Terriennes

Femmes en politique : les députées, aussi, ont leurs règles

La députée travailliste britannique Danielle Rowley est la première à avoir évoqué publiquement ses règles lors d'une séance parlementaire, le 28 juin 2018 à Londres.
La députée travailliste britannique Danielle Rowley est la première à avoir évoqué publiquement ses règles lors d'une séance parlementaire, le 28 juin 2018 à Londres.
©capture Fb/Danielle Rowley
La députée travailliste britannique Danielle Rowley est la première à avoir évoqué publiquement ses règles lors d'une séance parlementaire, le 28 juin 2018 à Londres.
La députée travailliste britannique Danielle Rowley, en poste depuis un an au Parlement, a été la première à évoquer "ses règles" publiquement lors d'une session parlementaire, le 28 juin 2018.

La question des menstruations deviendrait-elle une affaire politique ? Le 28 juin 2018, une députée britannique a publiquement mis le débat sur la table du Parlement, en annonçant qu'elle avait ses règles ce jour-là, précisant que l'achat de protections hygiéniques lui coutait 28 euros par mois.

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C'est une scène peu habituelle, rarissime, voire totalement inédite. On a plus l'habitude de voir les femmes députées, ici ou ailleurs, se faire siffler par ces messieurs pour leur robe à fleurs, quand ce n'est pas jusqu'à se faire insulter ouvertement et publiquement, justement parce qu'elles sont femmes ... et députées.

Ici, c'est donc une de ces élues, encore (largement) minoritaires dans les parlements dans le monde, (sauf en Grande-Bretagne !), qui s'illustre en évoquant le simple fait qu'elle a, ce jour-là, ses règles.

Chocking !

Elle, c'est Danielle Rowley, députée travailliste qui siège depuis un an au Parlement britannique. "Je voudrais évoquer avec vous et devant la Chambre des communes (...)  le fait qu'aujourd'hui j'ai mes règles -et ça m'a déjà coûté cette semaine 25 livres" (28 euros), a-t-elle déclaré, alors qu'elle venait juste d'arriver, empressée et s'excusant car elle avait un peu de retard.

"Nous savons que le coût annuel moyen des protections périodiques au Royaume-Uni est de 500 livres (565 euros)- beaucoup de femmes ne peuvent pas se le permettre", a poursuivi Danielle Rowley, interpellant directement la ministre chargé des femmes, "Que fait la secrétaire d'État pour s'attaquer à cette question", lui demande-t-elle.
 
La secrétaire d'État chargée des Femmes et de l'Égalité, Victoria Atkins, a répondu que le gouvernement conservateur de Theresa May était déterminé à "supprimer la TVA sur les protections hygiéniques quand nous quitterons l'Union européenne (fin mars 2019, ndlr), ce qui aidera (à réduire) les coûts des protections hygiéniques".

Victoria Atkins a ajouté que le Royaume-Uni "regardait avec intérêt" l'initiative du gouvernement écossais qui s'est engagé à fournir gratuitement tampons et serviettes hygiéniques dans les collèges, lycées et universités à partir du mois d'août.

Pour rappel, depuis les élections de 2017, le Parlement britannique, la célèbre "House of Commons" fait figure d'exception avec 201 femmes députées, battant donc son propre record de 2015 (le nombre total de femmes (191) avait alors dépassé le nombre de députés masculins, ndlr). La première femme élue au sein de cette illustre assemblée remonte à 1918 suite à la loi qui avait permis aux femmes de se présenter comme candidates, et s'appellait Constance Markievicz.

Précarité menstruelle

La question de "la précarité menstruelle" grandit au Royaume-Uni. Fin juin, la British Medical Association (BMA) a réclamé que l'État fournisse gratuitement des tampons à celles qui en ont besoin, en particulier les patientes hospitalisées. "Il est inacceptable qu'il y ait encore des personnes qui ne puissent y avoir accès, généralement celles qui sont vulnérables ou à faible revenu", a expliqué Mita Dhulipala, coprésidente du comité des étudiants en médecine de la BMA, dans un communiqué. "Beaucoup ont recours à du papier toilette, des morceaux de tissu ou parfois rien du tout. On peut mettre fin à la précarité menstruelle en s'assurant que ces produits soient disponibles pour celles qui ne peuvent pas se les permettre" .

