Terriennes

Femmes prêtres : inexistantes en France ; plus nombreuses que les hommes en Suède

Antje Jackelén, première femme à la tête de l'Eglise luthérienne de Suède, en 2013.
Antje Jackelén, première femme à la tête de l'Eglise luthérienne de Suède, en 2013.
Wikimedia Commons
Antje Jackelén, première femme à la tête de l'Eglise luthérienne de Suède, en 2013.
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Dans le sillage d'Anne Soupa, sept Françaises annoncent qu'elles postulent à des fonctions ecclésiastiques qui leur restent inaccessibles dans l'Eglise catholique. Une façon pour elles de protester contre ce qu'elles considèrent comme un scandale. Pendant ce temps, en Suède, l'Eglise luthérienne annonce compter plus de femmes que d'hommes prêtres.

Suivant l'exemple d'Anne Soupa, candidate à l'archevêché de Lyon, sept femmes ont postulé ce 22 juillet à diverses fonctions qui leur sont interdites dans l'Eglise catholique en France. Car elles en sont convaincues : "l'absence des femmes en situation de responsabilité constitue un scandale". 

Candidates aux ministères de prédicatrice laïque, de diacre, curé, nonce ou évêque, elles ont déposé leur dossier à la nonciature apostolique à Paris, l'ambassadeur du Vatican en France, le jour de la fête de Marie-Madeleine, "apôtre des apôtres" et "figure remarquable mais qui a été oubliée par l'Histoire de l'Eglise, mise sous le boisseau", dit Anne Soupa. "On se revendique de la place" de Marie-Madeleine, a ajouté Anne Soupa, théologienne engagée de 73 ans. Après avoir "ouvert le chemin" du débat sur la place des femmes aux postes de responsabilités dans l'Eglise, en candidatant le 25 mai à l'archevêché de Lyon pour succéder à Mgr Philippe Barbarin, elle est "très heureuse de voir que d'autres l'empruntent".

L'absence des femmes en situation de responsabilité (...) constitue un scandale autant qu'un contre-témoignage de l'Église.
Collectif Toutes Apôtres!

La démarche de ces sept femmes, déjà engagées dans la vie spirituelle, est fédérée par le collectif Toutes Apôtres!, spécialement créé pour cette démarche et pour qui, selon son communiqué, "l'absence des femmes en situation de responsabilité (...) constitue un scandale autant qu'un contre-témoignage de l'Église. Cette immense injustice n'est pas un problème mineur mais blesse l'ensemble du corps ecclésial".

Ouvrir l'Eglise en crise

Selon Anne Soupa, qui accompagne et médiatise leur action, "les femmes sont rendues invisibles dans l'Eglise catholique, elles n'ont pas de citoyenneté à part entière. Toutes les responsabilités qu'elles peuvent avoir sont toujours coiffées par un prêtre. Ce n'est pas possible à l'heure de la parité, à l'heure où on reconnaît les compétences (des femmes), ça ne peut pas continuer comme ça... Il y a une crise profonde dans l'Eglise, il faut ouvrir les portes. Ce n'est pas un geste contre l'Eglise, mais pour", assure-t-elle. Et d'ajouter au micro de TV5MONDE : "Sans les femmes, la maison Eglise ne tournerait plus..."

Pour Hélène Pichon, qui postule à la fonction de nonce apostolique (agent diplomatique du Vatican) : "C'est le combat de beaucoup de femmes de veillers à ce qu'elles accèdent aux même responsabilités que les hommes... Ce n'est pas l'action de quelques personnes différentes, d'agitatrice. Au contraire, c'est la voix des sans-voix qui s'élève". Rencontre avec cettefemme engagée, cofondatrice du collectif Toutes Apôtres! :

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Pendant ce temps, en Suède...

L'Eglise luthérienne annonce compter plus de femmes que d'hommes pour la première fois de son histoire. "Sur les 3060 prêtres aujourd'hui en service en Suède, 1533 sont des femmes et 1527 sont des hommes", annonce Cristina Grenholm, secrétaire de l'Eglise de Suède, soit une proportion de 50,1% de femmes pour 49,9% d'hommes.

La parité est arrivée plus vite que nous l'avions imaginé.
Cristina Grenholm, secrétaire de l'Eglise de Suède

Contrairement à l'église catholique, l'église luthérienne suédoise, qui a ordonné trois femmes pour la première fois en 1960, autorise les femmes à devenir prêtres depuis 1958. En 1982, le Parlement suédois a voté une loi supprimant la "clause de conscience" qui permettait aux prêtres de refuser toute collaboration avec une femme.

En Suède, les ministres du culte de l'Eglise de Suède ont le titre de prêtre, tandis que ceux servant dans des paroisses extérieures à l'ancienne Eglise d'Etat sont qualifiés de pasteurs.

"La parité est arrivée plus vite que nous l'avions imaginé, raconte Cristina Grenholm. En 1990, un rapport estimait que la part des femmes dans le clergé suédois ne représenterait la moitié des prêtres qu'en 2090. Cela n'a finalement pris que trente ans".

Les étudiantes en force

Une des raisons qui expliquent ce phénomène est l'augmentation progressive de la proportion d'étudiantes dans l'enseignement sacerdotal, particulièrement après la séparation de l'Eglise et de l'Etat, en 2000. En 2013, environ 70% des étudiants suédois qui suivaient une formation pratique de prêtre étaient des femmes.

"Aujourd'hui, de nombreuses paroisses tentent d'avoir à la fois un homme et une femme pour dire la messe lors du service dominical", explique Cristina Grenholm. "Puisque nous pensons que Dieu a créé les êtres humains, aussi bien l'homme que la femme à son image, il est essentiel que nous le montrions. Si l'on exclut la moitié de l'expérience que représente la vie d'une femme, alors on exclut beaucoup de choses".

La parité, oui mais...

Si, en Suède, le clergé a atteint la parité, l'écart de salaire entre les prêtres hommes et femmes demeure en moyenne de 2200 couronnes suédoises, soit environ 215 euros par mois, selon le journal spécialisé Kyrkans tidning. "Une des explications que l'on peut donner à cette différence est qu'elle concerne l'ensemble des prêtres de l'Eglise suédoise. Or les hommes détiennent toujours les positions hiérarchiques les plus élevées", souligne Mme Grenholm.