements.
Selon eux, malgré ces mesures de choc, la pollution n'aurait guère diminué. Et les enfants avalent ces nouveaux pics de pollution et souffrent de bronchiolites en série. Ses ennemis soutiennent, en brandissant de multiples rapports, qu'elle s'est tout simplement déplacée en surface.
Anne Hidalgo ne cille pas.
Elle a fait sienne la devise de Paris : "fluctuat nec mergitur " (" ballottée par les flots, mais ne sombre pas").
Elle assure que l'automobiliste n'est pas son ennemi sauf s'il roule en diesel, "l’amiante du XXIsiècle" dit-elle.
Elle s'est fixée un objectif "obtenir 15 % des déplacements à vélo en 2020 contre 6 % aujourd’hui."
Force est de lui reconnaître une formidable pugnacité et, c'est important, une réelle empathie concernant la détresse des femmes dans Paris.
Sous son impulsion, l'Hôtel de Ville de Paris offre une soixantaine de places d'hébergement pour accueillir des femmes sans domicile fixe.
Lors de l'inauguration de cet espace, le 11 décembre,  Anne Hidalgo avait accueilli les vingt-cinq premières femmes avec ces mots : " Bienvenue, vous êtes chez vous. "
Cette fois, plus question de "Notre dame des barges" ou de "ratsponsable".
N'en déplaise à ses nombreux adversaires, aucun de ses prédécesseurs n'avaient pris une telle initiative avant elle.