Déjà en février 2017, une écolière des Cornouailles âgée de 15 ans, Bimini Love avait fait parler d'elle en lançant le projet Street Cramps après avoir vu le nombre de sans-abri augmenter dans sa ville de Cornwall au cours des mois d'hiver. Street Cramps fournit aux femmes sans domicile une boîte contenant chaque mois des produits sanitaires essentiels. On la voit ici présenter son initiative lors d'une conférence TED organisée par une communauté locale.
Sur son blog Raising a raggamuffin, Kim, une militante féministe, écrit un billet intitulé What is Period Poverty? The Shocking Truth (traduction : Qu'est-ce que la pauvreté menstruelle? La vérité choquante) dans lequel elle rappelle quelques chiffres de l'organisation Plan International, "49% des filles ont manqué une journée complète d'école en raison de leurs règles. Pensez-y, près de la moitié des filles au Royaume-Uni ont manqué une journée entière d'éducation en raison d'un processus biologique naturel. 64% des filles ont manqué leur cours de sport à cause de leurs règles, qui, avec la crise croissante de l'obésité est une préoccupation. 68% des filles se sentent moins capables de se concentrer à l'école ou au collège pendant leurs règles."
 

Une autre initiative est également en cours à travers le Royaume Uni, The Red Box Project, elle consiste à distribuer des produits sanitaires de première nécessité, et en premier lieu des tampons ou serviettes hygiéniques aux jeunes filles dans le besoin. Sur son compte Twitter, un appel est lancé pour que les personnes qui auraient repéré un lieu ou des Redbox pourraient être utiles, le signalent.

Danielle Rowley s'explique, toujours sans tabou

Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les commentaires fusent dans les heures qui suivent son intervention au Parlement. La députée reçoit de nombreux soutiens derrière le mot dièse #periodpoverty.
(Allez sur le compte de @DaniRowley - qui a rencontré une femme en congé maternité qui ne savait pas comment elle allait payer les produits sanitaires sur son salaire, les organismes de bienfaisance locaux interviennent pour lutter contre la pauvreté avec des dons, mais nous savons que la stigmatisation massive empêche les autres de demander de l'aide.)
 

(Étant donné que beaucoup de personnes (surtout certaines femmes) persistent à dire que la pauvreté menstruelle n'existe pas ou ne croient pas en l'expérience de Danielle Rowley, voici quelques faits de #periodpoverty)

Danielle Rowley s'est aussi retrouvée épinglée sur la somme qu'elle avance, certain.e.s la trouvant injustifiée, d'autres lui conseillant même de se mettre à la "cup", la coupe menstruelle "beaucoup moins chère et tout autant efficace", précise une internaute. Face au buzz provoqué par son intervention, la députée travailliste a tenu dès le lendemain à s'en expliquer dans une lettre publiée dans le Newstateman.

Le fait qu'une femme dise qu'elle a ses règles - quelque chose qui arrive à la moitié de la population chaque mois - fasse autant de bruit montre jusqu'où nous devons aller pour briser le tabou.
Danielle Rowley, députée britannique

"Je suis apparemment devenue la première membre (du Parlement) à dire à la Chambre que j'avais mes règles. C'est bien que cela ait eu autant de couverture, mais que le fait qu'une femme dise qu'elle a ses règles - quelque chose qui arrive à la moitié de la population chaque mois - fasse autant de bruit montre jusqu'où nous devons aller pour briser le tabou", écrit-elle.

Quand au coût, là aussi elle s'explique, sans tabou et très précisemment : "J'ai des règles vraiment abondantes, j'ai donc besoin de tampons plus gros et des moyens pour les jours intermédiaires. Parfois, mon flux est si important que j'ai besoin d'avoir des tampons de plus grande taille (...) Pour la nuit j'achète des serviettes de nuit, parce que je préfère sentir que je peux dormir paisiblement et ne pas avoir à penser à me lever au milieu de la nuit pour changer mon tampon si mon flux est important."

Pourquoi entrer ainsi des ces détails, qu'elle qualifie elle-même de peu ragoûtants et peu sexy ? "Il est important que les gens comprennent combien les menstruations coûtent aux femmes - si elles ont la chance d'avoir l'argent pour les dépenser", ajoute-t-elle.
"C'est un défi politique pour ma génération non seulement de briser les tabous, mais aussi de briser le cycle de cette pauvreté menstruelle qui se traduit par des absences à l'école, au travail et même du chômage", peut-on lire dans sa lettre.

Et Danielle Rowley de rappeller qu'en 2000, le gouvernement travailliste a réduit la TVA sur les tampons de 17,5% à 5%, "un bon début, mais 18 ans plus tard, il est temps de passer à l'étape suivante et de les réduire à zéro. Le gouvernement devrait également financer nos conseils locaux pour s'assurer que des produits sanitaires gratuits sont disponibles dans les bâtiments publics."


"Si ma génération de femmes parlementaires pouvait y arriver, ce serait un hommage mérité aux femmes qui, il y a exactement un siècle, ont gagné le droit de vote", conclut-elle.

Dès la rentrée de septembre 2018, les collégiennes, lycéennes et étudiantes écossaises auront accès à des protections hygiéniques gratuites, offertes par le gouvernement.